Abonné

Vin Une étude pèse les risques d’une libéralisation des droits de plantation

- - 4 min

Diligentée par l’Assemblée des régions européennes viticoles, une étude évalue les risques socio-économiques et territoriaux de la libéralisation des droits de plantation prévue le 1er janvier 2016 (avec possibilité pour un pays de maintenir le régime actuel jusqu’au 31 décembre 2018). Elle devrait alimenter les débats du groupe à haut niveau chargé de ce dossier, dont la première réunion aura lieu le 19 avril (1). Par ailleurs, la Bulgarie a rejoint les quatorze Etats membres qui plaident pour le maintien de ce système de droits (2).

Le Bureau international de l’Arev (Assemblée des régions européennes viticoles) a été consacré, le 2 mars à Bruxelles, aux conclusions d’une étude sur les « impacts socio-économiques et territoriaux de la libéralisation des droits de plantations viticoles » commandée au Pr. Etienne Montaigne, du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) de Montpellier (France).
Ce travail a pour but d’évaluer, à l’échelle des 75 régions membres de l’Arev, les risques que représentent la délocalisation des vignobles et la modification des structures de production, essentiellement familiales, ainsi que les effets sociaux et économiques d’une déstructuration de la politique de qualité.

Régulation
Selon les auteurs de l’étude, la taille de l’exploitation n’est pas, en priorité, synonyme d’économie d’échelle et de croissance des revenus, si l’on se réfère au Rica (réseau d’Information comptable agricole) en France.
Le prix des droits de plantation ne vient pas alourdir significativement le coût de la création d’un vignoble. Un régime de droits, s’il est utilisé de façon laxiste, n’évite pas la surproduction (cas de l’Alentejo, de l’Aquitaine, de la Vallée de la Loire, de l’Argentine), avec, souvent, des réactions en chaîne négatives sur les régions vertueuses.
L’absence de système de régulation des plantations chez les concurrents du Nouveau monde ne leur a pas permis d’éviter le déséquilibre du marché.
D’autres pays ont supprimé ce système, étant incapables d’en faire respecter les règles, et ont instauré d’autres mécanismes (cas de l’Argentine).
Le régime des droits de plantation n’a pas « rigidifié » le vignoble, mais a permis des réallocations dans les régions pour lesquelles les débouchés semblaient en croissance (France, Italie, Alentejo), conclut également l’étude.

Délocalisation
Prenant l’exemple de l’Australie, où la hiérarchisation des vins par le terroir ne fait que commencer, et celui de l’Australie, qui n’a réglementé qu’une partie de son territoire, les auteurs de l’étude soulignent que le potentiel de production doit être encadré pour toutes les catégories de vins, ceux avec indication géographique et ceux sans IG, d’autant que la réforme de l’organisation commune de 2008 a accordé aux seconds les mentions valorisantes du millésime et du cépage, les portant visuellement au niveau des premiers sans les contraintes de leur cahier des charges.
L’étude tente aussi d’évaluer les conséquences de la délocalisation du vignoble que provoquerait l’abolition des droits de plantation. Les nouvelles implantations se feront-elles au détriment des zones à vocation viticole géographiquement délimitées et non encore plantées ? En tout état de cause, estiment les auteurs, le capital environnemental et paysager des régions viticoles en sera inévitablement affecté.
Selon eux, s’il n’est pas possible de chiffrer cet impact, on peut affirmer qu’une délocalisation vers les plaines s’enclenchera et portera atteinte à l’œnotourisme et son économie naissante ainsi qu’à la compétitivité des vignobles de montagne à forte pente, avec toutes les conséquences environnementales qui en découlent.

Industrialisation
Enfin, l’étude rappelle que l’évolution du secteur vitivinicole de ces dernières décennies est principalement marquée par une tendance à l’industrialisation qui pousse les entreprises du négoce à intégrer la production, processus qui nécessite un recours important aux capitaux externes.
La pression financière due à la crise oblige de plus celles-ci à dégager des retours sur investissements importants et rapides.
Conséquence, avertissent les auteurs : ces entreprises doivent produire des volumes importants à écouler rapidement.

(1) Voir n° 3335 du 30/01/12
(2) Voir n° 3338 du 20/02/12

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

plantation
Suivi
Suivre
La Réunion
Suivi
Suivre