L’Espagne devrait voir une diminution progressive de son cheptel allaitant, en même temps que celle déjà en cours depuis longtemps de son cheptel laitier, dans les années à venir. Selon l’Institut de l’élevage qui a enquêté sur les conséquences du découplage des aides sur l’élevage bovin espagnol, la nouvelle Pac ne devrait avoir qu’une conséquence limitée sur la production, évitant des évolutions trop brutales.
Comme en France, l’Espagne a retenu l’option du recouplage de la Prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes (PMTVA) et du couplage à 40 % de la PAB gros bovins depuis le 1er janvier 2006, sur la base des références historiques moyennes des années 2000, 2001 et 2002. L’Espagne possède le second troupeau de vaches allaitantes de l’Union européenne après la France. Avec 6 % du cheptel laitier et 17% du cheptel allaitant européens, c’est le seul pays de l’Union à détenir un effectif de vaches allaitantes beaucoup plus important que l’effectif laitier.
5 % de baisse en 5 ans
Selon l’équipe de Gérard Barbin du Groupe d’économie du bétail (GEB) qui a effectué une étude sur l’élevage bovin en Espagne et les conséquences de la nouvelle Pac, le choix du recouplage de la PMTVA devrait permettre d’éviter des évolutions brutales. Le cheptel allaitant devrait diminuer lentement à cause de départs à la retraite d’agriculteurs qui ne seraient pas remplacés mais également à cause de la proportion importante de vaches hors primes et de chargements relativement élevés en zones extensives. Ainsi, l’Institut prévoit une baisse progressive de 5 % du cheptel allaitant sur 5 ans, soit une diminution de 100 000 vaches environ. Selon l’Institut, cela conduirait à 70 000 broutards de moins disponibles pour l’engraissement dans les prochaines années. Au total, il y aurait 120 000 bovins engraissés en moins d’ici 2010, soit près de 6 % de la production espagnole de bovins jeunes en 2004.
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Cette perspective s’inscrit en rupture avec la tendance des années précédentes qui étaient marquées par une croissance de cheptel allaitant de 3,1 % par an entre 1998 et 2004. Jusqu’à présent, le cheptel allaitant avait connu un essor très important, passant de 900 000 têtes en 1986 à 2 millions en 2004. L’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne, la mise en place des quotas laitiers puis la Pac de 1992 avaient permis une forte expansion du cheptel allaitant au détriment du laitier.
Possible développement de l’engraissement
La réforme de la Pac ne devrait pas fortement modifier les tendances actuelles du cheptel laitier, un ralentissement des restructurations est même attendu selon l’Institut de l’élevage. Elle devrait se traduire par la poursuite de la disparition des petits élevages. L’Institut de l’élevage estime le recul du troupeau laitier à 130 000 vaches à l’horizon 2010, soit une baisse de 12 % du cheptel par rapport à décembre 2004, pour atteindre un effectif de 920 000 vaches. Au total, avec la poursuite de la baisse du cheptel laitier, la régression du troupeau bovin pourrait atteindre 7 à 8 % d’ici 2010, ce qui réduirait d’autant les disponibilités en veaux et broutards. Mais selon Gérard Barbin, l’Espagne pourrait s’adapter rapidement à une situation nouvelle, comme elle l’a fait au cours des vingt dernières années. Le découplage presque total de l’engraissement est perçu positivement comme la possibilité de retrouver une orientation de l’activité par le marché. Ceci pourrait permettre la réalisation d’une restructuration, jusqu’alors freinée, des ateliers d’engraissement en de véritables outils industriels afin d’aborder les marchés extérieurs.