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La France dans la nouvelle Union Une longueur d’avance en grandes cultures et viande bovine

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Quel va être le poids de la France dans la nouvelle Union européenne à 25 en terme agricole ? Si la France reste globalement un " poids lourd " de l’agriculture dans la future Europe, elle risque tout de même d’être chahutée par les nouveaux arrivants ponctuellement sur certains secteurs d’activité. La France reste bien positionnée en viande bovine, grâce à sa qualité, et en grandes cultures par son niveau de productivité.

En terme de population, la France va représenter, demain, 13 % de la population de l’UE à 25, contre 16 % aujourd’hui, ce qui représente une diminution relativement faible. En revanche, la France ne va plus peser bien lourd en ce qui concerne le nombre d’exploitations agricoles. Une évolution logique puisque l’Europe accueille en mai des pays plus ruraux et agricoles que les membres actuels. Avec ses 680 000 exploitations, l’emploi agricole français ne représente que 2 % de la population française, alors que l’emploi polonais représente 19 % de sa population, 18 % en Lituanie et 14 % en Lettonie, les autres se situant entre 2 et 10 %. La Pologne compte ainsi 2 millions d’exploitations agricoles, soit 18 % des exploitations agricoles de l’UE à 25, et 9 % pour la Hongrie. Cet élément comptera en terme politique. A l’opposé, les agriculteurs tchèques, qui, eux, sont très peu nombreux (56 500 exploitations, soit 1 % dans la future Europe) se plaignent de ne pas pouvoir se faire entendre politiquement malgré leur très bonne productivité, qui se rapproche de la moyenne communautaire.

Un cheptel bovin viande : spécificité française

Au niveau des productions animales, le cheptel bovin viande français représente quasiment le quart du cheptel bovin européen, ce qui est considérable. Cette part ne devrait pas trop diminuer. En revanche, la production française de viande bovine, qui pèse aujourd’hui 20 % de la production européenne ne pèsera plus demain que 10 %. Pourquoi un tel écart ? La France est un des rares pays qui élèvent un cheptel spécifique à la production de viande bovine. Dans les autres pays, la viande provient majoritairement des vaches laitières de réforme. C’est le cas notamment en Pologne, le plus gros producteur de viande bovine parmi les pays entrants, dont le cheptel laitier représente 12 % dans l’UE à 25. Les experts prévoient que ces pays deviendront importateurs nets de viande de qualité.

En ce qui concerne le lait, la France restera parmi les plus gros producteurs, et représentera 17 % de la production de la nouvelle Union. La France est, cependant, importatrice nette de lait et produits laitiers vis-à-vis des Peco. Les pays traditionnellement laitiers sont la Pologne, la Hongrie et la République tchèque.

Explosion de la production de viandes blanches dans les Peco

Dans le secteur des viandes blanches, les Peco connaissent une croissance soutenue et régulière de la production de volaille, de l’ordre de + 30 % en cinq ans, ce qui est considérable. La Pologne, la Hongrie et la République tchèque sont les plus grands producteurs. Ainsi, la production polonaise de viande de volailles est passée de 520 000 t en 1995 à 800 000 t en 2002. Cette évolution a accompagné une formidable augmentation de la consommation intérieure, qui, pourtant, n’absorbe pas toute la production. De fait, la France est importatrice nette de viande de volaille vis-à-vis des Peco. La production porcine, quant à elle, a connu un recul dans les Peco en 2000, puis est repartie à la hausse depuis cette date pour se situer à 3,3 Mt. La France produit 13 % de la viande porcine de l’UE à 15 et 11 % de l’UE à 25. Elle se voit talonnée par la Pologne qui se situe à 9 % de l’UE à 25, même si la concurrence pour la France au sein de l’UE vient davantage de l’Espagne que de ce pays plus septentrional.

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Productions végétales : la France produit le tiers dans l’UE à 25

Sur le marché des productions végétales, la Hongrie est le seul pays qui a aujourd’hui une capacité d’exportation de céréales parmi les 10 pays entrants, et un bon niveau de compétitivité, notamment pour le maïs. Globalement, la France reste exportatrice nette de céréales et de plantes industrielles vers ces pays. Dans l’Union européenne à 25, la France produit actuellement 30 % du blé, 33 % du maïs et 37 % des oléagineux. Un poids considérable. Mais les choses pourraient évoluer dans les années à venir. L’introduction des aides directes pourrait stimuler l’intensification et la spécialisation des exploitations. Les experts prévoient une hausse de la production de céréales , notamment pour la Pologne qui atteindrait 31 Mt à l’horizon 2008, la Hongrie (15 Mt) et un autre candidat à l’Union européenne : la Roumanie (18 Mt). Ces pays sont capables de produire régulièrement des blés de qualité, ce qui concurrence le blé français.

Dans le secteur des oléagineux, on s’attend là aussi à de grands changements. Déjà, les surfaces cultivées en oléagineux ont fortement augmenté ces dix dernières années : + 65 % pour le colza (République tchèque, Pologne, Slovaquie) et + 100 % pour le tournesol (Hongrie), avec de bon niveaux technologiques. A moyen terme, la production devrait dépasser les capacités de trituration et ces pays devraient exporter au sein de l’UE. Les fabricants d’aliments français, s’ils changent leur politique du " tout soja " pourraient en bénéficier.

Quelques poids lourds du secteur sucrier arrivent

Quant au secteur du sucre, la Pologne est, de loin, le principal pays betteravier, mais aussi la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie. Dans l’UE à 25, la production française ne représente plus que 12 % de la production européenne, contre 25 % dans une Europe à 15 ! Les marges de productivité de ces pays sont très importantes, les investisseurs étrangers (notamment français) ayant comme objectif de les améliorer.

Vin : un marché à saisir pour la France

Parmi les autres productions, tous les Peco sont d’importants producteurs et exportateurs de fruits et légumes, principalement la Pologne, la Hongrie, les pays Baltes et la Slovénie. En Pologne, le secteur de la pomme de terre est très développé : elle produit 30 % de la production totale de pommes de terre dans l’Union à 25. Il reste cependant beaucoup à faire pour organiser les filières. Quant au secteur viticole, il existe, là encore, une tradition de production pour la Hongrie, la Slovénie ou encore la Slovaquie et Chypre. La demande intérieure des Peco devrait augmenter avec le niveau de vie. Des marchés pourraient s’ouvrir pour la France pour des vins de moyenne gamme. Elle sera concurrencée par l’Espagne et l’Italie.