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Producteurs de pommes de terre UNPT : pouvoir négocier d’égal à égal avec les acheteurs

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Le congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui s’est tenu le 3 février à Paris, a insisté sur la nécessité de donner les moyens aux producteurs de pouvoir négocier d’égal à égal avec leurs acheteurs. Une nécessité d’autant plus urgente que, la volatilité des prix s’aggravant, les investissements des producteurs sont de plus en plus soumis à rude épreuve.

«J’insiste sur la nécessité, soulevée lors de notre congrès de l’année dernière, de donner la possibilité aux producteurs de pouvoir négocier d’égal à égal avec leurs acheteurs », a déclaré Patrick Trillon, président de l’UNPT le 3 février. Les producteurs « doivent avoir la capacité de s’entendre sur les prix » et le renforcement du pouvoir de négociation des producteurs doit « être dans les priorités de la future Pac », a-t-il plaidé.
Le marché libre de la pomme de terre est marqué par des fluctuations de prix qui font prendre aux producteurs des risques « inconsidérés ». En 2009/10, les pommes de terre étaient vendues bien au-dessous de leur prix de revient.
La variété Agata était payée au producteur 85 euros la tonne en janvier 2010. Aujourd’hui elle se vend à plus de 300 euros la tonne, a cité le président de l’UNPT. « Le défi, pour les producteurs de pommes de terre dans les dix années à venir, est celui-ci : comment appréhender une volatilité aussi forte ?! Nous devons mieux nous organiser. Vive l’interprofession ! », a-t-il lancé.

Les projets de l’UNPT pour la contractualisation

Une déclinaison du dialogue interprofessionnel dans les relations commerciales est la contractualisation, et l’UNPT y est favorable. Elle souhaite « clairement » la mise en place d’un accord interprofessionnel étendu sur le sujet de la contractualisation.
L’organisation y travaille et espère proposer en juin prochain au CNIPT (l’interprofession de la pomme de terre sur le marché du frais) un accord étendu à toutes les transactions commerciales.
L’UNPT voudrait mettre dans cet accord des indicateurs de prix, des curseurs de niveaux de qualité et des normes, « avec une certaine flexibilité ».
Concernant les indicateurs de prix, différentes formules peuvent coexister : prix fixes, prix mini-maxi, prix indexés.
S’agissant des niveaux de qualité, il faut des curseurs mobiles : la campagne dernière, un contrat entre un agriculteur et un négociant a été rompu par ce dernier parce que le taux de matière sèche (MS) a été dépassé d’un dixième de point : le taux de MS était de 21,1%, alors que la norme est de 21%, a témoigné Alain Dequeker, responsable de la commission « transformation » à l’UNPT. Ce genre d’annulation pourrait être évité si les contrats laissaient une marge de fluctuation qui tienne compte des aléas climatiques, selon lui.
Quant à la question des normes de réception des pommes de terre chez les premiers acheteurs (négociants), l’UNPT souhaite intégrer une norme Afnor de taux de tare terre (c’est-à-dire la proportion de terre amenée avec les produits), la norme NFV 25.
Ces projets de l’UNPT pour la contractualisation concernent le court terme. Pour le long terme, l’organisation fait sienne la position de la FNSEA, exprimée lors de ce congrès par Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint de la centrale syndicale, qui a souligné que la contractualisation « ne pourra pas rester au niveau du premier cercle du producteur et de l’acheteur ». La contractualisation n’en est qu’à ses débuts. Elle est « une avancée », qui permet aux professionnels de mieux régir leurs relations commerciales, et qui « doit s’élaborer au fil du temps », a-t-il précisé.
Au-delà de la contractualisation et du dialogue interprofessionnel, l’UNPT milite pour un renforcement du pouvoir de négociation des producteurs. Le représentant du ministre de l’Agriculture, Guilhem Brun, sous-directeur de la DGPAT chargé des affaires européennes, a évoqué la possibilité pour les producteurs de pommes de terre de procéder à des groupements à l’instar du secteur du lait. Deux ou trois groupements de producteurs pourraient ainsi être constitués en France, sans être taxés d’entente, malgré l’absence de transfert de propriété.

Pommes de terre féculière : les producteurs à la recherche d’une solution

L’avenir du secteur féculier reste un sujet épineux. La campagne 2011/12 sera la dernière sous le régime actuel d’aides couplées à la production, pour un montant de 21 millions d’euros en France. Ces aides, distribuées pour environ un tiers aux industriels et pour les deux autres tiers aux producteurs, seront en partie converties en DPU. Devant la perte de cet outil incitatif, les producteurs, tout comme les industriels, redoutent un abandon de la production de pommes de terre de fécule.
Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint de la FNSEA, producteur de pommes de terre pour l’alimentation et aussi pour la féculerie, a évoqué l’article 68 du bilan de santé (1). Il a indiqué que « c’est une porte d’entrée » et qu’il « faudra absolument trouver des solutions ». Il a appelé à examiner toutes les lignes budgétaires possibles, notamment celles du développement durable, la production de fécule étant à la fois à la base de la production de bioplastique et garante de la pérennité d’usines qui produisent pour un acheteur de poids, la Chine.

(1) L’article 68 du bilan de santé permettrait aux États membres d’utiliser jusqu’à 10% de leur plafond d’aides du premier pilier, en faveur d’actions ciblées.

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