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Institution/Lait Vers un « Observatoire » des marchés à la fin des quotas laitiers

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« Explorer les tendances futures du secteur laitier de l’UE après 2015 » : tel était le thème de la Conférence organisée par la Commission européenne , le 24 septembre à Bruxelles, et dont l'objectif essentiel n'était pas – à ce stade – d'arriver à des conclusions définitives mais « de créer une plate-forme d'expression des différentes idées, de poser des questions, de partager des options et des analyses de la situation et des perspectives du secteur laitier au-delà de 2015 », comme l'a souligné le commissaire à l'agriculture, Dacian Ciolos. Echanges qui se sont basés en partie sur des résumés d'études préparées par différentes instances et organisations (1). Les résultats de ces débats et échanges de vues serviront de base pour le rapport sur la situation du marché et les propositions que la Commission européenne doit soumettre d’ici le 30 juin 2014.

L'abolition du système des quotas laitiers en 2015 va créer sans aucun doute un nouveau contexte pour les opérateurs économiques, qui ont été aux prises avec des quotas laitiers depuis une trentaine d'années. Ce qui émerge depuis quelques mois des discussions, c'est que les analyses divergent sur la situation du secteur, même s'il y a consensus sur le fait que la fin effective des quotas en décembre 2015 va créer des possibilités nouvelles de production dans les zones les plus compétitives qui ont déjà investi pour augmenter leur production. Si dans certaines régions, il y a un potentiel d'absorption dans l'UE et à l'échelle internationale, dans d'autres régions, on se pose des questions sur le maintien de la production laitière une fois les quotas abolis. Pour préparer le secteur à ce nouvel environnement d'exploitation, une série de nouveaux instruments a été développée dans le cadre du Paquet lait, entré en vigueur en octobre 2012. De plus, le processus de réforme de la Pac et l'accord intervenu en la matière le 26 juin 2013 ont renforcé les instruments en place pour faire face aux difficultés : amélioration de l’orientation sur le marché ; filet de sécurité pour les éleveurs dans un contexte « d’incertitudes extérieures », etc...En parallèle, la Commission européenne poursuit le travail dans le cadre plus général sur la structuration de la chaîne d'approvisionnement alimentaire pour promouvoir un meilleur équilibre, plus de transparence et d'honnêteté dans les relations entre producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs.
 
Les instruments actuels seront-ils suffisants après 2015 ?
La question qui se pose aujourd'hui, comme l'a expliqué dans son discours d'ouverture le commissaire Dacian Ciolos, est de savoir si les outils en place actuellement sont suffisants pour intervenir de façon ferme et efficace en cas de crise de surproduction, de chute de consommation ou d'augmentation brusque des coûts de production sans augmentation des prix. L'UE a-t-elle des outils adaptés pour prévenir des situations de crise, pour envoyer des signaux d'alarme, pour que le secteur puisse s'adapter à temps ? Et si crise il y a, comment agir pour éviter que des exploitations laitières rentables en situation normales disparaissent ? Comment responsabiliser les acteurs et comment faire en sorte que chacun prenne ses responsabilités ? Un recours à une forme de régulation exceptionnelle, pendant une période limitée serait-elle envisageable ? Si oui, à quel coût ? Doit-on concevoir de nouvelles formes de gestion des crises qui ciblent davantage les zones en excès de production laitière pour protéger les zones les plus fragiles ?
 
Pour une meilleure surveillance des marchés laitiers
C'est dans ce foisonnement de questions, que le commissaire à l'agriculture, Dacian Ciolos, a annoncé aux participants que la Commission européenne a l'intention de renforcer sa capacité de surveillance du marché laitier après la fin des quotas laitiers en 2015. « Nous devons mettre en place un nouveau système de collecte des données pour mettre à disposition du secteur des analyses dans un laps de temps plus court », a indiqué le commissaire roumain. Il a demandé au patron de la DG Agri de la Commission de plancher sur la création de ce nouvel outil dont la mission sera de suivre de plus près l'évolution –à court, à moyen et à long terme – du marché des produits laitiers et de collecter des données auprès des exploitants et des laiteries, données qui, à ses yeux, devraient nécessairement apporter beaucoup plus de transparence sur les marchés.
 
Nécessité d'une régulation de l'offre pour l'European Milk Board 
Pour Romuald Schaber, le président de l'European Milk Board  (Confédération européenne des organisations de producteurs de lait), « la crise du lait des années 2008-09 a montré de façon effrayante que le marché laitier n'est pas viable sans une régulation efficace de l'offre ». Selon lui, un an après cette crise, « une sur trois exploitations laitières encore actives en 2007 avait cessé la production ». Il estime que si d'autres crises de cette ampleur secouent le marché à l'avenir, « l’Europe courra le risque de mettre en danger sa production laitière extensive ». Lui aussi a présenté une étude sur le marché laitier après 2015 et dont la proposition majeure est de créer une agence de surveillance des marchés. Un tel outil permettrait selon lui « une adaptation flexible des volumes de lait offerts à la demande du marché, afin de rétablir l'équilibre sur le marché et de stabiliser le prix du lait moyen à un niveau qui permette de couvrir le coût de production ».
 
Le marché mondial : opportunité décisive pour l'industrie laitière
Comme les autres participants, l'European Dairy Association (EDA) a exhibé elle aussi sa propre étude (en anglais bien sûr) intitulée Analyse économique du développement du secteur laitier au-delà de 2015 : commerce, exportations et intégration au marché mondial, une étude rédigée par des chercheurs de la faculté d'agriculture de l'université allemande de Kiel. Commentant les conclusions de cette étude, Joop Kleibeuker, le secrétaire général de EDA, a expliqué que celle-ci démontre que « c'est le marché mondial qui offrira les plus importantes opportunités à l'industrie laitière européenne à la fin des quotas laitiers ». Il constate avec amertume que la demande pour les produits laitiers au sein du marché de l'UE « croît très lentement alors que la demande mondiale est en pleine explosion et s'accompagne même de prix élevés soutenus ». Il estime que pour que l'UE puisse participer à ces mouvements positifs, elle doit de concentrer tous ses efforts sur le maintien et le renforcement de la compétitivité du secteur laitier. « Cela devrait être l'objectif central de la politique laitière de l'UE dans le futur », souligne le responsable de l'European Dairy Association. Celui-ci considère également que le contexte global dans lequel opère désormais l'industrie laitière signifie que « les jours de la gestion de l'offre sont comptés ». En effet, souligne-t-il, « si les prix européens sont essentiellement tirés par le marché mondial, utiliser alors la gestion de l'offre pour tenter de gérer les prix serait un exercice tout à fait désinvolte ». À ses yeux, une telle approche ne profiterait qu'aux concurrents de l'industrie laitière européenne et saperait les compétences des opérateurs européens dans le partage des parts d'un marché mondial en pleine croissance.
 
(1) Une analyse de l’évolution future du secteur a été présentée par la DG Agri de la Commission européenne, une autre par le cabinet Ernst & Young, tandis que d'autres « études alternatives » ont été exposées par l’European Milk Board (EMB), le Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (Momagri) et le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE) sans compter celles qui ont circulé dans les couloirs de la conférence comme par exemple celle de l'European Dairy Association.

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