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Une année historique pour Sodiaal

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Sodiaal a tenu une assemblée générale historique la semaine dernière. Depuis le début de l’année, le groupe coopératif a en effet (enfin) acquis Entremont et a commencé à travailler avec un nouveau partenaire pour Yoplait, après que PAI Partners a cédé sa participation à General Mills. Le tout sans directeur général après la disparition brutale de Claude Sendowski en début d’année (1). Dans le même temps, la coopérative a mis en place son système de gestion des prix et volumes pour anticiper la fin des quotas. Etat des lieux sur les résultats et les perspectives de ce nouveau poids lourd de la coopération laitière.

Le feuilleton Sodiaal-Entremont a pris fin dans les derniers jours de l’année 2010 avec l’annonce d’une signature pour les tout premiers jours de janvier. Avec cette opération, Sodiaal a augmenté sa collecte de 75 %, passant de 2,4 Mds de litres à 4,2 Mds de litres et pris, de ce fait, une envergure européenne. Mais aussi considérablement alourdi sa dette nette, passée de 19,2 M EUR à 290,1 M EUR, à cause de l’endettement d’Entremont.
Alors que Sodiaal a dégagé un chiffre d’affaires de 2,6 Mds EUR en 2010, avec Entremont, il se serait élevé à 4 Mds EUR. Mais le résultat courant avant impôt serait tombé de 7,1 M EUR à – 3,1 M EUR. L’une des priorités pour Sodiaal consiste bien sûr à redresser le fabricant d’emmental pour retrouver une croissance rentable sur cette activité.
« Entremont a perdu 20 000 t de production sur trois ans (2). Il faut devenir aussi compétitif que nos concurrents et pour cela, il faut réorganiser l’activité industrielle. Nous allons spécialiser les sites. Un plan social a été lancé le 3 mai. Il doit être terminé avant l’été. Tout doit être en place pour démarrer 2012 dans la nouvelle configuration. Notre objectif est de diviser la perte d’Entremont par deux cette année. A date, nous sommes en avance sur le budget », a précisé François Boudon, président de la SAS Entremont.

Bilan des activités 2010, marquées par la hausse des matières premières
Les activités d’Entrement ne sont pas les seules à souffrir, même si les résultats du groupe restent positifs. En ce qui concerne le lait de consommation, « la marque Candia a plutôt bien performé », a indiqué Maxime Vandoni, directeur général de la SA Candia. Mais la hausse de tarifs n’a été passée qu’en fin d’année, ce qui pèse sur les résultats. Et le lait premier prix souffre de la concurrence des importations allemandes. « Avec un volume de 250 M à 300 M de litres, le lait allemande représente 10 % du marché, a-t-il souligné. Tous les acteurs du premier prix baissent leurs prix pour garder des volumes. Quant aux marques, si elles communiquent, les prix augmentent et les consommateurs les achètent moins. » Le patron de Candia préconise une sensibilisation des collectivités (qui se fournissent souvent auprès du moins disant), de la distribution et des consommateurs et prône l’efficacité industrielle. Mais est-il possible, et souhaitable, de rivaliser avec l’usine de la coopérative allemande Milch Union Hocheifel (qui offre une capacité de 1 Md de litres de lait) ? Au global, l’activité lait de consommation du groupe a enregistré un résultat courant dans le rouge, à – 3,5 M EUR, pour un chiffre d’affaires de 1,2 Md EUR du fait de la hausse tardive des tarifs.
Beuralia souffre également de la difficulté à répercuter les hausses de prix. A noter, l’entreprise s’est renforcée dans la RHF avec la reprise du fonds de commerce beurre RHD de la société Paul Dischamp à Sayat (63). L’atelier fabrique essentiellement des micropains, essentiels dans le secteur de la RHF. Beuralia occupe donc désormais le 3e rang français sur ce marché derrière Laïta et Lactalis.

Des marchés porteurs pour certains secteurs
Nutribio a pour sa part connu une année de très fort développement avec une progression de plus de 30 % sur le babyfood. « Nous sommes en surrégime mais il est nécessaire de prendre le train de la croissance quand il se présente, notamment en Asie », a expliqué André Dubuisson, président de la SAS Nutribio en 2010 (remplacé depuis par Pierric Magnin, cf. rubrique Leaders).
CFR (détenue à 50 %) a également réalisé une bonne année, avec des croissances qualifiées de record pour Cœur de Lion et le Rustique. « La spécialisation des sites permet des rendements meilleurs que les années précédentes », a précisé Stéphane Velay, directeur général. L’enjeu sera de maintenir les volumes après la forte progression de 2011 mais aussi d’augmenter les tarifs.
Jean-Yves Levier, directeur général de la SAS Régilait (détenue à 50 %) a relaté une année contrastée, avec de bonnes performances en GMS, auprès des professionnels et de la distribution automatique mais une activité lait infantile « décevante » liée notamment à des difficultés en Algérie.
Euroserum a également réalisé une bonne année 2010, en phase avec ses objectifs. Enfin, Yoplait a également réalisé une bonne année 2010 (comptes cloturés au 31 mai). La société opérationnelle a augmenté sa production de 5 % par rapport à l’exercice précédent et le réseau de franchisés a enregistré une progression moyenne de 4,4 %.

