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Union SDA/Béghin-Say parachève la fusion en devenant Tereos

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L'ensemble Union SDA/Béghin-Say, rebaptisé Tereos, accuse en 2002-2003 un déficit lié à des raisons d'harmonisation comptable, mais promet pour le prochain exercice une sensible évolution. Parmi les trois scenarii élaborés à Bruxelles pour la réforme du régime sucrier , le leader français se prononce en faveur de la baisse des prix.

Tout un symbole : afin de signifier qu’il ne se constitue pas de deux mais d’une seule entreprise, le groupe Union SDA/Béghin-Say s’est rebaptisé, lors de son assemblée générale du 19 janvier, pour devenir Tereos. Le processus s’achèvera, au mois de mars sans doute, par une fusion juridique, qui verra l’absorption de Béghin-Say par le groupe coopératif. Si la première campagne sucrière depuis le rapprochement, achevée récemment, a été “bonne”, comme s’en félicite Philippe Duval, président du directoire, le premier exercice du nouveau groupe, clos le 30 septembre 2003, s’est soldé par un chiffre d’affaires de 1,729 milliard d’euros et une perte consolidée de 63 millions d’euros, non significative.

Engagements tenus

De fait, précise le dirigeant, l’exercice de Béghin-Say a pris en compte neuf mois seulement (du 1er janvier au 30 septembre 2003), excluant le trimestre de la campagne, et a été impacté également par des écritures de retraitement. Pour autant, le ratio du résultat opérationnel sur chiffre d’affaires ressort pour Béghin-Say à 14,4 %, un niveau meilleur que celui des années passées, qui, activités française et italienne confondues, avoisinait plutôt les 10 %, souligne Philippe Duval.

Pour ce qui est des résultats d’Union SDA, périmètre de Béghin-Say exclu, le résultat avant complément de prix et amortissement des quotas a progressé de 8 % en un an, et atteint 76,7 millions d’euros. Le résultat net s’établit à 18,4 millions contre 10,4 millions précédemment, en hausse de 17 %. Enfin, la marge brute d’autofinancement courante ressort à 105,7 millions d’euros, en hausse de 4 %.

Si donc les résultats consolidés de l’ensemble ne sont guère significatifs, il en va autrement des ratios bancaires. Nous avons noué beaucoup d’emprunts pour réaliser cette acquisition et pris l’engagement auprès du pool bancaire de respecter certains chiffres, rappelle en substance Philippe Duval, se targuant d’avoir fait mieux que prévu. Ainsi, par exemple, du ratio dette nette sur EBE, qui, calculé en années, ne devait pas franchir 5,1 pour Béghin-Say et 3,13 pour Union SDA, ressort respectivement à 3,2 et 2,6.

Avantage à la canne à sucre

Du côté des filiales, en République tchèque, la société TTD (6,5 millions d’euros de résultat net) a produit quelque 190 000 tonnes de sucre, qui correspondent peu ou prou à son quota. Elle a arrêté les fabrications de son usine de Melnik, près de Prague, qui conserve une activité de conditionnement, mais s’apprête, en revanche, à renforcer le site de Dobrovice. La capacité quotidienne de cette usine sera portée de 7 500 à 10 500 tonnes pour un investissement de 14 millions d’euros, “financé entièrement par TTD”.

Au Brésil, où le groupe est présent avec FBA (Franco Brésil Azucarera) et Guarani, il a produit, lors de la récente campagne, plus de 742 100 tonnes de sucre de canne et 2,7 millions d’hectolitres d’éthanol dans cinq usines. Ces activités ont dégagé un chiffre d’affaires de 696 millions de reals (environ 232 millions d’euros) contre 517 millions précédemment, et un résultat d’exploitation de 121 millions de reals (environ 40 millions d’euros). Pour 2004, Tereos prévoit de traiter au Brésil 9,6 millions de tonnes de canne (contre 8,3 millions en 2003), et 10,7 millions en 2005. Sous l’effet de cette progression, alors que les tonnages transformés de betteraves et de cannes dans l’ensemble du groupe s’équivalent actuellement (10 millions de tonnes pour chaque plante), cette “égalité parfaite” va évoluer au profit de la canne.

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Forte part des exportations vers les pays tiers

En incluant les activités à la Réunion, Tereos commercialise quelque 1,437 million de sucre, dont 537 825 tonnes pour Union SDA et plus de 900 000 tonnes pour Béghin-Say. 10 % sont vendus en sucre de bouche, 42 % en sucre pour l’industrie dans l’Union européenne mais 48 % – quasiment la moitié – sont exportés vers les pays tiers. Du reste, le constat est le même pour toute la production métropolitaine, dont la moitié est exportée vers les pays tiers (2 millions de tonnes), tandis que pour l’ensemble de la production des sucriers européens, le pourcentage est moindre (30 % soit 5 millions de tonnes).

Or, souligne Philippe Duval, le marché mondial est de plus en plus difficile. En 2002-2003, la production a atteint 148 millions de tonnes, quand la consommation, toujours en progression, a représenté 139 millions de tonnes. Dans ce contexte d’inadéquation de l’offre et de la demande, les cours mondiaux se dégradent (-5,6 % en dollars en 2003, -20,5 % en euros). Au cours des dix dernières années, entre 1993 et 2003, le repli a atteint 50 % à 150 euros la tonne.

Plaidoyer en faveur de la baisse des prix

« Quand le cours mondial est inférieur à 200 dollars la tonne, le producteur n’a plus intérêt à produire du hors quota parce qu’il ne couvre plus ses frais variables », constate Philippe Duval. Parallèlement, le coût des restitutions pour exporter du sucre de quotas A et B « devient prohibitif», fait-il valoir : « Nous sommes amenés à demander, donc à autofinancer, 500 dollars la tonne pour un produit d’une valeur de 150 dollars ». Si donc la France veut maintenir sa production de betteraves sucrières, elle doit redéployer les quotas A, B et C vers l’Union européenne, dans le cadre du nouveau régime sucrier, estime-t-il.

Tereos privilégie la solution de la baisse des prix. La recette moyenne du producteur d’Union SDA ou de Béghin-Say a atteint au cours des sept dernières années 463 euros la tonne, un niveau “très proche” de la valeur indicative de 450 euros donnée par la Commission au titre de la solution de baisse de prix. La mesure devra toutefois être accompagnée d’une « indemnisation rapide et conséquente des producteurs sortants, quitte à participer au coût de cette indemnisation », et d’une compensation partielle pour les producteurs restants, plaide Tereos.

Son concurrent Saint Louis Sucre, filiale de l’allemand Südzucker, ne le suit pas sur ce terrain mais penche, pour sa part, en faveur de la solution du statu quo, qui privilégie la répartition de la production sur une base historique. « Il est normal que nous ne partagions pas la même analyse», commente Philippe Duval, arguant de ce que le sucrier allemand est présent dans dix pays de l’Union, quand Tereos l’est dans deux pays, “très compétitifs”. Or ce sont précisément les pays les plus compétitifs – Pays-Bas, Danemark, Suède – qui se montrent favorables à la baisse des prix.

 

Alors que les tonnages transformés de betteraves et de canne dans le groupe s'équivalent, cette "égalité parfaite" va évoluer au profit de la canne