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Charges d’exploitation Une nécessaire réduction des coûts de production

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Cette nouvelle réforme de la Pac oblige un grand nombre d’agriculteurs à remettre en cause la gestion de leurs exploitations. La réforme de 2003 donnant davantage de poids à la régulation par les marchés, elle condamne les exploitants à gagner en productivité. Selon les économistes, la réduction des coûts de mécanisation risque de conduire à l’accélération de l’agrandissement et au développement de la sous-traitance.

La France a choisi le recouplage à 25 % des aides aux grandes cultures. On peut se poser la question de l’efficacité d’une telle mesure pour décourager les agriculteurs à s’orienter vers la mise en jachère volontaire de leurs terres. Hervé le Stum, directeur de l’AGPB, est persuadé de cette efficacité : « Ça empêchera de basculer vers la non-production, au contraire de nos voisins espagnols, italiens et allemands, assure-t-il. Pour les agriculteurs français, c’est une véritable opportunité de leur prendre leurs marchés ». Pour lui, les choses sont claires : pour rester sur un marché, il faut être compétitif et pour être compétitif, il faut une production.

Et la compétitivité, elle se compare avec les Argentins et les Ukrainiens pour le blé, avec les Brésiliens et les Américains pour les oléagineux, avec les Brésiliens pour le sucre, …

Economiser quelques dizaines d’euros d’intrants

Comment gagner en compétitivité ? En produisant davantage ou en réduisant les coûts de production ? La réponse est unanime : en réduisant les coûts de production. Les agriculteurs ont fait de gros efforts pour réduire les coûts d’intrants. Certes, il est encore possible d’économiser quelques dizaines d’euros en engrais ou en phytosanitaire. Par exemple, Marc Richard-Molard, directeur technique de l’Institut technique de la betterave (ITB) estime qu’il est possible de réaliser une économie pouvant atteindre 100 euros par hectare en réduisant la densité de semis, la fertilisation de fond (P-K) et les phytosanitaires. En cultures Scop (céréales et oléoprotéagineux), on parle plus volontiers de 20 euros/ha à économiser.

Mais tout le monde sait que les plus grosses économies à réaliser ne se situent pas là. Elles sont plutôt du côté des charges de structures, notamment des charges de mécanisation. Et, dans ce domaine, les pistes sont nombreuses. La première qui vient en tête et qui est la moins engageante, est simplement un ralentissement du renouvellement du parc matériel. Ce phénomène a été très fort à la suite de la réforme de 1992 et on peut s’attendre à ce qu’il se répète.

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Agrandissement

La deuxième solution est évidemment, l’agrandissement permettant d’amortir les outils sur une plus grande surface. « Avec le compromis de juin 2003, le revenu agricole moyen de exploitations en euros constants, devrait se maintenir à l’horizon 2012 grâce à l’agrandissement, à condition toutefois que le respect des mesures agri-environnementales ne vienne pas pénaliser ce revenu et que le prix des oléagineux reste à un bon niveau (environ 200 E/t) », précise Jean-Claude Sourie, chercheur de l’Inra à l’unité d’économie publique à Grignon.

Cependant, avec la mise en place des DPU ou droits au paiement unique des aides, on peut s’attendre à ce qu’un certain nombre d’agriculteurs s’accrochent à leurs terres. Alors, sans doute faudra-t-il aller vers des solutions plus engageantes, voire remettant en cause la conception actuelle de l’entreprise agricole et de l’exercice du métier. « Demain, l’organisation du travail et des investissements pourra être construite autour de la réalisation par l’exploitant et de sa main-d’œuvre des tâches dans lesquelles ils sont les plus compétents et les plus efficaces, et de l’externalisation des tâches pour lesquelles ils sont les moins efficaces », explique le CNCER, coordination nationale des centre d’économie rurale, dans une analyse sur les conséquences de la réforme de la Pac sur l’agriculture française.

Sous-traitance

Cette externalisation conduit à faire produire par d’autres, avec des degrés plus ou moins importants de sous-traitance, en gardant l’essentiel du paiement unique pour soi. Les travailleurs à façon pourront être des exploitants bien équipés, voire sur-équipés, en matériel et disposant de la force de travail de ceux qui n’arrivent pas à s’agrandir ou qui doivent arrondir leur chiffre d’affaires et leur revenu. « Ils sont nombreux », affirme le CNCER, bien placé pour faire cette analyse. Pour les agriculteurs, l’intérêt économique est de travailler à un coût marginal. Peut-être faudra-t-il étudier la possibilité de ne pas produire sur des « petites terres » de mauvaise qualité agronomique, de sa propre exploitation, pour aller plutôt cultiver des bonnes terres en prestation de services chez le voisin. On va sans doute aussi voir se développer des entreprises de travaux agricoles performantes qui feront des offres à prix bas ou même des prises en charge totales de la culture à façon. On peut encore aller plus loin dans la remise en cause, avec, notamment la mise en commun des assolements. La réglementation s’est déjà assouplie dans ce sens.