Les orientations françaises du bilan de santé de la Pac devraient entraîner une diminution des soutiens publics de 6 000 euros en moyenne par exploitation céréalière selon les premières estimations de l’Inra. Mais la situation est très contrastée selon les régions. Si cette réforme était prévue de longue date, c’est la brutalité de sa mise en œuvre qui choque les producteurs de grandes cultures.
Les grandes orientations françaises du bilan de santé de la Pac ont été dévoilées par le ministre de l’Agriculture le 23 février dernier. C’est maintenant l’heure des comptes pour les agriculteurs. D’après les premières simulations de l’Inra, la réduction des aides pour les producteurs de grandes cultures s’établirait à 6 000 euros en moyenne nationale par exploitation, a indiqué Hervé Guyomard. Le directeur scientifique de l’Inra s’exprimait à l’occasion d’un débat organisé lundi 16 mars par l’AFJA (Association française des journalistes agricoles). Mais la situation est très variable selon les régions. Les pertes en Bretagne devraient être plutôt faibles comparées à celles de Champagne-Ardenne. Ce sont les zones intermédiaires qui vont le plus souffrir dans l’état actuel de la réforme. Les producteurs de Bourgogne, par exemple, pourraient voir leurs soutiens diminuer de 9 500 euros par an. À l’inverse, les systèmes herbagers vont connaître une forte augmentation de leurs aides. En moyenne, les éleveurs d’ovins vont recevoir 7 700 euros supplémentaires.
Un temps d’adaptation
« Le ministre de l’Agriculture a mené une réforme à charge contre les exploitations de grandes cultures », a déploré Jacques de Loisy, administrateur de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) et céréalier en Côte d’Or. Mais au fond, ce ne sont pas tant les orientations elles-mêmes qui gênaient les céréaliers invités au débat que la brutalité de leur mise en action. Jean-Luc Gandon, vice-président de la coopérative Champagne Céréales, a estimé que, dans un premier temps, la consommation d’engrais va diminuer pour limiter les baisses de revenus avant que chaque exploitation ne trouve son équilibre. Selon lui, les agriculteurs vont s’en sortir mais cela va demander quelques années d’adaptation. « Les débats sur l’équité sont sans fin, il faut une aide unique à l’hectare » tranche Christophe de Rycke, secrétaire général de la FDSEA de Seine-et-Marne.
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Mobiliser les fonds de la modulation
Pour Hervé Guyomard, « certes le choc est important, mais il était prévu de longue date et il était possible de préparer la transition dès 2003 ». Les producteurs cherchent à présent à activer des outils qui permettraient de minimiser l’impact de la réforme de la Pac. Une enveloppe de près de 500 millions d’euros doit déjà être redistribuée aux exploitants des zones intermédiaires (selon des modalités qui restent à définir) au sein de la filière grandes cultures. « On réfléchit à récupérer les fonds non utilisés de la modulation pour soutenir les zones intermédiaires », ajoute Jacques de Loisy. La remise en place de mesures agro-environnementales (MAE) « rotationnelles » est également envisagée. Hervé Guyomard prévient quand même qu’il ne faut pas trop attendre du second pilier de la Pac : « Une large part de la modulation va servir à la PHAE (prime herbagère agri-environnementale) et aux aides à l’installation, pour le reste il sera orienté vers les “nouveaux défis” (biodiversité, changement climatique…) ».
Légitimer les soutiens de la Pac
Selon le chercheur de l’Inra, « il faut légitimer la Pac en l’orientant vers la protection de l’environnement et l’aménagement du territoire afin défendre le modèle agricole français auprès des autres pays européens dans le cadre de l’après-2013, sinon nos partenaires vont souhaiter dépenser l’argent ailleurs (emploi, formation…) ». Pour prévenir la volatilité des cours des matières premières, il juge que le dossier de l’assurance n’est pas encore doté d’un budget suffisant, « alors que l’avenir doit reposer sur la stabilisation (dans un contexte de forte fluctuation des prix agricoles) plutôt que sur les soutiens ».