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Véganisme : les ONG écolo veulent maintenir une distance

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Les principales organisations de protection de l’environnement sont aussi travaillées par l’essor des idées animalistes : en interne, par des débats de plus en plus clivants, mais également en externe par la concurrence des nouvelles organisations abolitionnistes dans l’espace public. Elles tiennent d’ailleurs fermement à s’en distinguer, pour prôner un élevage « paysan et durable ».

Les ONG de protection de l’environnement assistent, elles aussi, à l’influence grandissante des questions antispécistes. « Comme dans toute la société, nous ressentons la montée de ces mouvements, même s’il n’y a pas d’augmentation massive du véganisme dans nos rangs », indique Jean David Abel, vice-président de France Nature environnement.

Le sujet peut même devenir un véritable point de tension dans certaines organisations. C’est le cas chez Greenpeace. « Nous recevons autant d’appels de nos militants pour nous dire qu’on en fait trop que pour nous reprocher de ne pas en faire assez sur l’élevage. Ce sujet est devenu très clivant », commente ainsi Suzanne Dalle, chargée de campagne « agriculture » au sein de l’association.

Les ONG défendent l’élevage paysan

Malgré l’essor des revendications antispécistes, les associations de protection de l’environnement continuent de défendre l’élevage « paysan ». L’association de protection des animaux WWF promeut ainsi un élevage « qui produit l’alimentation de ses animaux majoritairement sur sa ferme » et « valorise les déjections produites par les animaux via la fertilisation des sols ».

C’est aussi le cas de France Nature environnement, qui préconise un « élevage extensif, avec des prairies permanentes permettant de stocker du carbone, de développer la biodiversité et de diminuer les pesticides », indique Jean-David Abel. Greenpeace est aussi sans ambiguïté sur le sujet, malgré ses fortes critiques sur le modèle actuel d’élevage : « Nous ne sommes pas abolitionnistes », affirme fermement Suzanne Dalle.

Toutes les associations s’accordent toutefois pour dire que les niveaux actuels de consommation de viande dans les pays développés sont dommageables pour l’environnement. Greenpeace préconise par exemple une baisse de « 80 % de la consommation en Europe », quand FNE déplore le caractère « totalement insoutenable » de cette consommation.

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Fracture idéologique

« Les mouvements vegans ont l’avantage d’avoir mis ce sujet au-devant de la scène », commente d’ailleurs Suzanne Dalle. Toutefois, malgré l’existence de dialogues et d’intérêts communs, une fracture idéologique s’est instaurée entre les associations antispécistes et de protection de l’environnement. « Ils partent de questions éthiques pour ensuite aller à l’écologie. Notre démarche est totalement inverse », indique Suzanne Dalle.

« Les antispécistes sont du côté des injonctions morales, ajoute Jean-David Abel. Nous, nous souhaitons travailler pour vivre en bonne intelligence avec le vivant, en interaction avec lui, mieux le respecter, avec l’environnement en ligne de mire, sans toutefois avoir de revendication d’égalité. On peut très bien améliorer la question animale sans être antispéciste ».

Chez Greenpeace, on craint même que l’influence des antispécistes dans le débat public ne « brouille les pistes ». « À chaque critique que nous faisons de l’élevage, nous sommes désormais assimilés aux vegans », regrette Suzanne Dalle, qui craint une « radicalisation du débat ». « Si ces amalgames continuent, il n’y aura un jour plus que des radicaux, car notre position est de moins en moins audible », prévient-elle.

« Si les amalgames continuent, il n’y aura un jour plus que des radicaux »