Abonné

Une « nuit de l’agroécologie » pour réconcilier les citoyens, les agriculteurs… et leur ministre

- - 3 min

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a-t-il décidé de jouer la carte de la réconciliation sur l’oreiller en organisant, le 23 juin, la première nuit de l’agroécologie ? Le ministre, qui affichait clairement la volonté d’ouvrir le dialogue entre les agriculteurs et le grand public, semblait tenter par la même occasion une réconciliation avec les agriculteurs, dans une relation restée glaciale depuis la crise de l’élevage débutée il y a un an.

Pas moins de 110 événements – débats, conférences, visites de ferme, dégustations, etc. – se sont tenus sur le territoire français le 23 juin au soir, à l’occasion de la première nuit de l’agroécologie. Des exploitations agricoles, des lycées et établissements de l’enseignement supérieur, des associations, etc. : nombreux sont ceux qui avaient ouvert leurs portes afin de rendre possible le débat entre la profession agricole et la société civile autour de l’agroécologie. Dans les jardins du ministère de l’Agriculture, où François Hollande a fait un passage inattendu, plus de 400 personnes assistaient à des ateliers sur des thématiques telles que l’agroforesterie, la gestion des sols ou Écophyto, animés par des chercheurs et agriculteurs.

Des agriculteurs « ambassadeurs » de l’agroécologie

Pour Stéphane Le Foll, la nuit de l’agoécologie devait constituer une occasion pour « engager le dialogue avec ceux qui la pratiquent (les agriculteurs, NDLR) et les citoyens » et « essayer de s’expliquer, essayer aussi de positiver », déclarait-il en ouverture de la soirée. Le ministre, qui a rappelé l’objectif de l’agroécologie – « combiner trois grands enjeux : la performance économique, la performance écologique et la performance sociale » – a demandé aux agriculteurs « pionniers » qui ont expérimenté de nouvelles pratiques respectueuses de l’environnement, de devenir désormais des « ambassadeurs » de l’agroécologie auprès des citoyens.

Le ministre visait tout autant à convaincre les agriculteurs eux-mêmes des bénéfices qu’ils ont à tirer de l’agroécologie. « Il n’y a pas d’antagonisme entre la volonté d’être durable et celle qui consiste à avoir une dimension économique de l’agriculture », a-t-il affirmé.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

agroécologie
Suivi
Suivre

L’agroécologie comme outil de compétitivité

Le ministre est allé plus loin, reconnaissant que le verdissement de la Pac avait introduit des « critères de complexité pour les agriculteurs ». « Si on est capable de montrer que nos modèles peuvent intégrer des enjeux environnementaux, de manière logique, les normes peuvent tomber » a-t-il affirmé. Mieux que l’assouplissement des normes, Stéphane Le Foll s’interroge sur la possibilité d’« assurer une contrepartie » aux agriculteurs pour leurs externalités positives sur l’environnement. Le ministre promeut « la reconnaissance de l’agroécologie » afin de créer de « la valeur ajoutée ». Dans cette optique, il ambitionne la création d’une certification ou d’un label.

Au ministère, Stéphane Le Foll s’adressait ce 23 juin à un public déjà convaincu par l’agroécologie : des chercheurs, des étudiants de l’enseignement supérieur et des agriculteurs précurseurs de l’agriculture de conservation. Reste à voir s’il saura convaincre les réticents qui n’ont pas participé à la nuit de la réconciliation.