On pouvait s’imaginer que les agriculteurs des régions dites « intermédiaires », ceux qui ont des rendements et des aides européennes de niveau moyen, soient les plus offensifs à manifester. Car ce sont eux qui risquent de souffrir le plus des prélèvements décidés dans le cadre du bilan de santé de la Pac. Au congrès de la FNSEA de Poitiers, il n’en a rien été. Ce sont une poignée de producteurs de grandes cultures de l’Ouest de l’Ile-de-France qui sont venus offrir aux médias cette image incroyable : celle de militants manifestant contre leur propre syndicat autant que contre un ministre venu en invité.

Des agriculteurs qui ne sont pas étouffés par la moindre reconnaissance. Ils oublient en effet que l’aide, dont ils veulent maintenir l’intégralité, est bel et bien le fruit du travail commun de lobbying de leur syndicat et de l’État auprès de Bruxelles.

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Cependant, pour les pouvoirs publics comme pour le syndicalisme majoritaire, ce mal-être révèle une chose : ni l’un ni l’autre n’avaient, sans doute, bien évalué l’ampleur de la réforme et la difficulté à la faire passer. À tel point qu’il y a à peine quelques mois, des jeunes s’installaient encore sur la base de prévisions tablant sur les aides inchangées. Politiquement, administrativement, syndicalement, il eût sans doute été nécessaire de préparer bien plus tôt les esprits à ce qui se révèle une vraie révolution.

Le travail n’est d’ailleurs pas fini puisque le sort des zones intermédiaires et des aides complémentaires décidées par l’État n’est pas encore réglé. Il va falloir encore beaucoup d’explications sur le terrain pour faire passer l’ensemble de la pilule. Au congrès de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer a gagné une bataille pour l’unité syndicale, mais il n’a pas complètement vaincu la désunion.