L’écofiscalité plutôt que des subventions. Telle est l’une des idées que le Comité interprofessionnel du bois-énergie (Cibe) soumet aux pouvoirs publics, dans la perspective du « Grenelle de l’environnement » prévu pour l’automne 2007.
Lors de son assemblée générale, le 21 juin à Paris, le Cibe a proposé une taxation du gaz naturel et des autres combustibles fossiles, avec en parallèle, la défiscalisation complète des projets collectifs et industriels du bois-énergie. Une telle mesure permettrait de « s’affranchir complètement des subventions pour les projets de taille moyenne à grande, supérieurs à deux mégawatts de bois » et de « réduire très fortement » les aides publiques allouées aux projets de taille modeste.
Centrales à bois : des projets « trop gros, trop nombreux et trop soudains »
Serge Defaye, président du Cibe, souhaite que l’État ait une politique moins volontariste pour les projets de centrales électriques au bois, « trop gros, trop nombreux et trop rapidement décidés », et qu’il favorise des projets plus « terrain » et plus petits (chaufferies à bois pour laiteries, serres ou fours à chaux), dont la ressource en bois est peu coûteuse quand elle est proche. Une laiterie « moyenne » utilisant le bois pour sa production de vapeur consomme 20 000 à 25 000 tonnes de bois, selon Serge Defaye.
L’apparition soudaine de projets de centrales à bois, lancés à la suite des appels d’offres d’électricité du gouvernement, risque à la fois d’absorber des quantités gigantesques de bois, de provoquer une ruée sur les bois les plus faciles à exploiter (et que convoitent aussi les papetiers et fabricants de panneaux) et de susciter d’importants flux par camions. « Ce n’est pas du développement durable », a estimé le président du Cibe. L’offre risque de ne pas pouvoir répondre.
La politique de développement du bois-énergie, qu’il promeut depuis vingt ans en France, devrait être moins volontariste, mais se faire de façon plus naturelle, au rythme du remplacement progressif du fioul et du gaz dans les chaufferies industrielles.
Dans une de ses propositions, toujours dans la perspective du « Grenelle de l’environnement », le Cibe demande la création de fonds de soutiens régionaux pour soutenir des projets de moins de deux mégawatts de bois, pour les aider, sous forme de prêts bonifiés, à réaliser l’achat de machines comme des broyeurs de bois.
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Compétition d’usage croissante
L’arrivée de nouveaux utilisateurs de bois (producteurs d’électricité, chaufferies pour l’industrie, l’habitat) fait à peine craindre une compétition d’usage croissante entre les utilisateurs historiques de bois (papetiers, ameublement, fabricants de panneaux), que déjà les professionnels voient une nouvelle catégorie d’utilisateurs se profiler : les usines de biocarburants de seconde génération (on y transformera de la biomasse en gazole ou en éthanol).
La ressource se raréfie, mais plus les prix montent, plus on parvient à trouver de nouveaux gisements, a témoigné un entrepreneur, Patrick Ollivier, directeur général de la société RBM (Revalorisation bois matière). Il croit à la valorisation des « rémanents » (les résidus laissés sur le sol après une coupe en forêt), qui jusque là n’intéressent personne, car ils sont jugés trop coûteux à collecter.
Le Cibe est composé de cinq collèges : « ressource » (entreprises de collecte de bois, d’environnement comme Véolia, la Fédération nationale du bois et même l’Association générale des producteurs de blé et celle de maïs) ; « maîtrise d’ouvrage » (associations pour les énergies renouvelables) ; « ingéniérie » (bureaux d’étude) ; « maîtrise d’œuvre » (Dalkia, Elyo, etc.) ; et « membre bienfaiteur » (la Caisse des dépôts).
Le 20 juin, la question du bois-énergie a été abordée dans un autre cadre, au Sénat, qui a organisé les « Premières assises de l’énergie et des territoires ». Michèle Pappalardo, présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), a déclaré qu’elle « croit beaucoup aux partenariats entre l’Ademe et les collectivités locales », où l’Ademe peut fournir conseils et moyens financiers ciblés pour les réseaux de chaleur, l’approvisionnement en biomasse, le développement de l’éolien.