Fragilisés par l’épizootie de FCO, les marchés aux bestiaux sont aujourd’hui dans l’obligation de se restructurer. Cette crise a mis en lumière les difficultés des marchés de gré à gré dont les apports ne cessent de baisser et qui risquent d’être peu à peu délaissés par les acheteurs des grands groupes industriels. L’assemblée générale de la FMBV, le 22 avril à Bourg-en-Bresse, a été l’occasion pour la filière de réfléchir au moyen de moderniser ces marchés indispensables au bon fonctionnement du commerce et à l’établissement des cotations.
Éleveurs, commerçants, abatteurs et industriels sont formels, les marchés aux bestiaux de gré à gré ne survivront que s’ils se regroupent. Tous les acteurs de la filière invités à débattre mercredi 22 avril à Bourg-en-Bresse lors de l’assemblée générale de la Fédération française des marchés aux bestiaux vifs (FMBV) ont appelé à une restructuration de ces marchés pour que des volumes importants y soient négociés. L’objectif de ces fusions est triple : attirer les gros acheteurs, obtenir de meilleurs prix de vente pour les éleveurs en faisant jouer la concurrence et améliorer la représentativité des cotations. « Le nombre des exploitations a diminué, les industriels se sont restructurés, il faut que les marchés aussi se modernisent », a lancé Christian Berthet, président Rhône-Alpes de la Fédération française des commerçants en bestiaux (FFCB).
La FCO, révélateur des difficultés des marchés
L’épizootie de fièvre catarrhale ovine qui paralyse les échanges d’animaux depuis deux ans dans les régions infectées a accéléré cette nécessaire modernisation. Les restrictions de mouvements d’animaux liées à la crise de FCO ont causé une baisse d’activité des marchés aux bestiaux de l’ordre de 10% en 2007 et 2008. Cette perte d’activité a « provoqué des problèmes dans le commerce ainsi que de gros soucis financiers pour les structures. Elle a accentué le risque de manque de représentativité des cotations », a souligné Gilles Rousseau, le président de la FMBV. « Depuis un an nous avons perdu 60% de nos apports par rapport à 2006 à cause de la FCO », a témoigné Bernard Proust, maire adjoint de Lezay (79) et secrétaire de la FMBV : « Les municipalités ne vont pas pouvoir financer indéfiniment de telles pertes ».
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Améliorer la représentativité des cotations
Même sans cette crise, les marchés subissent une érosion annuelle de leur activité d’environ 3,5%. Et dans un contexte où tous les maillons de la filière cherchent à réduire leurs coûts, les marchés constituent un intermédiaire qui, s’il n’apporte pas de service supplémentaire, risque de disparaître. « J’ai peur que dans l’avenir il n’y ait plus de marchés, a confirmé Jean-Pierre Duclos, président d’Elvea France qui regroupe 45 associations d’éleveurs, car leur disparition signifie qu’il n’y aura plus de cotations non plus. Et je ne suis pas sûr que les éleveurs pourront vivre de leur métier si la vente des animaux ne se fait plus qu’en direct avec les abatteurs ». Avec le manque d’apports d’animaux, les gros acheteurs qui veulent remplir leurs camions quand ils se déplacent se font plus rares dans les marchés traditionnels. Les acheteurs reprochent également aux marchés leur manque d’organisation. Ils stigmatisent le manque de discipline pour interdire les ventes avant l’ouverture et l’absence d’annonce préalable des lots qui sont présentés.
Accompagner les regroupements
Pour le groupe Bigard-Socopa, l’approvisionnement sur les marchés aux bestiaux représente 5% des achats totaux. « Pour qu’on ne diminue pas encore cette part, il faut que les marchés s’adaptent à nos demandes en matière de volumes et de catégorie d’animaux afin de sécuriser nos approvisionnements », a expliqué Dominique Guineheux, responsable des achats Bigard. Même analyse pour Gérard Beaudoin, responsable des achats d’animaux chez SVA Jean Rozé, qui « regrette que les marchés dont l’activité est en baisse ne se regroupent pas car sinon demain ils disparaîtront ». « Il faut passer au-dessus des clivages politiques entre municipalités (chacune voulant conserver son marché) et trouver des solutions à ces regroupements », a-t-il demandé. « Une solution au niveau local pourrait être de spécialiser les marchés en créant ici un marché des broutards, là un marché des ovins, ailleurs un marché des bovins viande », a proposé le responsable du service économie de l’office FranceAgriMer, Yves Trégaro. Pour Gilles Rousseau aussi, ces restructurations sont indispensables « et c’est à la FMBV d’aller voir les municipalités dans lesquelles les marchés sont en mauvaise situation pour évoquer un regroupement ». Mais, prévient-il, « il faudra que les pouvoirs publics y apportent leur soutien ».