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Prix Une volatilité structurelle sur les marchés agricoles selon Agritel

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La volatilité des prix agricoles, à la hausse ou à la baisse, sera croissante et structurelle selon Michel Portier, président-directeur général d’Agritel. Lors d’une conférence de presse intitulée « Environnement de marché et facteurs de volatilité », à Paris le 31 janvier, le p.-d.g. d’Agritel a fait le point sur l’évolution des facteurs de la volatilité des prix en agriculture. Selon lui, les cours se déconnecteraient de plus en plus des fondamentaux du marché, et varieraient en fonction de nouveaux éléments.

«Aujourd’hui les fondamentaux n’expliquent plus que 60% de la formation des prix en agriculture », a signalé Michel Portier, p.-d.g. d’Agritel, lors d’une conférence de presse le 31 janvier à Paris. Selon lui, « il va falloir s’habituer à vivre avec la volatilité » en raison d’une organisation mondiale des marchés qui déconstruit progressivement les filets de sécurité mis en place au sein de l’UE. « On a ainsi importé de la volatilité », a poursuivi Michel Portier, car, au niveau mondial, ces fluctuations de prix ont toujours existé, mais Bruxelles gérait la situation.

Les fondamentaux n’expliquent plus tout

Au niveau de l’offre et de la demande, une production en flux tendus, évitant les coûts de stockage, face à une demande alimentaire mondiale incompressible, laisse les marchés sous tension. Les activités agricoles, subissant des incidents climatiques de plus en plus fréquents, notamment en raison du réchauffement global, induisent une nécessité de produire davantage, selon Michel Portier, qui s’est déclaré favorable à l’usage des biotechnologies pour y parvenir. Il a aussi insisté sur l’importance pour les pays importateurs de constituer des stocks afin qu’ils puissent mieux faire face aux années de prix hauts. Cependant, Michel Portier a insisté sur le fait que de nouveaux facteurs devaient être pris en compte pour comprendre la formation des cours.

Les nouveaux facteurs de la volatilité

Pour Michel Portier, la fluctuation des devises joue un rôle croissant sur la volatilité. « Lorsque la Chine fait monter ses taux d’intérêt pour juguler l’inflation, les cours du soja et du maïs se replient, mais une forte demande fait que les prix se reprennent généralement rapidement », a indiqué le p.-d.g. d’Agritel. Pour lui, la volatilité est aussi liée aux cours du fret, dont les prix fluctuent fortement en fonction des demandes saisonnières et des origines. A ce sujet, il a signalé « qu’avec 5Mt de soja exportées par mois vers la Chine, et 60% des disponibilités mondiales en blé tendre exportable, les capacités portuaires des Etats-Unis étaient saturées ». Cette situation a eu tendance à faire baisser les disponibilités en bateaux, et donc à renchérir les coûts de transports. Enfin, l’accélération des flux d’information et de communication a été pointée du doigt lors de cette conférence, comme facteur de la volatilité. Ainsi, les marchés mondiaux réagissent vivement, et de façon simultanée, à la moindre nouvelle sur l’état des cultures dans les grands bassins de production ou de consommation mondiaux.

Nécessité d’une transparence des volumes échangés

Selon le p.-d.g. d’Agritel, l’Europe devrait entériner, dès le mois de mai ou de juin, la création d’un reporting quotidien des prises de positions sur les marchés à terme agricoles par type d’opérateurs, selon le modèle de la CFTC (Commodity Futures Trading Comission) américaine. Ceci afin de distinguer les actions spéculatives des actes de couvertures de la part d’utilisateurs. D’autres actions sont envisageables , telle la fermeture des marchés en cas de forte volatilité journalière, comme cela se fait aux Etats-Unis. Ainsi, si un certain seuil de hausse ou de baisse des prix était dépassé sur une journée, les échanges seraient interrompus afin d’éviter un emballement du marché, et de laisser le temps aux chambres de compensation de réaliser leurs appels de marges. Enfin, Michel Portier a aussi parlé de la nécessité de contrôler et de mesurer les volumes échangés de gré à gré, car selon lui, le fait de ne pas connaître les termes de ces contrats accroît l’opacité sur les marchés agricoles. De plus, ces opérations ne passant pas par une chambre de compensation, assurant la solvabilité des parties contractantes, le dénouement de ces contrats peut être risqué, notamment en cas de retournement de marché ou de non livraison de marchandise suite à un incident climatique.

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