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AESA/Communication Une nouvelle stratégie de communication sur les risques alimentaires

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Comment communiquer des informations ouvertes et transparentes au public sur les dangers et les risques alimentaires ? Comment fournir des informations simples et faciles à appréhender par la société sur la manière dont se déroulent les évaluations des risques et la prise de décisions de gestion de ces risques ? Comment organiser une communication bilatérale pertinente et efficace ? C’est à ces questions majeures que prétend répondre la nouvelle initiative conjointe AESA/Agences nationales de sécurité des aliments en matière de communication sur les risques que vient de publier l’AESA. Intitulée bizarrement Quand les aliments se déchaînent – bonnes recettes de communication sur les risques, ces nouvelles orientations de l’AESA se donnent pour ambition « d’aider tous les gestionnaires et communicateurs professionnels des risques dans le secteur alimentaire dans leur tâche extrêmement complexe de communiquer sur les risques alimentaires étayés par la science en tenant compte des besoins des différents publics ».

Les auteurs des lignes directrices relatives à la communication sur les risques alimentaires (1) avertissent d’emblée que leur document de 50 pages « ne devrait pas être perçu comme une tentative visant à convaincre ou persuader quiconque de se rallier à l’avis du communicateur quant à la tolérabilité ou l’acceptabilité des risques ». Il faudrait plutôt l’appréhender comme « une démarche s’efforçant d’aider les citoyens à mieux juger en connaissance de cause et leur permettant d’être maîtres des risques auxquels ils sont confrontés dans leur propre vie ». Selon eux, les communicateurs sur les risques se doivent de respecter quatre grandes lignes directrices: tout d’abord procéder à « un examen critique de ses propres performances » en matière d’évaluation et de gestion des risques ; élaborer ensuite un programme participatif de communication sur les risques afin de veiller à maintenir « un effort de communication permanent avec les parties prenantes clés », y compris les consommateurs, et ce dès le début du processus d’évaluation ; rendre aussi la communication « conforme aux besoins du public cible et non pas à ceux de la source d’information » ; et enfin adapter et modifier le programme de communication dans un effort organisé visant « à recueillir des réactions et à détecter les changements survenant dans les valeurs et les préférences ».

Collaboration étroite AESA/Agences nationales de sécurité alimentaire
Anne Laure Gassin, directrice de la communication à l’AESA et présidente du groupe de travail « communication » du Forum consultatif de l’AESA, affirme que « plutôt que de publier un autre guide générique de communication sur les risques », le document de l’AESA fournit « des informations spécifiques à toutes les parties intéressées sur la sécurité des aliments ainsi que les méthodes d’évaluation des risques et les travaux de l’Autorité européenne de sécurité des aliments » (AESA). Des conseils, souligne-t-elle,  « fondés sur de vastes recherches ou une expérience de longue date et qui s’adressent tout spécialement aux organismes publics chargés de la réglementation du secteur alimentaire ». En communiquant « de manière ouverte et transparente et en s’appuyant sur les conseils scientifiques indépendants fournis par ses groupes d’experts scientifiques, l’AESA, dit-elle, contribue à améliorer la sécurité des aliments en Europe et à donner confiance à la population dans la manière dont les risques sont évalués ». Pour atteindre cet objectif, l’AESA « collabore avec les départements de communication des agences nationales de sécurité des aliments, par l’entremise du groupe de travail “communication” du forum consultatif de l’Autorité (AFCWG ), en vue de mettre en place une approche plus objective pour communiquer sur les risques associés à la chaîne alimentaire et promouvoir la diffusion de messages cohérents dans l’ensemble de l’UE ».

Tenir compte des disparités nationales
Les responsables de l’AESA restent conscients que les lignes directrices « doivent tenir compte des disparités nationales dans l’approvisionnement alimentaire, les habitudes et pratiques alimentaires ainsi que des attitudes spécifiques envers l’alimentation et son rapport à la santé ». Les communicateurs devraient également tenir compte de l’environnement social et politique dans lequel les messages sont transmis. Cependant, en dépit de ces différences, « les lignes directrices peuvent contribuer à développer des approches basées sur les meilleures pratiques et sur des principes sous-jacents applicables dans des cas et situations variés ».

Transparence et indépendance : les mots clé
Un processus décisionnel et une approche en toute transparence visant à expliquer le fonctionnement d’une organisation, sa gouvernance et la méthode qu’elle utilise pour prendre ses décisions, sont également primordiaux aux yeux de l’AESA : « La communication ne doit jamais écarter les zones d’ombre ; celles-ci doivent toutes être soumises à l’évaluation des risques, peu importe si et comment ces incertitudes peuvent être traitées par l’évaluateur des risques et/ou le gestionnaire des risques, ainsi que leurs implications sur la santé publique », souligne-t-elle. Mieux : la communication sur les risques sera d’autant plus fiable « si l’on peut prouver que les responsables des évaluations des risques, et de leur communication, sont indépendants des décideurs politiques, de l’industrie, des ONG ou d’autres intérêts particuliers ». Estimant qu’il est vital de garantir l’impartialité de ses conseils scientifiques, l’AESA tient à rappeler qu’elle a mis en place « une série complète de mécanismes et processus visant à sauvegarder l’indépendance et l’intégrité de son travail scientifique. Ils figurent dans sa politique en matière d’indépendance et de processus décisionnels scientifiques adoptée par le conseil d’administration de l’AESA en décembre 2011 ». Encore mieux : en mars 2012, l’AESA a publié des dispositions de mise en œuvre relatives aux déclarations d’intérêt qui établissent « une série de principes généraux plus clairs, plus transparents et plus solides, applicables à tous les collaborateurs au sein de l’AESA ».

Pour une communication « compréhensible et exploitable »
« L’ouverture et la transparence impliquent de s’engager à publier des évaluations des risques pour que tous les publics clés soient en mesure d’apprécier les données scientifiques », explique le document conjoint. Il est essentiel de transposer de manière précise le contenu scientifique « en un langage relativement simple que les gestionnaires non experts des risques, les parties prenantes et les publics plus larges peuvent comprendre ». En cas d’incertitude, » il faut la reconnaître et la décrire, et définir toutes les données manquantes ou les problèmes liés à la méthodologie », souligne le document conjoint. Mais, plus important encore, « une communication efficace sur les risques nécessite de bons communicateurs (scientifiques et professionnels de la communication) capables de transposer efficacement des contenus scientifiques en messages clairs pour divers publics de telle sorte que l’évaluation des risques soit compréhensible et exploitable ». Une profession comme la nôtre ne peut qu’applaudir à de telles préoccupations et d’aucuns attendent maintenant avec un certain empressement les réactions des différentes parties prenantes à qui s’adresse en priorité cet ensemble de ligne directrices censé instaurer la confiance du public dans les décisions en matière d’évaluation et de gestion des risques et de permettre aux consommateurs de choisir parmi plusieurs options susceptibles de répondre à leurs propres critères « d’acceptation des risques ».

(1) Conformément au Codex Alimentarius, la communication sur les risques est définie comme étant «l’échange d’informations et d’avis sur les risques et les facteurs liés aux risques entre les responsables de l’évaluation des risques et de la gestion des risques, les consommateurs et les autres parties intéressées.» 

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