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Début des années deux mille : l’écart de revenu courant avant impôt des agriculteurs est, au maximum, de 1 à 2. Ainsi, lorsqu’en 2000 la moyenne du résultat courant avant impôt est de l’ordre de 21 000 euros par an ou un peu plus, les éleveurs d’ovins ont un résultat d’environ 12 000 euros. Arrivent les années 2010 : l’écart s’est considérablement creusé. Alors que la moyenne (en 2010 et 2011) se situe autour de 30 000 euros, certaines productions ne représentent que 10 000 euros, voire 5 000 euros. C’est le cas de l’arboriculture et du maraîchage. Deux productions qui se situent, ces dernières années, en dépit de quelques exceptions, en lanterne rouge des revenus agricoles. Même des secteurs voisins connaissent des sorts très différents : le revenu courant avant impôt des producteurs de lait atteint 30 000 euros en 2011 tandis que les producteurs de viande bovine plafonnent à 14 000 euros.
Cette croissance des écarts de revenus entre secteurs devrait être la préoccupation n°1 du syndicalisme agricole et des pouvoirs publics. L’inégalité en agriculture s’accentue. Si elle est moralement inacceptable, elle est aussi un ferment de division chez les paysans. La politique agricole (française et européenne) ayant vocation à s’effilocher, ces inégalités risquent de s’accentuer. Demain, de plus en plus, les agriculteurs se définiront comme producteurs de lait, de légumes, de céréales plus que comme des paysans. On a vu qu’entre des céréaliers et les éleveurs, leurs clients, il y avait bien un débat sur le partage de valeur ajoutée, débat qui se greffait sur l’aliment du bétail. Demain, il pourrait y avoir débat entre secteurs quant au partage des DPU. On a commencé à le voir lors du bilan de santé de la PAC. L’unité paysanne va être compliquée à préserver.