Interbev (interprofession bétail et viandes) a rencontré son homologue turc lors du voyage présidentiel de François Hollande en Turquie les 27 et 28 janvier dernier. Au menu des discussions : le commerce avec la Turquie.
APRÈS deux ans de fermeture, la Turquie pourrait rouvrir ses portes à la viande bovine française. Interbev (interprofession bétail et viandes) était du déplacement présidentiel de François Hollande en Turquie les 27 et 28 janvier. Représentant la filière au cours de ce voyage, Dominique Langlois, président d'Interbev, raconte : « Les perspectives d'un nouveau courant d'affaires avec la Turquie s'ouvrent ». En deux jours de déplacement, Dominique Langlois et Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, ont pu échanger avec les représentants de la filière bovine turque et avec Mehmet Mehdi Eker, ministre turc de l'Agriculture, de l'Alimentation et de l'Elevage. Les portes du marché de la viande bovine turc, quasiment fermées depuis 2011, sont entrouvertes. Fabien Champion, responsable de projet au département de l'Economie à l'Institut de l'élevage, explique : « Les droits de douanes sur la viande bovine sont passés de 30% en septembre 2010 à 75% en juillet 2011 ». Et depuis, la France n'exporte plus de viande bovine vers la Turquie. Dominique Langlois rappelle que depuis mars 2012, ces droits de douanes sont même remontés à 100%. Il confie que les deux pays vont travailler dans les jours à venir sur la mise en place d'une feuille de route pour relancer les exportations françaises. « L'idée est d'identifier les besoins des Turcs et ce que nous pouvons leur proposer. Nous avons discuté des droits de douanes, entre autres, mais rien n'est fixé », poursuit-il.
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Si la Turquie mobilise autant les pouvoirs publics et la filière des viandes en France, c'est qu'elle représente un débouché majeur pour l'industrie et la ferme France. Tout a commencé après la flambée du cours des céréales en 2007-2008. « Les éleveurs laitiers ne voyaient pas le prix de leur lait monter car il est très protégé, alors que les coûts de l'alimentation du bétail, eux, explosaient », poursuit Fabien Champion. Est venue une phase de décapitalisation du cheptel laitier qui s'est manifestée un an plus tard en 2009-2010 par une pénurie d'animaux à abattre et donc de viande bovine. « Les pouvoirs publics ont abaissé les droits de douanes sur la viande bovine pour augmenter les importations et faire baisser le prix intérieur qui était extrêmement élevé », analyse-t-il. Cela s'accompagnait aussi d'une ouverture sur les animaux prêts à abattre (jeunes bovins). Une opportunité historique pour les éleveurs français : entre septembre 2011 et décembre 2012, 135 000 jeunes bovins ont quitté le territoire en direction de la Turquie. A titre de comparaison, sur la même période, ce sont 4 600 et 10 000 jeunes bovins qui partaient vers l'Algérie et le Liban. Cet engouement vers la Turquie avait ensuite poussé les pouvoirs publics à refermer leurs frontières car le prix intérieur avait suffisamment diminué. Trop, même ? Les engraisseurs turcs commençaient à manifester leur colère envers la concurrence des produits importés.