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Viandes Vers une démarche volontaire pour l’étiquetage de l’origine des viandes

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Le gouvernement a rassemblé l’ensemble des filières viandes le 21 février au ministère de l’Agriculture. La réunion a confirmé la volonté nationale d’aller vers un étiquetage volontaire de l’origine des viandes dans les plats préparés. L’obligation est impossible sans l’aval de Bruxelles, mais la France veut aller de l’avant.

«Il y a une mobilisation de l’ensemble des acteurs des filières viandes qui ont dépassé la question des intérêts individuels pour l’intérêt collectif », a déclaré Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, le 21 février à la sortie d’une réunion entre les pouvoirs publics et les professionnels de la filière viande pour améliorer la traçabilité des produits à base de viandes. Tous les acteurs de la filière étaient présents : les éleveurs, les abatteurs-découpeurs, les charcutiers-traiteurs, les industriels et la distribution. Les échanges portaient sur la démarche volontaire de l’étiquetage de l’origine des viandes en France, rapporte Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP), précisant que le consensus dans la filière n’était pas si évident. Les éleveurs et les abatteurs-découpeurs ont toujours été pour l’étiquetage national, explique Guy Hermouët, vice-président de la Fédération nationale bovine (FNB). Ils ont été rejoints par d’autres. Les éleveurs, représentés par la FNB, et les consommateurs, représentés par l’UFC-Que Choisir parlent d’une même voix : « Alors que la méfiance des consommateurs grandit, nous demandons au gouvernement de permettre la mise en place de l’étiquetage de l’origine des ingrédients pour tous les produits à base de viande ». Un représentant de l’UFC-Que Choisir invité de France Inter le 21 février a rappelé que « le consommateur est prêt à acheter français même si c’est plus cher ». Il faut croire que le client est roi : la distribution s’est aussi engagée à la mise en œuvre de l’étiquetage au cours de la réunion du 21 février. Un engagement de taille car, comme le souligne la FNB dans un communiqué, « la grande distribution et les entreprises spécialisées en plats cuisinés, ensemble, sont les véritables donneurs d’ordre en la matière ».
Éleveurs, abatteurs, distribution, consommateurs et ce n’est pas tout : « Même la restauration collective est partante », note Guy Hermouët. Concrètement, les ministres rappellent que les logos VBF (viande bovine française), VPF (viande porcine française) et Volailles de France existent et qu’ils peuvent être mis en œuvre.

Réticences de l’industrie

Reste les industriels. L’Association nationale des industries alimentaires (Ania) et la Fédération des industriels charcutiers traiteurs (Fict) auraient fait un pas en avant lors de la réunion du 21 février. Mais la situation est complexe. D’une part, les entreprises les plus réticentes a priori sont les plus grands groupes qui s’approvisionnent en partie à l’étranger. Ces industriels-là y vont à reculons en ramenant la question de la compétitivité dans le débat, selon Guy Hermouët. Invité sur FranceInter le 21 février, Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB, a lancé à Jean-René Buisson, président de l’Ania : « On atteint les limites du système. Et il faut arrêter de dire que passer aux approvisionnements français, ça coûte plus cher. Au grammage de viande, l’impact sur le consommateur est de 3 à 5 centimes sur le produit final…et peut-être moins avec le lien de la proximité ». S’agissant de la transparence totale pour les consommateurs, Jean-René Buisson ajoute une autre limite que le prix : « Les produits intègrent parfois de 10 à 12 ingrédients. Il est techniquement difficile de mettre l’origine de tous les ingrédients ». Face aux mastodontes de l’industrie agroalimentaire, les petites et moyennes entreprises (PME), selon Jean-Michel Serres, n’ont rien à perdre à s’engager dans une démarche volontaire de l’étiquetage de l’origine des viandes.
Petits ou grands, les industriels de l’agroalimentaire n’auront d’autre choix que de répondre à la demande de leurs principaux clients : la distribution. D’autant que, selon la FNB, 90% du marché des plats cuisinés est fait par Findus, Picard et les MDD (marques de distributeurs) qui se sont engagés dans la démarche volontaire d’étiquetage.

Consensus franco-allemand

Guillaume Garot explique que la démarche française ne peut être que « volontaire », la France ne pouvant obliger les industriels à retravailler leurs étiquettes sans une réglementation à l’échelle européenne. Si la France n’attendra pas Bruxelles pour lancer une démarche volontaire sur son territoire, Stéphane Le Foll rappelle que le combat continue à l’échelle européenne pour aller vers une obligation de l’étiquetage. « Nous avons eu une discussion avec la ministre allemande de l’Agriculture qui se joint à la France pour porter ensemble le projet de l’étiquetage de l’origine des viandes des plats cuisinés », a annoncé Stéphane Le Foll le 21 février. La France n’ira donc pas seule au Conseil du 25 février : elle pourra compter sur l’Allemagne. Le consensus pourrait aussi s’étendre au Royaume-Uni ce qui renforcerait le camp des pays européens en faveur de l’obligation d’étiqueter l’origine des viandes. Le trio devra faire face aux pays du nord de l’Europe plus réticents sur l’obligation de l’étiquetage.

Dispositions concrètes

Au-delà de la question de l’étiquetage, les ministres de la Consommation, de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire ont annoncé les mesures concrètes qui vont être mises en place rapidement.
« Une crise comme cela, on ne peut que s’en sortir par le haut », garantit Benoît Hamon, rapportant les propos d’un professionnel lors de la réunion du 21 février. Deux groupes de travail sont mis en place : l’un se concentrera sur la transparence et l’information du consommateur (application anticipée sur une base volontaire de l’étiquetage de l’origine de la viande le long des filières viandes jusqu’aux produits et promotion des démarches VBF, VPF et Volailles de France dans les plats cuisinés). L’autre planchera sur l’amélioration des garanties en matières de traçabilité et de qualité : cela devrait se concrétiser par l’élaboration d’une charte permettant de prévenir les fraudes et par l’amélioration des standards de qualité pour la viande utilisée dans les plats cuisinés. « Il faut garantir la meilleure qualité possible au juste prix », ajoute Guillaume Garot. Le groupe de travail doit se concentrer sur l’amélioration de la composition des minerais de viande. « Les résultats sont attendus dans un mois », rappelle le ministre de l’Agroalimentaire. Plus globalement, les professionnels devront rendre leurs travaux fin mars, une échéance à court terme indispensable pour faire face aux doutes des consommateurs et de la filière, en attendant les mesures de fond qui pourraient être formulées, notamment, dans le prochain Plan national de l’Alimentation.

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