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Prix du lait Une nouvelle donne pour 2010 qui invite à renégocier

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Il semblerait normal, étant donné le fort rebond des cours mondiaux du beurre et de la poudre, que le prix du lait payé aux producteurs remonte dans les prochains mois en France. Les transformateurs n’ont pas trop de mal à l’admettre mais ils ne sont pas prêts forcément à bouger même si l’agitation a tendance à reprendre dans les campagnes et s’il est prématuré de dire de combien pourrait être cette revalorisation.

Au premier trimestre 2010, le prix du lait sera en hausse par rapport aux prix qui résultaient de l’accord du 3 juin imposé au forceps par le gouvernement. Mais de combien ? il est bien difficile de le dire. Comme ceux-ci étaient environ 20 % trop élevés par rapport aux réalités du marché (notamment par rapport aux prix allemands), il reste à évaluer dans quelles proportions le redressement brutal mais récent des cours internationaux du beurre et de la poudre pourra être répercuté. Ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas les seuls indicateurs à prendre en compte : les PGC, eux, ne se redressent pas encore, ils suivront plus ou moins vite sauf si la consommation n’était pas bonne. Il est trop tôt pour le dire et cela ne facilite pas les négociations. Celles-ci, d’ailleurs, ne seront plus basées sur les trois classes de prix définies le 3 juin, et elles se feront en réalité entreprise par entreprise sur la base de grilles adaptées aux régions mais dans un cadre contractuel nouveau qui corresponde aux principes bientôt imposés par la loi de modernisation agricole : des engagements réciproques sur des volumes et des niveaux de valorisation selon les débouchés et donc le mix produit de l’entreprise.

L’interprofession doit encore définir le cadre
Au niveau du Cniel, en tout cas, aucune donnée chiffrée n’a encore été mise sur la table qui permettrait aux partenaires d’entamer véritablement des négociations localement.
D’où la réserve des deux fédérations industrielles (FNCL et FNIL) sur les chiffres de hausse lancés par le Conseil national de la FNPL la semaine passée et déjà contestés par les syndicats agricoles minoritaires parce que toujours inférieurs aux coûts de production des éleveurs. « Les prix devraient être relevés au premier trimestre 2010 de 3 à 8,4 % par rapport à leur niveau de début 2009 », a estimé la branche laitière de la FNSEA qui entend utiliser les mêmes modes de calcul qu’il y a un an. Mais le président Brichart reconnaît que tant que les évolutions pour le 4e trimestre ne sont pas connues, ces chiffres sont « à manier avec la plus grande prudence ».
Il n’empêche, le débat est relancé et, en même temps que de nouvelles actions de terrain, la Confédération paysanne et la Coordination rurale réclament l’ouverture de négociations : il est demandé au ministre Bruno Le Maire de « réapparaître sur ce dossier » et de réunir une nouvelle table ronde laitière avec toutes les parties.
A la FNCL, on se contente d’espérer que la définition d’un nouveau cadre contractuel sera achevée comme prévu entre les trois familles de l’interprofession pour le 31 décembre. Chacun s’emploie à écrire les lignes directrices qui devront y figurer, sans attendre que la LMA leur donne force de loi. Il y va du futur contenu des contrats qui lieront les producteurs et les transformateurs. Comme l’écrit le président Gérard Budin dans une tribune parue dans Les Echos cette semaine, « notre première proposition est de sortir de la logique du prix moyen qui s’applique indifféremment à tout le lait collecté. Nous avons besoin d’introduire dans les contrats des couples volumes et prix et de rémunérer différemment les éleveurs selon que le lait est bien valorisé (lait conditionné, yaourts, fromages…) ou en excédent ».

Un retournement de conjoncture se dessine
Selon une récente note de conjoncture du Cniel, la donne mondiale est en passe de changer et de recréer un peu de marge de manœuvre pour envisager de relever le prix du lait à la ferme. Si la production laitière reste globalement stable sur les 9 premiers mois 2009 en Europe, elle diminue légèrement aux Etats-Unis et en Australie. En effet, la Nouvelle-Zélande, qui avait connu un net recul à cause de la sécheresse en 2007-08, a vu sa production laitière repartir fortement (+10%) sur la dernière campagne terminée en mai 2009. Mais, après la pause estivale, son redémarrage semble moins vif que les années précédentes.
Les exportations des pays de l’hémisphère Sud (Nouvelle-Zélande, Australie et Argentine) sont en net développement sur les 9 premiers mois de l’année 2009, et ceci pour toutes les familles de produits laitiers. Cette progression est à relier à la reprise assez nette de la demande en Asie : les importations chinoises de poudres de lait se développent après trois années de recul, ce qui impacte fortement les cours mondiaux depuis la fin du mois d’août. Ceux-ci sont orientés à la hausse pour les semaines à venir, d’autant que la Commission européenne, elle, ne procède pas à d’importantes sorties de stocks d’intervention.
Ainsi, exception faite du beurre et du lactosérum, les exportations communautaires sont plutôt en baisse par rapport à 2008. La présence américaine sur le marché mondial s’est quant à elle considérablement réduite depuis le début de l’année 2009, après une phase importante de développement entre 2003 et 2008.

L’Europe ne déstocke pas
Depuis l’été, les prix du lait payés aux producteurs dans la plupart des pays d’Europe tendent à se redresser légèrement mais restent, néanmoins, à des niveaux très inférieurs à ceux de l’année 2008, souligne cette étude du Cniel. Malgré tout, la collecte européenne ne recule pas, elle progresse même de façon conséquente dans quelques pays (Allemagne, Danemark et Pologne).
Les entrées en stocks publics, particulièrement importantes cette année, se sont finalement interrompues début septembre pour le beurre et courant octobre pour la poudre de lait écrémé. La Commission dispose actuellement de stocks relativement importants : 80 000 tonnes de beurre et 280 000 tonnes de poudre de lait écrémé.
Malgré les fortes hausses récentes des cours des produits industriels, en particulier ceux du beurre, la Commission n’a pas remis de stocks publics sur le marché, ce choix est dicté par la prudence car le renversement de tendance sur le marché des produits industriels n’a pas eu pour l’instant d’incidences haussières sur le prix du lait à la ferme. Celui-ci n’a progressé en Allemagne que de 7 euros par tonne en septembre, même s’il a du augmenter davantage au cours du mois d’octobre.
Les prix des PGC sur le marché allemand sont stables à un niveau très bas depuis plusieurs mois, seules quelques hausses sont apparues sur des produits ciblés : beurre (impact de + 0,18 euro la plaquette en octobre) et lait de consommation (impact à partir de novembre).

Baisse des exportations françaises
En France, après un mois de septembre en net recul (-6,4%), la production laitière ne donne pas de signes de redressement. La collecte poursuit son recul sur le mois d’octobre 2009 (-3%) et au début du mois de novembre. Sur les 7 premiers mois de la campagne 2009-10, elle baisse de 3%, sachant que la campagne 2008-2009 s’est soldée par une sous-réalisation de 4,8%. Deux produits laitiers présentent une forte baisse de leur fabrication sur les 9 premiers mois de l’année 2009 : le lait de consommation d’une part, dont le solde commercial s’est fortement amoindri ; la poudre grasse d’autre part, dont les exportations poursuivent leur baisse structurelle, après une parenthèse en 2008. Les ventes au stade de détail progressent en volume pour quelques produits (crème, beurre, fromages), mais les prix restent globalement orientés à la baisse.

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