Le vaccin contre l’influenza est réclamé par certains éleveurs, notamment par le collectif des Canards en colère. Une perspective encore lointaine principalement pour des raisons techniques, explique l’Anses.
« Tout le monde commence à se rattacher à cette idée-là : oui, pour septembre 2021, le vaccin H5N8 doit être disponible. » Dans une vidéo publiée sur Facebook le 8 janvier, après son entrevue avec le ministère de l’Agriculture, Lionel Candelon, président du collectif d'éleveurs, les Canards en colère, affiche son volontarisme quant à la possibilité de vacciner préventivement contre l’influenza aviaire. « Normalement, si notre interprofession, si nos instances font leur travail maintenant […], on aura le vaccin », lance-t-il.
Un optimisme loin d’être partagé par l’Anses, interrogée le 13 janvier par Agra Presse. « Il n’existe pas de vaccin disponible aujourd’hui sur le plan commercial, rappelle Nicolas Eterradossi, directeur du laboratoire national de référence sur l’influenza aviaire. L’Europe interdit la vaccination contre l’influenza aviaire, pour des raisons techniques et de stratégie internationale. »
Le virus change chaque année
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les souches du virus de l’influenza varient chaque année, car elles peuvent se recombiner au sein d’un animal hôte comme les palmipèdes. « Si le vaccin n’est pas bien adapté, vous pouvez vous retrouver avec des animaux qui n’expriment pas les signes cliniques, mais continuent à produire le virus », explique Nicolas Eterradossi. La vaccination pourrait alors s’avérer contre-productive, car elle n’empêcherait pas – et masquerait – la propagation de la maladie. Une solution pourrait être de « tester les animaux pour identifier parmi les oiseaux vaccinés ceux qui sont infectés, d’après le directeur du laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort. Or, ce sont des techniques de laboratoire longues et coûteuses, le coût pour la collectivité serait trop important. »
C’est ce qui explique principalement pourquoi la vaccination empêche les exportations : « Si on met en place une politique vaccinale, nos clients qui achètent nos volailles craignent d’importer la maladie chez eux », résume M. Eterradossi. « Selon la réglementation internationale, un pays n’a pas le droit d’exporter ses œufs ou sa viande de volaille, s’il vaccine contre l’influenza aviaire hautement pathogène, ajoute Marc Prikazsky, p.-d.g. de Ceva Santé animale, dans un entretien à Ouest-France paru fin 2020. Dans les zones à forte pression infectieuse, comme la Vallée du Nil, en Égypte, la vaccination est systématique sur les volailles, mais le pays ne peut pas exporter. » Alors que son groupe dispose d’un tel vaccin, le patron de Ceva estime pourtant qu'« en France, où la pression n’est qu’épisodique, il vaut mieux éviter la vaccination ». Et de conclure : « Les solutions vaccinales existent, mais il vaut mieux les réserver au cas où l’influenza aviaire deviendrait difficile à contrôler. »
Un vaccin mal adapté s’avérerait contre-productif