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Valse à trois temps pour les négociations tarifaires dans la filière laitière

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Négociation du prix du lait pour les mois à venir, négociations annuelles entre industriels et distributeurs, négociation pour un contrat-cadre entre organisation de producteur et industriels, la filière laitière déborde de négociations. L’ambiance est tendue.

Les négociations vont bon train dans la filière laitière. Tout d’abord celles sur le prix du lait pour les trois mois à venir. Sur les réseaux sociaux comme Facebook, les prix négociés circulent, surtout dans une période où le prix du lait est en hausse sur le marché. Si Lactalis a affiché un prix pour janvier autour de 300 €/1 000 l, il tourne autour de 310 €/ 1 000 l aujourd’hui, semble-t-il. Michel Ernault, trésorier à l’Organisation des producteurs de lait Lactalis Grand Ouest (OPLGO), évoque des prix autour de 310 €/1 000 l pour février et mars avec « des solutions qui se trouvent entre les négociations ». De son côté, Sodiaal avec son prix A et B est fortement critiqué par plusieurs représentants d’organisations de producteurs. En parallèle de ces négociations sur le prix, entrent en jeu les négociations commerciales entre industriels et distributeurs qui doivent se clôturer fin février, pour le Salon de l’agriculture. Selon un professionnel de la filière, les hausses négociées par les industriels tourneraient « autour de 3 à 4 % pour les produits frais, 12 à 13 % pour le beurre et 4 à 6 % pour le lait ». Mais surtout, selon lui, « les enseignes de distribution font un traitement différencié entre entreprises. Elles favoriseraient les PME et les Coopératives ou des privés qui joueraient le jeu des producteurs », comme Danone.

Les distributeurs favoriseraient certains industriels

Danone venait effectivement d’annoncer, le 31 janvier, la signature d’un accord-cadre avec l’ensemble de ses OP, comprenant l’intégration des coûts de production. Une demande de longue date de la part des producteurs. Dans la réalité, il semble qu’une OP Danone dans le Sud-Ouest n’ait pas encore validé entièrement l’accord, selon certaines sources. Gilles Durlin, président de l’OP Danone Bailleul, explique que cet accord n’est en réalité pas si novateur. Il reste « un minimum syndical » d’après lui. Pour lui, les distributeurs ne sont pas prêts, comme l’an passé, à payer un prix producteur de 340 €/1 000 l aux industriels car ces derniers n’ont pas répercuté cette somme aux producteurs en 2016. En parallèle de ces négociations, les FDSEA de l’Ouest manifestent chez certains distributeurs concernant des promotions excessives sur les produits laitiers. De quoi mettre la pression dans les négociations tarifaires. Et la Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil) communique de son côté par voie de presse sur le fait que « les négociations commerciales se passent mal » le 7 février, au nom de la défense des producteurs. Pour finir, se joue également une partie entre producteurs et industriels au sujet de l’évolution de la contractualisation. Selon un communiqué de FranceAgriMer du 31 janvier, un projet de décret est en préparation suite au vote de la loi Sapin II. En cause : « l’obligation de prendre en compte de nouveaux indicateurs dans la clause relative aux modalités de détermination du prix, l’obligation pour les acheteurs de négocier des accords-cadres lorsque les OP ou les associations d’OP sont mandatés par leur membre ou des contrats dont la durée minimale est portée à 7 ans pour les nouveaux producteurs de lait ». Le décret est toujours en projet, même s’il « a été accueilli favorablement par le conseil », selon FranceAgriMer.

