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Sécurité alimentaire/UE Une étude met en garde contre l’expansion des contaminations alimentaires

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« La croissance exponentielle et la complexité du réseau commercial agroalimentaire mondial se sont accompagnées d’une extension des contaminations alimentaires, de plus en plus difficiles à retracer ». C’est l’avertissement que lance une équipe de chercheurs internationaux (1) dans une étude sur la « Complexité du réseau des échanges commerciaux agroalimentaires et son impact sur la sécurité alimentaire », que vient de rendre publique la DG Environnement de la Commission européenne. Les auteurs de l’étude recommandent que les organisations étatiques et interétatiques, y compris l’Union européenne, encouragent davantage la collecte de données afin de prévenir les intoxications alimentaires et d’identifier plus rapidement les sources de contamination.

« Avec une population mondiale qui dépasse aujourd’hui les 7 milliards d’individus, il est essentiel de veiller à la sécurité chimique et microbiologique de nos aliments, tout en préservant la viabilité de leur production et leur distribution». Utilisant des bases de données de l’ONU, une équipe de recherche internationale a tenté de montrer dans une étude que le commerce agroalimentaire mondial est devenu de nos jours un réseau complexe tellement dense et entrelacé qu’il constituerait dé-sormais « un véhicule idéal pour propager des contaminants potentiels avec des origines pratiquement impossibles à tracer ». Ils soulignent que depuis les années 60, le transport mondial de denrées alimentaires a augmenté à un rythme exponentiel, beaucoup plus rapide que la production alimentaire elle-même. Le montant total des produits alimentaires échangés dans le monde serait ainsi passé de 438 milliards en 1998 à 1 060 milliards de dollars en 2008, soit une augmentation de 2,3 fois, tandis que la production alimentaire mondiale totale n’aurait quant à elle augmenté que de 1,4 fois dans la même période (de 1400 milliards à 1780 milliards de dollars). De son côté, la densité du réseau des échanges commerciaux du monde serait passée de 25% en 1998 à 33% en 2008. Le tableau devient encore plus complexe, disent ces chercheurs, si l’on prend en compte, d’une part, le nombre croissant de pays qui comptent sur le commerce international des denrées alimentaires pour se développer et, d’autre part, le fait que les types d’aliments commercialisés sont de plus en plus des produits transformés et de marque plutôt que de simples matières premières agricoles. Sans parler aussi du fait que, selon les prévisions, en 2030, la demande alimentaire mondiale devrait augmenter de 50% et que par conséquent, aux yeux de ces experts, « l’approvisionnement alimentaire sûr et durable devrait jouer un rôle de plus en plus critique dans le paysage économique et politique ». Si pour un certain nombre de pays, ce réseau commercial alimentaire mondial en expansion assure l’accès à n’importe quel aliment, quelle que soit la saison et le lieu (croquer des fraises à la Saint Sylvestre), il peut également présenter des vulnérabilités graves pour la santé, voire plus. Les intoxications alimentaires de ces dernières années et leurs effets économiques, politiques et sociaux sont là pour montrer la nécessité et l’importance de la traçabilité de l’origine des ingrédients alimentaires spécifiques », soulignent les auteurs de l’étude.
 
Les « sept mercenaires » du commerce alimentaire mondial...
Utilisant les données commerciales mondiales disponibles dans les archives de l’ONU, les chercheurs ont construit un modèle informatique du réseau commercial agroalimentaire mondial et ont analysé sa structure ainsi que les flux de produits alimentaires au cours des dix dernières années. De là, ils ont tenté d’estimer l’impact global de la contamination provenant de pays ayant une activité commerciale forte, en termes de quantité d’aliments contaminés exportés. Il semble que ce serait les Etats-Unis qui auraient exporté la plus grande quantité d’aliments contaminés, suivis par les Pays-Bas. L’étude a également essayé d’évaluer la vulnérabilité de chaque pays à recevoir des denrées contaminées (soit consommées localement soit transmises à d’autres pays). Les États-Unis, les Pays-Bas et l’Allemagne sont considérés comme « des points chauds » pour les effets de contaminations alimentaires, ce qui correspondrait au rôle qu’ils auraient joué dans les grandes intoxications alimentaires au cours des 15 dernières années. Il s’agit notamment de l’épidémie de l’Escherichia coli en 2011 en Allemagne (46 décès et 4 000 cas diagnostiqués), de Listeria monocytogène, en 2011 aux États-Unis (29 décès) et en 2005 de Salmonella aux Pays-Bas (165 cas diagnostiqués). Plus globalement, les sept pays qui formeraient le noyau central du réseau commercial agroalimentaire mondial seraient les Etats-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Chine. Chacun de ces pays négocierait avec plus de 77% de l’ensemble des autres pays dans le monde et, ensemble, ils seraient responsables de 30% du flux total des échanges alimentaires entre tous les pays. Une modélisation des flux proposée par les auteurs de l’étude indiquerait que l’origine alimentaire des contaminants chimiques ou microbiologiques se propagerait plus efficacement par l’intermédiaire de ces pays en raison du nombre élevé de chemins d’accès au réseau mondial qui traverseraient chacun de ces pays. « Remonter à la source des contaminants est difficile pour la même raison », expliquent les experts.
 
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Fait tout de même rassurant : l’étude ne prévoit pas une augmentation du nombre d’intoxications alimentaires. En revanche, elle démontre que retracer la source des intoxications alimentaires durant les épidémies « sera plus difficile en raison de la nature de plus en plus interdépendante du réseau commercial agroalimentaire mondial ». Pour les experts, les délais dans l’identification des sources de contamination pourraient avoir « des conséquences graves pour la santé publique et seraient socialement, politiquement et économiquement dommageables ». Les chercheurs plaident donc pour une approche interdisciplinaire nécessaire pour surveiller, comprendre et contrôler les flux alimentaires afin de protéger les consommateurs contre les épidémies alimentaires et d’améliorer les méthodes de traçabilité. Ils recommandent que les organisations étatiques et interétatiques, y compris l’Union européenne et l’ONU, encouragent davantage la collecte de données détaillées et systématiques et leur partage entre les secteurs public et privé. Ils estiment par ailleurs qu’une meilleure compréhension des flux de denrées alimentaires à travers le réseau commercial international permettrait également d’éviter les gaspillages alimentaires (estimés à environ 30 à 40% dans le monde) par une meilleure distribution et aiderait à réduire les impacts environnementaux négatifs de la production alimentaire, des transports et de la distribution.
 
(1) Maria Ercsey-Ravasz (Université de Cluj-Napoca, Roumanie), Zoltan Toroczkai (Université Notre Dame, Indiana, USA), Zoltan Lakner (Université de Corvinus à Budapest, Hongrie) et Jozsef Baranyi (Institut de recherche alimentaire de Norwich, Royaume-Uni). 

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