À l’est de l’Argentine, la province d’Entre Ríos vient d’établir une distance minimale pour appliquer des phytos à proximité des établissements scolaires ruraux. 1 km pour les applications terrestres et 3 km pour l’aérien.
C’est inédit en Argentine. Première productrice de riz du pays et quatrième en maïs et soja, la province d’Entre Ríos, qui recouvre aux frontières de l’Uruguay et du Brésil un territoire équivalent à celui de l’Irlande, vient d’instaurer, par l’intermédiaire du Tribunal supérieur de justice, sa plus haute instance judiciaire, des distances minimales légales pour appliquer des produits phytosanitaires à proximité des écoles rurales : 1 km pour les applications terrestres et 3 km pour les aériennes.
Cette décision fait loi faute de règlement normalisant l’activité au niveau national. Elle empêcherait les semis de 300 000 hectares (ha) lors de la saison 2019/2020, selon les associations de producteurs qui ont manifesté contre cette décision de justice, le 22 mai dernier, à Paraná, devant le tribunal en question. Cette décision a été entérinée suite à une demande présentée par une association de professeurs des écoles et une ONG environnementale.
Manifestation d’un millier d’agriculteurs
Quelque mille agriculteurs ont répondu à l’appel à manifester de la Fédération agraire d’Entre Ríos et deux autres syndicats ruraux. Walter Fedlkamp, de la Société rurale de la province d’Entre Ríos, affirme qu’à cause « de ces nouvelles restrictions, on ne pourra plus cultiver 320 ha autour de chaque école et 2 800 ha au niveau aérien, c’est du jamais vu au niveau mondial. »
Consulté par Agra Presse lors du congrès de l’inter-filière argentine du maïs, Maizar, tenu le 22 mai à Buenos Aires, le chef de cabinet du secrétaire d’État argentin à l’Agro-industrie, Santiago del Solar, a rappelé la souveraineté des autorités de chaque province et municipalité de ce pays fédéral qu’est l’Argentine, en ajoutant que « le pouvoir exécutif national a émis, l’an dernier, un document interministériel qui préconise l’exclusion [dans les normes légales du pays] de la notion de distance minimale d’application pour se focaliser sur les conditions d’application, et les sanctions des mauvaises pratiques ».
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Une diversité de réglementations régionales
Florencia Richiutti, directrice de la Fondation Barbecho, un lobby agricole actif au Parlement argentin, souligne elle aussi la « diversité des législations en vigueur dans chacune des 22 provinces du pays, qui encadrent l’activité [d’application de phytosanitaires] ». Selon elle, les provinces de Buenos Aires, Santa Fe et Córdoba, « ont des lois adéquates basées sur un contrôle efficace, et même des primes de réduction fiscale contre la garantie de bonnes pratiques agricoles ».
« Le problème de fond est l’absence de loi nationale en la matière, dit-elle. La dernière tentative en ce sens remonte à août dernier, mais le président de la Commission environnementale du Sénat national étant Pino Solanas, le célèbre réalisateur de documentaires tels que « Villages aspergés », qui évoque les phytosanitaires comme des “agrotoxiques”, le consensus avec les syndicats d’agriculteurs est improbable », remarque-t-elle.
Selon elle, la décision adoptée la semaine dernière à Entre Ríos « doit beaucoup à la dimension sociale qu’occupent les écoles rurales au sein de la population d’Entre Ríos. »
« On ne pourra plus cultiver 320 ha autour de chaque école et 2 800 ha au niveau aérien »