Passage de témoin entre PAI Partners et General Mills
Yoplait constitue justement un autre chantier d’envergure majeur pour Sodiaal, après le retrait de PAI Partners au profit de General Mills. « Si Yoplait construisait aujourd’hui une usine en Chine, nous n’aurions pas les moyens d’aller en Inde deux ans plus tard avec notre base franco-anglaise de revenu, a indiqué Lucien Fa, président de Yoplait. Le partenariat avec General Mills nous permet d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort en Asie et en Amérique du Nord. Danone a 21 points de part de marché, Yoplait 7 et Nestlé moins de 3. Il faut combler l’écart avec Danone tout en veillant à ce que Nestlé ne nous rattrape pas. » Chez Sodiaal, on veut convaincre qu’on a fait le bon choix (il faut dire que la participation au sein de la société opérationnelle n’est plus que de 49 %, au lieu de 50 % du temps de PAI Partners) et on rappelle que General Mills gère des marques réputées et a l’habitude de travailler au sein de joint-ventures avec des partenaires français. Et aussi que le choix de General Mills a permis de sécuriser le marché américain et de revaloriser les royalties de cette franchise de façon « significative ». Enfin, « s’il y avait lieu d’organiser des évolutions du capital, nous avons prévu des appuis de partenaires capitalistiques de façon à ne pas diluer le capital de Sodiaal », a précisé François Iches, président de Sodiaal. Une garantie importante, car General Mills semble avoir investi dans la durée, contrairement a un fonds d’investissement qui doit toujours se retirer tôt ou tard.
Tant Sodiaal que Lionel Zinsou de PAI Partners ont en tout cas souligné la qualité de la collaboration menée entre 2002 et cette année. Ce dernier a invité Sodiaal à prendre à nouveau appui sur des partenaires financiers pour asseoir son développement. Si le mécanisme peut sembler peu naturel au monde coopératif, il a en tout cas permis à Yoplait de prendre un très bel essor et constitue une solution pour pallier le manque de fonds propres des coopératives.

La préparation de la fin des quotas
Dernier chantier d’envergure pour l’année 2011, le lancement du système de gestion des prix et des volumes, pour préparer la fin des quotas. Chaque producteur peut commercialiser un volume A au prix A pour les PGC et un volume B au prix B (cours beurre-poudre). Un système créé pour anticiper la fin des quotas. Alors que les groupes privés tentent, pour certains, de museler la production, les coopératives doivent trouver un système qui permette au producteur de livrer plus de lait, sans mettre en péril leur équilibre économique. Ce nouveau système constitue une véritable révolution pour les producteurs. « J’entends des craintes et des inquiétudes et nous ferons évoluer le système en tenant compte des remarques du terrain. Mais nous ne pourrons pas affronter la dérégulation des marchés sans rien faire », a déclaré François Iches.

Un formidable potentiel de croissance
Si cette dérégulation constitue un enjeu majeur pour le secteur laitier, elle ne doit pas faire oublier le formidable potentiel de croissance du secteur, même s’il implique, de fait, des risques intrinsèques. Les seuls produits laitiers frais doivent progresser de 5 % par an dans les années qui viennent à l’échelle mondiale. « Les produits laitiers vont connaître une croissance extraordinaire dans les 30 – 40 ans à venir, grâce à l’Asie, notamment la Chine et l’Afrique. Cette croissance sera portée par la croissance démographique et par le rééquilibrage du PIB au profit des pays émergents, qui aura des implications directes sur la demande alimentaire, a expliqué François Attali, directeur du marketing stratégique, de la recherche et de l’innovation. Les zones de plus forte croissance démographique sont aussi les zones où l’on consomme le moins de lait. Or dans les grandes villes chinoises, la consommation des produits laitiers atteint déjà le niveau des pays occidentaux. Mais cette croissance démographique combinée à une accélération de la croissance mondiale, à une évolution quantitative et qualitative de la demande, ainsi que des règles du jeu qui changent, tout cela accroît les risques systémiques. » Sodiaal doit être dans la croissance et capable d’affronter des changements rapides avec des outils industriels performants, des volumes et le plus de valorisation possible, a-t-il ajouté.

Réussir le changement d’échelle
A l’heure où Sodiaal, avec la reprise d’Entremont, reprend sa place dans la course à la consolidation du secteur laitier européen, « je veillerai à ce que la vie des régions puisse se développer. Ne comptez pas sur moi pour faire de Sodiaal une grosse machine désincarnée » a tenu à rappeler François Iches. Cette nouvelle dimension donne par ailleurs une responsabilité nouvelle à Sodiaal. « De fait il revient à Sodiaal de fédérer un pôle coopératif », a-t-il souligné. Tandis que Lactalis prend le premier rang mondial des produits laitiers devant Danone avec la prise de contrôle de Parmalat, Sodiaal a confiance en ses valeurs. « Nous ne vendons pas que du lait, mais aussi un projet social de plus en plus en phase avec les attentes des consommateurs », a conclu le président. La feuille de route de Frédéric Rostand, nouveau directeur général de Sodiaal, est claire.

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