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Rapport Valoriser le digestat pour développer la méthanisation

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Si le développement de la méthanisation en agriculture est loin d’égaler les espoirs qu’elle pouvait susciter, c’est principalement parce qu’en France, « l’idée de cultures dédiées spécifiquement à la production d’énergie est taboue, établit un rapport émanant des ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie. Prenant acte de cette particularité, les auteurs suggèrent de lever les freins à la valorisation du digestat.

L’essor de la filière de méthanisation en agriculture « n’a pas été à la hauteur des espoirs des porteurs de projet et des ministères impliqués sur le sujet », constate un rapport sur les freins au développement de ce secteur, réalisé par les Conseils généraux de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), publié le 5 février. Premier frein identifié : « le refus des cultures énergétiques à titre principal ». Un parti pris à « prendre en compte : pour cette raison, la méthanisation à la ferme n’atteindra pas le développement qu’elle connaît, par exemple, en Allemagne ».

Le tabou des cultures dédiées

Ce positionnement est « une question de doctrine », posent les auteurs. Pourtant, rapportent-ils, les agriculteurs interrogés avancent trois arguments sur ce sujet. D’abord, la traction animale pouvait consommer 10% à 15% des quantités de fourrage produites sur l’exploitation pour réaliser les travaux agricoles, et ils estiment que « les tracteurs et l’ensemble du machinisme agricole n’auraient guère besoin de plus de 2 à 3% de la SAU dédiée au méthaniseur pour donner à la ferme son indépendance énergétique ». Ensuite, ils avancent « la possibilité de réserver les cultures intercalaires à l’usage de la méthanisation », et enfin, l’introduction ponctuelle de céréales pour équilibrer la ration du méthaniseur et assure son bon fonctionnement sur le plan technique, sans pour autant envisager de culture dédiée.
Revenant aux émeutes de la faim, les auteurs du rapport analysent : « De façon simplificatrice, voire simpliste, certains ont dénoncé les cultures énergétiques comme responsables de la famine en certains endroits du monde. Même si, actuellement, personne ne propose d’introduire des cultures principales purement énergétiques, force est de reconnaître que, si l’on doit rester à ce dogme, il serait illusoire de vouloir développer massivement la filière méthanisation agricole en France ».

Un digestat considéré comme déchet

Voilà pourquoi, poursuivent les auteurs, la principale piste à explorer, en France, pour développer cette filière est la valorisation des digestats. Les résidus du processus de méthanisation sont aujourd’hui pénalisés par leur statut de déchet. Pour autant, la normalisation n’apparaît pas opportune aux auteurs qui indiquent plutôt la voie de « de l’homologation groupée ». Un prochain rapport du CGAAER portera sur l’utilisation et la valorisation des digestats. En revanche, les textes réglementaires et les tarifs « modernisés récemment », ne « constituent pas un frein au développement de la méthanisation agricole, même si certains points mériteraient d’être revus. », souligne le rapport.

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