Agrial et Eurial donnent naissance au deuxième groupe coopératif laitier français, derrière Sodiaal et devant Laïta. La nouvelle entité, qui sera baptisée Eurial, du nom d’un des deux partenaires, collecte 2 Mds l de lait et réalise plus de 1,8 Md EUR de CA. Alors que Sodiaal a perdu la main sur certaines activités bien valorisées (dernier exemple en date, la reprise de Yoplait par General Mills) et traverse actuellement de grosses turbulences avec le lait de consommation chez Candia, Eurial est bien positionné sur l’aval. Eurial, leader français du fromage de chèvre avec Soignon, a su varier et équilibrer ses débouchés et Agrial ne cache pas son intérêt pour la prise de contrôle de Senagral (qu’il faut toutefois achever de redresser). Ce sont donc deux coopératives en bonne santé qui s’allient, et en profitent pour ouvrir la porte à d’autres partenariats.
Sodiaal se plaît à répéter qu’en tant que première coopérative laitière française, elle a un rôle moteur à jouer dans la restructuration du secteur. Ce sont deux acteurs plus discrets sur le terrain politique qui créent finalement la surprise – et la bonne surprise – en ce début d’année. Alors que les coopératives ont annoncé quelques-unes des restructurations les plus lourdes de l’agroalimentaire en 2012 (Candia chez Sodiaal, Stalaven chez Euralis et Cecab), Agrial et Eurial, deux coopératives qui vont bien, ont annoncé le 18 janvier la fusion de leurs activités laitières d’ici à deux ans. Cette opération fait de l’ensemble la deuxième coopérative laitière française, derrière Sodiaal, donc et devant Laïta. Si Sodiaal constitue la première coopérative laitière française, elle a laissé filer certaines activités bien valorisées ces dernières années : Yoplait a été repris par General Mills et on peut dire que c’est Bongrain qui assure le pilotage opérationnel de CF&R (joint venture à 50/50). Sodiaal est par ailleurs toujours cité dans les cas où des solutions doivent être trouvées pour des laits excédentaires. Alors même qu’il lui faut digérer l’acquisition d’Entremont et restructurer Candia. Pendant ce temps, Agrial et Eurial maîtrisent un aval valorisé ou en prennent le chemin et vont bien (même si le redressement de Senagral doit encore être confirmé).
Jouer un rôle moteur dans le paysage coopératif laitier français
« Sodiaal pourra-t-elle jouer dans la cour des grands ? » s’interrogeait Agra alimentation en juin dernier. La restructuration à mener chez Candia, qui illustre un manque d’anticipation et une mauvaise gestion industrielle, ne plaide pas en sa faveur. Agrial et Eurial pourront-ils mieux jouer un tel rôle ? Ils semblent en tout cas dans une meilleure position financière que Sodiaal à l’heure actuelle, et portent une vision stratégique claire de ce que doit être la coopération laitière à l’avenir.
Olivier Prételat, directeur général d’Eurial, et Ludovic Spiers, son homologue chez Agrial, soulignent d’ailleurs bien qu’il ne s’agit pas de « faire un projet dans son coin » mais qu’Eurial sera ouvert à des partenariats avec d’autres acteurs. « On parle toujours de Lactalis, Bel et Bongrain. Mais avec 22 Mds l de lait, il y a de la place aussi pour deux ou trois moteurs dans le monde coopératif, estime Ludovic Spiers. Nous sommes fiers de ce que nous avons fait dans le légume. Nous pouvons nous comparer avec Bonduelle. Il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas faire la même chose dans le lait. »
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Un acteur coopératif de taille qui veut maîtriser l’aval
La faillite de l’Union laitière normande (ULN), en 1992, aura finalement abouti à la situation suivante : reprise des actifs de l’ULN par Bongrain, et dans un second temps, reprise de la gestion opérationnelle de l’activité fromagère de Sodiaal par Bongrain également, dans la cadre de la CF&R (Compagnie des Fromages et Riches Monts). Des discussions sont actuellement en cours pour une alliance entre Bongrain et Terra Lacta (Bongrain qui a été préféré à… Eurial), qui débouchera certainement sur la reprise des actifs du second par le premier. Sodiaal étant présenté comme un partenaire possible pour le lait de consommation, peu valorisé et en difficulté.
La naissance d’un nouveau grand groupe coopératif – en bonne santé financière de surcroît – est donc une bonne nouvelle pour le paysage laitier coopératif français, dont un certain nombre de beaux actifs sont partis dans le giron du privé. Bongrain a joué un rôle important dans ce processus. Mais on peut citer aussi General Mills, qui a repris une très belle marque avec Yoplait.