Sur la base des chiffres de l'Insee disponibles à fin mars et des estimations économiques de la Banque de France, Unigrains a bâti plusieurs hypothèses sur l’impact de la crise liée au Covid-19. Si les grandes puissances n’ont pas lésiné sur le montant des plans de soutien mis en place à travers la planète, il est difficile aujourd’hui d’estimer la date de la reprise de l’économie, très dépendante de la date et des conditions de sortie du confinement. Mais la capacité de rebond de l’économie est pour l’heure réelle et réaliste.
Unigrains s’est livré à un exercice particulièrement difficile : celui d’estimer le coût économique du confinement. « Un exercice central pour appréhender l’ampleur de la récession attendue », relève l’investisseur de l’agroalimentaire. Son étude, qui se base sur une analyse de l’Insee à fin mars et qui a été réalisée avant l’annonce de la prolongation du confinement au 11 mai, est assez édifiante.
Ainsi, selon les chiffres de l’institut pour la semaine du 26 mars, la chute de l’activité économique globale en France durant une semaine de confinement peut être estimée à 35 % par rapport à une semaine dite « normale ». Un chiffre à prendre avec des pincettes et où apparaît de grandes disparités selon les secteurs. Ainsi, « l’impact atteint 90 % pour la construction, mais n’est que de 4 % pour l’agriculture et les IAA », relève Unigrains, des chiffres qui confirment « la résilience traditionnelle du secteur en période de crise, particulièrement durant celle-ci ».
Incertitudes sur le retour à la normale de l’activité
De son côté, la Banque de France estime à 6 % la contraction du PIB au premier trimestre, soit la plus mauvaise performance depuis le deuxième trimestre de 1968, qui s’était soldé par une récession de 5 %. Mais ce que soulignent surtout les experts d’Unigrains, c’est que cette chute estimée du PIB pour le premier trimestre « correspond en fait à une baisse de 35 % du PIB au cours de la deuxième quinzaine de mars », sachant que le confinement a débuté le 17 mars. Et partant d’une hypothèse de confinement à fin avril et « celle d’un retour presque à la normale du PIB d’ici l’été (c’est-à-dire ce qu’aurait été le PIB en dehors de la crise, sans croissance supplémentaire – une hypothèse hasardeuse mais nécessaire pour réaliser cet exercice, préviennent les auteurs de l’étude), on arrive mécaniquement à une contraction supplémentaire du PIB de 15 % au deuxième trimestre, soit un effet cumulé de -20 % sur le premier semestre, ce qui serait historique », selon Unigrains. Et d’ajouter que le risque d’un chiffre dégradé est bien présent, puisque le retour à la normale post-confinement dès l’été est tout sauf acquis.
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Au mieux, un rebond en fin d’année
Et après ? Cela dépendra non seulement de la capacité de rebond de la vie économique domestique, mais aussi de l’impact des perturbations du commerce mondial. La reprise qui interviendra plus vraisemblablement à partir du quatrième trimestre « pourrait être aussi violente qu’a été la contraction du PIB juste avant, justifiée par un effet rattrapage, et surtout dopée par les plans de soutien budgétaires massifs et historiques, mis en place à travers le monde », veut croire Unigrains. Des plans qui avoisinent les 5 000 milliards de dollars, du jamais vu ! Rien que pour la France, le plan annoncé est de 345 milliards d’euros (15 % du PIB) dont 300 milliards de garanties de crédits.
Sur la base d’une récession au premier semestre, suivie d’une reprise au second, « la contraction du PIB sur l’ensemble de l’année est généralement attendue entre -6 % et -10 % en fonction du profil de reprise potentiel après l’été », rappelle l’expert. Et la croissance en 2021 devrait afficher un effet rattrapage tout aussi impressionnant qu’aura été la chute ». Pour autant, ajoute-t-il, « à ce stade, le risque majeur de ce scénario réside dans une récession plus profonde au premier semestre et une sortie de crise repoussée en 2021 ». Un scénario d’autant plus probable aujourd’hui, que le confinement a été prolongé au moins jusqu’au 11 mai et que le déconfinement reste encore très flou.
Mais Unigrains se veut positif et souligne que la récession actuelle résulte de l’impact sur l’appareil productif et la consommation, des mesures de confinement nécessaires à la lutte contre l’épidémie du Covid-19. De fait, une fois ces mesures levées « cette situation subie devrait progressivement se corriger, même si la rapidité de la correction et les dommages collatéraux demeurent pour l’heure très incertains tant dans l’ampleur que dans le temps », rappelle l’expert. Il s’agit bien d’une des différences majeures avec les autres crises, qui résultaient, elles, de facteurs économiques « donc moins maîtrisables que le confinement dans la gestion de la crise », soulève-t-il. Et à ce point s’ajoutent également « les moyens sans précédents mis en place par les autorités budgétaires et monétaires depuis un mois à travers la planète ». De quoi laisser penser à Unigrains que « la capacité de rebond de l’économie, une fois sortie du tunnel actuel qui durera a minima jusqu’à l’été, apparaît pour l’heure réelle et réaliste ».