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Santé Vers une reconnaissance de la dépression et du surmenage chez les agriculteurs

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Le ministère de l'Agriculture souhaite améliorer la reconnaissance des pathologies d'origine psychique susceptibles d'être liée au travail. Il s'agit notamment de mieux lutter contre le suicide.

UN suicide tous les deux jours. Après les cancers et les maladies cardiovasculaires, le suicide est la troisième cause de décès chez les agriculteurs. Pourtant, le surmenage, la dépression, l'épuisement... toutes ces maladies psychopathologiques qui précèdent parfois le geste fatal, et qui sont souvent en lien avec le travail, ne sont pas reconnues en tant que telles. Plus précisément, le lien entre un travail difficile d'exploitant agricole et le surmenage n'est pas établi. Car il n'existe pas de tableau de maladies professionnelles dédié à ce type de pathologies. Mais, face à l'ampleur du fléau, le ministère de l'Agriculture veut tenter d'y parer. Et d'annoncer sa volonté d'une meilleure reconnaissance de ces psychopathologies, dans une réponse écrite au sénateur UMP, Antoine Lefèvre. Seulement les moyens qui l'accompagnent sont très en deçà de l'enjeu.

Faciliter l'examen des demandes

La Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture prévoit en effet d'installer un groupe de travail « afin d'analyser des pistes d'évolutions juridiques envisageables » pour améliorer la reconnaissance, indique le ministère de l'Agriculture. « Et, dans l'immédiat, en l'absence de tableau spécifique », ce groupe de travail aura à charge de « faciliter l'examen des demandes par les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) ». Une sorte de voie parallèle qui existe déjà et a permis, jusque-là, la reconnaissance de seulement une dizaine de cas de pathologies psychiques par an, tous régimes confondus – y compris le régime général. Autant dire qu'il est très rare que la démarche aboutisse. En cause : les affections psychiques ne peuvent être reconnues que lorsque que la maladie présente une gravité justifiant une incapacité permanente (IP) égale ou supérieure à 25%. Il faut aussi qu'il y ait consolidation, c'est-à-dire qu'il faut statuer au moment où « la lésion n'est plus susceptible d'évoluer à court terme et peut être considérée comme ayant un caractère permanent ». Un état de fait impossible à déterminer dans certaines pathologies comme les cancers en évolution ou les psychopathologies. Mais, depuis mi 2012, le dispositif s'est assoupli et les médecins-conseils sont autorisés à déterminer des incapacités permanentes partielles provisoires, en se fondant sur les éléments de gravité des atteintes au moment de la déclaration de la maladie professionnelle : durée d'arrêt de travail, hospitalisation, nature du traitement médical, suivi médical et, pour les psychopathologies, tentatives de suicide, retentissement hors de la sphère professionnelle, etc. Si sur cette base, le CRRMP reconnaît le lien entre le travail et la pathologie, alors une IPP définitive peut être fixée, même si elle est inférieure à 25%. Une avancée déjà acquise qui pourrait ainsi être améliorée, d'après le ministère de l'Agriculture.

Pas de données récentes

L'agriculture est l'un des secteurs les plus touchés par le suicide : au regard de la mortalité par suicide de la population générale française homme, l'Institut de veille sanitaire et la Mutualité sociale agricole ont constaté un excès de suicides chez les agriculteurs hommes de 28% pour l'année 2008 et de 22% pour 2009.

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Trois types de troubles psychiques graves susceptibles d'être liés au travail ont été récemment identifiés par un groupe de réflexion mis en place par le ministre du Travail, Michel Sapin : les états de stress post traumatiques, la dépression et le trouble d'anxiété généralisée.

Il n'existe aucune publication récente en agriculture sur les maladies d'origine psychique en lien avec le travail.

La MSA face au suicide : de nouvelles avancées en 2014

EN 2014, la CCMSA poursuivra la mise en œuvre des actions par : la montée en charge au sein des caisses de MSA du nombre de cellules pluridisciplinaires et un renforcement des échanges entre les professionnels des cellules ; le lancement d'un numéro d'aide en ligne dédié spécifiquement aux ressortissants agricoles ; la description périodique de la mortalité par suicide chez les exploitants puis chez les salariés agricoles selon des variables démographiques et professionnelles ce qui assurera plus de lisibilité à ce phénomène et donnera plus d'ampleur à la prévention, selon le ministère de l'Agriculture. Par ailleurs, la CCMSA renforce les pratiques d'intervention de ses agents sur la prévention du risque psychosocial et la sensibilisation et l'accompagnement des entreprises sur l'amélioration du bienêtre au travail des exploitants et des salariés.