L’arrivée des contrats de deuxième génération

Lors du 10e colloque, le 9 février, de l’Organisation des producteurs de lait de la Coordination rurale (CR), Véronique le Floc’h, secrétaire générale de la CR, et Denis Jehanin, vice-président de France Milk Board, ont clairement alerté les producteurs. Certains n’ont toujours pas signé de contrat avec leurs industriels et ce malgré une première loi, cinq ans auparavant, qui le rendait obligatoire. Or ils devront signer avant le 31 avril. S’ils sont membres d’une OP, ils bénéficieraient de trois mois supplémentaires pour signer. Un délai non négligeable car la loi impose un contrat-cadre entre l’OP et son industriel comprenant un indicateur de coût de production pour l’éleveur. Négocier cet indicateur est long et va dépendre des négociations du prix du lait. « Quel indicateur créer pour notre OP ? », interrogeait un membre de la CR lors du congrès de l’OPL. Véronique Pilet, économiste au Cniel, venue présenter les différents indicateurs définissant le prix du lait au Cniel esquivera la réponse : « Le Cniel n’a pas une mission de conseil ». En aparté, elle expliquera que le Cniel peut apporter ce conseil si l’industriel et l’OP sont d’accord ensemble pour le demander. « Il faut définir le prix que l’on veut et déterminer l’indicateur en fonction », lancera un des membres de l’assistance. Les négociations vont donc bon train et, comme le dit Michel Ernault, l’ambiance est « exécrable ». « Tout le monde se cherche », continue-t-il. Quant à l’attitude de Lactalis (retrait de collecte) face aux éleveurs ayant témoigné dans Envoyé Spécial (voire Agra-presse n° 3581). Il répond : « Sur le plan tactique, Lactalis avait sans doute envie de faire certaines choses à ce moment-là ! ».

Les JA demandent aux distributeurs et industriels « de prendre leur responsabilité »

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Les Jeunes agriculteurs interpellent les industriels et les distributeurs, dans un communiqué du 9 février, pour que la hausse des cours du lait soit répercutée au producteur durant les négociations commerciales entre les deux maillons de la filière. « Transformateurs, distributeurs, cessez vos querelles et prenez vos responsabilités ! » ou encore « Distributeurs et industriels, cessez de vous renvoyer la balle ! » peut-on lire dans le communiqué. « Les industriels et la distribution - actuellement en négociations commerciales annuelles pour 2017- n’ont pas l’intention de répercuter de hausse, si l’on en juge d’après le communiqué de presse de la FNIL du 7 février 2017 et les échanges récents que nous avons pu avoir avec plusieurs opérateurs majeurs de la filière », observe le syndicat. Et de préciser : « les industriels doivent indiquer lors des négociations avec leurs distributeurs, les prix payés à la production, dans l’esprit de la loi Sapin 2 ». Le syndicat conclu : « Si le 28 février prochain nous constatons des prix de vente identiques à 2016, nous saurons, nous, prendre nos responsabilités ».

Lait : la Fnil alerte sur « des négociations commerciales qui se passent mal »

La Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil) alerte dans un communiqué du 7 février sur le fait que les « négociations annuelles 2017 en cours entre fournisseurs et distributeurs se passent mal ». En effet, « les distributeurs refusent de prendre en compte la hausse des prix sur le marché laitier et exigent même de leurs fournisseurs des baisses de prix supplémentaires », explique la Fnil. De plus, les distributeurs « continuent d’appliquer les tarifs et les promotions prix décidés en 2016 alors que le marché s’est retourné et que beaucoup de produits laitiers font face à des disponibilités en matière première très tendues », souligne la Fnil. Évoquant la situation critique des producteurs, la Fnil estime que la distribution française doit « accepter les hausses de prix demandées par ses fournisseurs ». Selon le syndicat, « si les prix du lait ne remontent pas en 2017 à des niveaux plus supportables, […], c’est toute la filière laitière qui sera sinistrée avec des conséquences dramatiques pour l’agriculture française et la vie économique des territoires ruraux ».

Contrat-cadre : deux formules de prix proposées par Danone

D’après Gilles Durlin, président de l’organisation de producteurs Danone Bailleul, le contrat-cadre proposé par Danone donne la possibilité au producteur de choisir entre deux formules de prix. Il peut choisir entre, d’une part, un prix du lait basé sur un prix fixé à l’avance (30 % à 50 % du prix) et, d’autre part, de se référer aux indicateurs conventionnels (70 % à 50 % du prix). Il choisit donc un niveau de risque, sachant que le prix fixé à l’avance peut-être plus faible que le prix du marché. La part du prix fixe est de 30 %, 40 % ou 50 % selon les différentes formules offertes par Danone et le choix des OP. En échange, les producteurs s’engagent à une baisse des volumes. Gilles Durlin précise bien que c’est au producteur ou à l’OP de dénoncer le contrat qui le lie à son industriel pour pouvoir le réviser, sinon l’ancien contrat courra toujours, sans prise en compte des dernières évolutions.