La filière des oléoprotéagineux a annoncé le 9 juin un regroupement de ses interprofessions, dans Terres Univia, et instituts techniques, dans Terres Inovia, avec comme ambition de réduire la dépendance de la France en protéines végétales. Terres Univia remplace les interprofessions Onidol (oléagineux) et Unip (protéagineux). Terres Inovia est issu du rapprochement entre le Cetiom (Centre technique des oléagineux et du chanvre) et le service technique de l'Unip.
« Améliorer l'indépendance en protéines végétales, c'est notre challenge », a souligné Jacques Siret, président de la nouvelle interprofession. Le taux de couverture est actuellement de 50 % en France, d'après les chiffres de l'Unip. « 3 millions d'hectares d'oléoprotéagineux sont visés à l'horizon 2025, contre environ 2,5 millions d'hectares aujourd'hui », a déclaré André Pouzet, le directeur de Terres Univia et Terres Inovia, qui compte sur « une diversification des systèmes de culture ».Le soja apparaît en première ligne. Pour le développer, l'accent est mis sur la recherche. Un gain en précocité permettrait d'étendre les zones de production, concentrées pour l'instant dans le Sud-Ouest et le Centre-Est. Il s'agit aussi de mettre à profit l'obligation réglementaire de maintien d'un couvert végétal. « Pensons aux cultures dérobées ! », a lancé Jacques Siret, dont l'objectif est de grimper à plus de 200 000 ha de soja (contre moins de 100 000 ha estimés cette année par Agreste).
Mais l'indépendance en protéines végétales repose avant tout sur « un bouquet de cultures oléo-protéagineuses à notre disposition », d'après l'expression de Bernard de Verneuil, président de Terres Inovia. Cela inclut d'autres oléagineux, comme le colza, le tournesol, le lin, et des protéagineux, notamment le pois, la féverole, le lupin, la luzerne.
Davantage d'agronomie et d'innovations
Côté institut technique, l'idée d'« agronomie en mouvement » anime Terres Inovia. Une dynamisation de la R&D est prévue. En colza, le rendement moyen est actuellement de 35 q/ha, alors que le potentiel s'élève à 60 q/ha. Il s'agit donc d'optimiser l'ensemble des facteurs de production, en améliorant la protection des plantes ou leur résistance génétique. Pour le tournesol, maintenir les surfaces est une priorité. La résistance au stress hydrique fait partie des axes de recherche. En pois, les rendements ont fléchi. Un travail est également mené sur le stress hydrique et les coups de chaleur. « Il faut penser les productions dans un système global », a jugé Bernard de Verneuil. En d'autres termes, les oléagineux et les protéagineux doivent être considérés non pas comme des cultures isolées mais comme les parties prenantes d'un système agricole global, selon Terres Inovia. L'allongement des rotations est vu comme prioritaire. Aujourd'hui, dans les zones traditionnelles de production de colza, les rotations sont classiquement organisées autour du colza – blé – orge. Soit une culture tous les trois ans. Désormais, par exemple en région Centre, il est possible d'introduire le tournesol. Et demain, un modèle encore plus diversifié est en vue : colza – blé – tournesol – blé – pois – blé – orge… Un schéma dans lequel, selon les potentialités locales, il est aussi envisageable d'intégrer le soja. Trois cultures en deux ans sont en ligne de mire.
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Un « écosystème connecté »
Terres Inovia compte « déployer les systèmes intelligents auprès des agriculteurs ». L'institut technique a vocation à fournir des solutions pertinentes et à accompagner les agriculteurs à trois niveaux : capter les données (notamment la déficience en azote, la présence de mauvaises herbes) ; traiter les données reçues (grâce à des logiciels de plus en plus performants) ; communiquer les résultats aux agriculteurs et échanger avec eux en permanence en temps réel.
« C'est un écosystème connecté qui est en train de se créer, a souligné Bernard de Verneuil. Tout est relié, tout est en connexion entre l'agriculteur, le tracteur, le drone, le traitement des maladies… »