Si les pionniers de la méthanisation ont développé des petites unités, de grandes unités prennent aussi place dans le parc français des méthaniseurs. Un des objectifs de la filière et des pouvoirs publics : créer des emplois.
LE Club biogaz (interprofession de la filière biogaz) a présenté un livre blanc contenant 50 propositions, intitulé Ancrer la filière biogaz dans le projet de loi transition énergétique, lors d'une conférence de presse à Paris, le 19 mai. Le projet de loi doit être présenté en Conseil des ministres par Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, avant l'été. Une des propositions de l'interprofession est de restructurer les tarifs d'achat de l'énergie. « L'augmentation de la taille de l'installation ne doit plus entrainer de dégressivité du tarif sauf pour les petites installations », a expliqué Antoine Jacob, président du Club Biogaz. Une étude du club biogaz-ATEE montre que les coûts logistiques (qui augmentent avec la taille de l'installation) neutralisent l'effet d'échelle au-delà de 300 kWe. « Les installations territoriales (les “grandes unités”) sont pour l'heure handicapées par la dégressivité de la grille tarifaire », ajoute Antoine Jacob. Pour les plus petites installations, l'idée serait de créer un tarif à hauteur de 18 centimes d'euros par kWh. Les plus grandes unités (supérieures à 300kWh) auraient droit à un tarif d'environ 12 centimes d'euros. Enfin, la filière biogaz propose de supprimer la dégressivité de la prime aux effluents d'élevage et même d'augmenter cette prime. « Nous devons inciter l'utilisation des gisements produits dans les élevages », assure Antoine Jacob. Toujours en élevage, le Club biogaz évoque la possibilité d'introduire une saisonnalité dans les tarifs. « En hiver, les élevages stockent plus d'effluents. Et les besoins en énergie sont plus élevés. Avoir des tarifs d'achat plus élevés l'hiver ? Ce pourrait être mieux », explique Antoine Jacob.
Diversification du parcLes propositions de structuration des tarifs d'achat de l'énergie ne favorisent pas un modèle de méthaniseurs en particulier. « Il ne faut pas avoir une vision réduite des grands contre les petits. Ce qui importe, c'est le mode de gouvernance », explique le président du Club biogaz. Les grandes unités sont pour l'heure des regroupements d'agriculteurs en partenariat avec, ou non, des industries agroalimentaires. De fait, « un agriculteur seul a souvent du mal à se lancer », constate Caroline Marchais, déléguée générale du Club biogaz.
Les emplois créés restent le facteur déterminant du modèle à soutenir selon les pouvoirs publics. Antoine Jacob qui a rencontré Stéphane Le Foll rapporte ainsi les propos du ministre : « La taille de l'unité, je m'en moque. Je veux savoir combien de personnes travaillent derrière. Il faut rester vigilant, mais regardons le nombre d'emplois créés ». Quant à la filière biogaz, elle rappelle que si le matériel est encore en partie acheté en Allemagne, l'industrie française est en train de s'adapter. « Les équipementiers de traitement de lisier peuvent adapter leur offre pour la méthanisation », explique Caroline Marchais. Et si le Club biogaz ne se prononce pas pour un modèle d'installations de méthanisation sur le critère de la capacité, une chose est sûre : les cultures énergétiques dédiées (maïs par exemple) sont exclues des matières agricoles qui pourraient être éligibles à une quelconque prime.
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Le livre blanc élaboré par le club biogaz a d'ores et déjà était envoyé à quatre ministères : l'Agriculture, l'Ecologie, les Finances et le Redressement productif.
DÉVELOPPER la méthanisation à la ferme est un objectif majeur de la politique portée par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, et de Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie. Selon l'Ademe, le nombre d'unités à la ferme est de 140 début 2014. Le développement est donc encore sommaire, malgré les aides aux investissements. « La méthanisation à la ferme est très difficilement rentable », a affirmé Nicolas Chapelat, porteur d'une étude pour la Semaeb (Société d'économie mixte pour l'aménagement et l'équipement de la Bretagne), lors du colloque organisée par l'Ademe sur la méthanisation à Paris, le 13 mai. L'étude réalise des bilans économiques de 22 unités de méthanisation (puissance moyenne de 175 kilowatt) dispersées dans 15 régions différentes. « Les subventions couvrent 38% des investissements totaux », poursuit-il. Sans ces aides, plus de la moitié des projets n'auraient pas pu être financés. Le ministère de l'Agriculture réfléchit à plusieurs soutiens pour la méthanisation : transparence des Gaec, fonds d'adaptation pour les investissements, rôle des Régions via les plans de développement ruraux et hexagonaux (PDRH)... Autre levier : travailler sur la fiscalité. « C'est en réflexion avec le ministère du Budget. La fiscalité ne doit pas être une barrière aux investissements », soutient Aurélien Million, chef du bureau biomasse et énergie du ministère de l'Agriculture.