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Etude Une étude confirme le danger de l’exposition aux phytosanitaires

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Une étude menée par l’Inserm sur une population de salariés viticoles girondins exposés majoritairement aux fongicides met en évidence des altérations des performances aux tests neurocomportementaux. La dégradation est plus marquée chez les femmes.

La cohorte Phytoner fait à nouveau parler d’elle. Lancée en 1996, l’étude qui suit environ un millier de salariés permanents du secteur viticole, dans le département de la Gironde, a livré de nouveaux résultats. Présentés le 30 mai par Isabelle Baldi, chercheuse à l’Inserm (Université de Bordeaux), lors d’un colloque organisé par l’Anses, à Paris, les travaux confirment « les altérations des performances aux tests neurocomportementaux, observées une première fois en 2001, chez les sujets professionnellement exposés aux pesticides par rapport aux sujets non exposés. L’ensemble des tests montre des performances diminuées. Et ces atteintes touchent les fonctions les plus fines de la cognition, celles permettant l’intégration de l’information comme l’attention, la conceptualisation et l’attention contrôlée. Ce qui nous alerte est que ces fonctions sont précisément celles qui sont détériorées dans des maladies comme celle d’Alzheimer », a décrit Isabelle Baldi. L’autre principal résultat de l’étude est que le risque de baisse importante des performances en présence d’une exposition aux pesticides apparaît plus marqué chez les femmes, ainsi que les personnes ayant un niveau d’études secondaires et celles avec une faible consommation d’alcool : « C’est troublant car il s’agit de sujets qui a priori avaient des scores moins bas en termes de performance au début de l’étude. Ces résultats suggèrent qu’une exposition prolongée aux pesticides peut réduire les capacités de réserves cognitives ». La chercheuse note par ailleurs des symptômes évocateurs de la maladie de Parkinson, comme les tremblements, la rigidité ou la lenteur. « Nous poursuivons actuellement nos efforts de recueil afin d’observer la possible évolution vers de nouvelles dégradations cognitives, voire vers l’apparition de maladies neurogénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Or, nous sommes sur des confirmations de suspicion de Parkinson et Alzheimer ». Une relation entre l’exposition aux pesticides et l’existence de troubles dépressifs a également été retrouvée.

« Même protégé, on peut être contaminé »

Une étude de terrain a permis par ailleurs de quantifier les niveaux de contamination selon les tâches effectuées. Contre toute attente, il apparaît que « pour des journées de traitement et des journées “de ré-entrée” dans les vignes (où les gens reviennent dans les vignes après traitement et se trouvent au contact des végétaux traités), on est à peu près sur les mêmes niveaux. Et sur des journées de vendange, nous sommes évidemment dans des niveaux beaucoup plus bas, mais néanmoins non nuls », a observé Isabelle Baldi. D’autres facteurs sont à considérer : le niveau d’étude du salarié, le nombre de fois où il va procéder à la préparation de sa bouillie, le type de tracteurs qu’il utilise, le type de pulvérisateur, les caractéristiques de la vigne comme l’espacement entre les rangs ou encore le port de gant pendant la préparation. Or, dans ce dernier cas, l’étude a pu constater qu’il ne s’agissait que d’un facteur secondaire : « Même protégé, on peut être contaminé », a insisté Isabelle Baldi. Le port d’équipement de protection individuelle n’apporterait pas la sécurité totale souvent plaidée. « Même chez des personnes protégées, nous avons retrouvé de la contamination cutanée ». Cependant, même s’il est « important d’aller au-delà de cette protection individuelle qui est peut-être faussement sécurisante », ça n’est pas non plus un facteur « à balayer », a tempéré la spécialiste : « Cela (l’absence de protection) reste une petite partie de l’explication de la contamination ». Or, l’enquête montre aussi qu’un nombre important de salariés agricoles ne portent aucun équipement, quelle que soit la tâche effectuée. La poursuite du suivi de la cohorte Phytoner devrait faire l’objet d’une nouvelle publication en 2013.

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