Après un bilan estival meilleur qu’espéré, la restauration hors domicile fait sa rentrée sous le signe de l’incertitude. Les surcoûts liés au protocole sanitaire pourraient avoir des conséquences sur les futurs achats de la RHD déjà très contraints budgétairement.
Les enfants sont revenus dans les cantines mais les employés se font plus rares dans leurs restaurants d’entreprise et la clientèle d’affaires et internationale manque à l’appel en restauration commerciale. La rentrée de la restauration hors domicile (RHD) se fait sous le signe de l’incertitude.
Pourtant la saison estivale s’est montrée meilleure que ce qu’avaient pu imaginer les observateurs du secteur. « La tendance pour l’été est que le secteur semble mieux repartir que prévu », estime ainsi Emmanuel Argoud, directeur associé du cabinet Food service vision, interrogé par Agra Presse le 8 septembre. Les touristes français, faute de pouvoir se déplacer à l’étranger, ont été au rendez-vous. « Cela a surtout bénéficié aux zones rurales peu fréquentées habituellement comme le Jura, le Cantal ou encore la Normandie qui ont vu un afflux de touristes, analyse le spécialiste. À l’inverse, dans les zones urbaines, il y a eu beaucoup moins de touristes. »
Et une autre clientèle manque à la restauration commerciale : la clientèle nomade et internationale, du fait notamment de la multiplication des annulations de salons et événements. Emmanuel Argoud garde malgré tout une vision optimiste pour cette rentrée : « Dans beaucoup de restaurants, les tickets moyens sont en hausse, les consommateurs veulent se faire plaisir. »
Les vacances sont finies
Dans la restauration collective d’entreprise, « la rentrée est marquée par une forte instabilité au niveau de la fréquentation », observe Esther Kalonji, déléguée générale du SNRC, le syndicat de la restauration collective concédée. « Dans de nombreux restaurants d’entreprise, nous sentons qu’il n’y a moins de personne qu’avant. Aujourd’hui, l’enjeu important est celui du télétravail », ajoute-t-elle.
« Une journée de télétravail par semaine c’est 20 % d’activité en moins pour le restaurant d’entreprise », illustre Emmanuel Argoud de Food service vision. « L’enjeu est de voir comment le secteur va repartir et se transformer », estime-t-il. Et les entreprises ne semblent pas baisser les bras.
« La restauration collective est en train de se réinventer pour sortir des murs des cantines », explique Esther Kalonji, citant les systèmes de commande à distance, la livraison, les paniers-repas… « Nous pouvons imaginer toutes sortes de solutions et d’innovations qui permettent de continuer d’alimenter le travailleur chez lui ou en entreprise », assure-t-elle.
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Les écoliers retrouvent le chemin de la cantine
En restauration scolaire, « les retours sont très encourageants. Le nombre d’enfants équivaut à la rentrée dernière », se réjouit Marie-Cécile Rollin, directrice de Restau’co, le réseau interprofessionnel de la restauration en gestion directe.
« À de rares exceptions du fait de fermetures d’écoles liées à des cas de Covid-19, les écoliers sont au rendez-vous grâce au travail de réassurance de nos clients sur notre capacité à mettre en place les mesures barrières et les règles d’hygiène », estime Esther Kalonji du SNRC. Mais qui dit nouvelles règles, dit nouveaux coûts.
« La restauration collective opère déjà dans des conditions extrêmement serrées et strictes de maîtrise de coûts. Nous allons quand même continuer à mettre en œuvre les dispositions de la loi Egalim de montée en gamme mais nous demandons une attention particulière des pouvoirs publics, alerte-t-elle. La montée en gamme doit être payée par le consommateur. C’est un sujet d’autant plus d’actualité que des coûts additionnels se sont greffés. »
« Entre la baisse de recette et les surcoûts, les cantines sont en train de faire le point pour voir dans quelles conditions elles peuvent poursuivre des achats de qualité sur la fin de l’année, concède Marie-Cécile Rollin de Restau’co. Les comportements seront différents mais il y a un risque pour les derniers mois de l’année de revenir sur une stratégie du meilleur prix sur les achats du fait des contraintes budgétaires. »
« La restauration collective se réinvente pour sortir des murs des cantines »