L’Assemblée nationale a voté quasi unanimement, le 3 février, le principe d’une « trajectoire de baisse » des doses maximales d’additifs nitrés dans la charcuterie. Les députés ont adopté par 93 voix contre 1, et une abstention, une proposition de loi MoDem en ce sens en première lecture. Son auteur, le député centriste du Loiret Richard Ramos, s’est félicité de ce vote « historique » d’un texte « humaniste », constituant une « réponse concrète à la malbouffe, qui touche surtout les plus pauvres ». En soutien, le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, au nom du gouvernement, a aussi souligné le « risque d’une alimentation à deux vitesses », alors que les gammes sans nitrites, plus chères, se développent. Les charcutiers-traiteurs, réunis sous la houlette de leur syndicat, la Fict, ont « salué » la décision de l’Assemblée. Et pour l’OGN Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Yuka qui militent depuis plus de deux ans pour l’interdiction de certains additifs, c’est « une véritable avancée ».
L’avis de l’Anses attendu
La proposition de loi prévoyait initialement une interdiction par étapes de ces additifs nitrés d’ici à 2025. Mais elle a été réécrite en commission, sous la houlette du ministre de l’Agriculture Julien Denormandie qui a souhaité avancer avec « méthode ». Celui-ci veut attendre l’avis de l’agence sanitaire Anses, prévu courant 2021, puis reporté à juin. Ainsi, un an après la promulgation de la loi, et en fonction de l’avis de l’Anses, un décret devra fixer « une trajectoire de baisse de la dose maximale d’additifs nitrés au regard des risques avérés pour la santé humaine ». Ce décret pourra aussi « fixer une liste et un calendrier » d’interdiction de commercialisation de produits incorporant ces additifs. En outre, dans les dix-huit mois, un étiquetage spécifique de ces produits sera élaboré.
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« Nous veillerons à accompagner la filière », ont promis dans l’hémicycle l’ensemble des orateurs. « La France produit les meilleurs cochons du monde », a aussi affirmé Richard Ramos, qui fabrique en amateur sa propre charcuterie et dont « l’opiniâtreté » a été saluée par ses collègues.
Globalement suivie, cette décision laisse pourtant certains sceptiques. L’insoumis Loïc Prud’homme, qui a voté contre le texte, a mis les pieds dans le plat : « Qu’est-ce que c’est, quelques cancers quand on peut se faire quelques millions d’euros ? » Il a dénoncé avec force le lobbying, notamment de la Fédération des industriels de la charcuterie, et une expertise « biaisée » de l’Anses. La proposition de loi a été, selon lui, « complètement vidée de son contenu et de sa portée ».