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Phosphates Vers un monde plus économe en engrais

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L'agriculture mondiale bascule d'un pilotage selon le rendement vers une gestion plus économe des intrants, a mis en lumière la 7e conférence internationale Phosphates les 24 et 25 mars à Paris. Une étude de Rabobank montre un délai possible avant l'adoption des pratiques innovantes, la faute à des revenus incertains sur le moyen terme.

«L'ASIE et l'Amérique du Sud vont suivre les traces de l'Europe en réduisant les doses d'engrais, a estimé Matthijs Mondria, vice-président exécutif de Rabobank. Il s'agit de produire plus avec moins d'intrants. » Ses chiffres sont éloquents. Depuis les années 80, l'UE a divisé par deux et demi ses apports d'éléments nutritifs à l'hectare, en prenant comme base 100 la campagne 2006-07. L'Amérique du Sud connaît une stabilisation depuis les années 2000. Seule l'Asie augmente ses doses d'engrais, à rythme constant.

Le changement vers des systèmes de production durable s'appuie sur les biotechnologies, les « données massives », d'après l'expert. À long terme, cela va réduire la croissance de la demande mondiale d'engrais. Une tendance peut-être contrariée à plus brève échéance. Rabobank anticipe une baisse potentielle des revenus agricoles dans les trois ans à venir, qui pourrait retarder l'adoption des pratiques innovantes.

Changement de cycle

Pour l'heure, la demande en phosphates est « plus ferme que prévu », selon le cabinet d'analyse CRU. Au Brésil, des ventes importantes sont notées au 2e semestre 2013, totalisant 2,8 Mt de pentoxyde de phosphore. L'UE de l'Ouest constitue un autre moteur de la demande au 1er trimestre 2014, qui propulse la campagne européenne 2013-14 au sommet depuis la crise financière.

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L'étude de Rabobank souligne une corrélation avec le prix de vente des récoltes. Plus celui-ci est élevé, plus les agriculteurs sont prêts à dépenser de l'argent dans les engrais afin de doper leur production. « Une fin de cycle se manifeste, avec la baisse des prix des matières premières agricoles, a jugé Matthijs Mondria. Les marges des agriculteurs vont davantage jouer sur la demande d'engrais. En 2014, elles tiennent bon dans la plupart des régions du globe. »

La banque hollandaise publie désormais deux fois par an une estimation des marges brutes dans les zones clés. Dans l'Union européenne, elles ressortent à la baisse en France et aux Pays-Bas, tout en restant supérieures à celles des années précédentes. Aux Etats-Unis, elles plongent dans le Midwest au niveau des années 2000-10, amputées par la chute de 40 % des prix du maïs. Les Grandes Plaines vivraient au contraire un rebond, les rendements compensant une baisse des cours limitée. Au Brésil, les marges sont sous pression, tandis qu'elles atteindraient de bons niveaux en Australie. Conséquence de tout cela, la consommation mondiale d'engrais connaîtrait peu de changement à court terme.