Avec une légère augmentation de la production de lait en 2008 et une amélioration de la demande, les marchés des produits laitiers en Europe devraient connaître cette année une certaine stabilité et les prix une moins forte volatilité qu’en 2007. C’est en tout cas ce que prévoient les experts d’European Dairy Association (EDA), le lobby de l’industrie laitière européenne, dans leurs perspectives économiques pour les produits laitiers pour l’année 2008 .
Plusieurs signes laissent à penser que les éleveurs européens fourniront plus de lait aux industries laitières en 2008 qu’en 2007. Selon les prévisions d’EDA, la production laitière dans l’UE devrait connaître une légère augmentation dans le courant de l’année 2008 avec un surplus disponible de 1 à 1,5 million de tonnes. Le profil de quota des Etats-membres pour le premier trimestre de 2008 permet d’envisager une telle augmentation de la production. En 2006/2007, la collecte était inférieure de 1,9 million de tonnes aux quotas européens totaux. Fin 2007, on voyait que les quantités garanties pour l’année de quota 2007/2008 ne seraient pas fournies entièrement. Entre avril et novembre 2007, le lait fourni dans l’UE des 27 a diminué de 500 000 tonnes par rapport à l’année précédente. Fait nouveau, la plupart des pays de l’UE n’ont pas eu besoin de modérer leur production au premier trimestre de 2007 afin de respecter les quotas. Dans le même temps, les prix du lait - qui ont augmenté fortement dans la plupart des pays de l’UE, de sorte que le prix pour les tout premiers mois de 2008 sera significativement plus élevé que celui de la même période de 2007 – ont encore plus stimulé la production laitière.
Par ailleurs l’année 2008 ne devrait pas connaître d’augmentation du superprélèvement dans la plupart des Etats membres, même si des tendances à la hausse étaient déjà perceptibles en France, aux Pays-Bas, en Irlande et, dans une moindre mesure, en Allemagne à la fin 2007. Celui-ci devrait se maintenir à un niveau plus bas que les années précédentes, soit 27,83 cents par kg.
Production de fromage à la hausse
Après avoir connu une croissance plus lente pendant la seconde moitié de 2007 et même un déclin temporaire, la production de fromage devrait remonter en 2008. Ainsi, au début de l’année, l’assainissement du marché rend la production de fromage plus lucrative que celle de beurre et de lait écrémé en poudre, même si les prix du lactosérum en poudre ne sont pas aussi stimulants qu’ils l’étaient jusqu’à la mi-2007. Les surplus de lait de 2008 devraient être utilisés principalement dans la production de fromage, car les exportations de fromage à l’international ont mieux supporté les importantes fluctuations des prix que les exportations de beurre et de lait entier en poudre. En tout cas, les restitutions à l’exportation représentaient une proportion bien moindre du prix du fromage que du prix du beurre. De plus, la capacité de production de fromage excédentaire a été mise en service pendant l’année 2007 alors qu’auparavant elle n’était pas pleinement utilisée et était détournée vers la production de produits davantage prioritaires. La production et la consommation de lait et de produits laitiers devraient poursuivre la tendance à la hausse constatée ces dernières années même si la consommation pourra être un peu freinée dans le sillage des hausses de prix significatives de 2007. De plus, la consommation de produits frais est en partie liée aux conditions climatiques, « ce qui rend les choses difficiles à prévoir », avouent les experts.
Nouvelle baisse du prix du beurre
Avec l’augmentation attendue des quantités de lait fournies, EDA s’attend à ce que la production de beurre connaisse une certaine stabilité en 2008. Et si la collecte ne bougeait pas, la production de beurre devrait se rétracter. Après l’épuisement de tous les stocks de beurre d’intervention en 2007, il faudra moins d’exportations qu’avant pour maintenir le marché du beurre à un niveau équilibré, à condition toutefois que la consommation reste en grande partie constante.
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Suite à une forte augmentation des prix du beurre en 2007 et à une absence totale d’aide à la production de pâtisseries et de crèmes glacées, l’industrie alimentaire se verrait dans l’obligation d’apporter certaines modifications à ses recettes afin d’essayer de réduire en conséquence les quantités de beurre utilisées. Aussi, il n’est pas improbable que la consommation de beurre décline quelque peu, d’où le besoin d’avoir des exportations de beurre égales à celles de 2007. Conclusion : « le prix du beurre sur le marché mondial en 2008 est d’une importance cruciale pour le prix du beurre dans l’UE ». Ainsi les restitutions à l’exportation ne devraient être renouvelées, selon EDA, que si le prix du beurre dans l’UE flirtait avec le prix d’intervention.
Lait écrémé en poudre en baisse
Malgré l’augmentation des quantités de lait dans l’UE, la production de lait écrémé en poudre devrait chuter de nouveau dans la mesure où la production de fromage et de produits laitiers frais demandera davantage de lait écrémé. La chute serait quelque peu amortie par l’autorisation d’utiliser la standardisation des protéines, laquelle a pris effet début 2008. Son utilisation comme substitut du lait a considérablement baissé en 2007 et devrait rester basse de façon permanente. Cependant, son utilisation dans les produits alimentaires devrait rester stable, voire même croître légèrement. Il est donc vraisemblable que l’UE disposera de quantités à peu près similaires pour l’exportation à celles de 2007. Certains signes montrent clairement qu’il y aura une demande de ces exportations au printemps et en été 2008.
Nouvelle amélioration de la demande mondiale
A la fin 2007, les prix du marché mondial se sont de nouveau modérés, en particulier pour le lait écrémé en poudre, tandis que les prix du fromage et du lait entier en poudre restaient stables. La demande à l’international de produits de l’UE a baissé en automne. Cependant, note EDA, ce phénomène se produit chaque année, l’automne et l’hiver correspondant à un pic de production saisonnier pour les concurrents de l’hémisphère sud. La demande à l’international de produits provenant de l’UE devrait donc remonter au printemps 2008, quand ceux de l’hémisphère austral se feront plus rares. De plus, la production de lait de grands pays exportateurs (Australie, Argentine et Ukraine) devrait décliner, ce qui restreindrait leur offre sur le marché mondial.
Des prix plus stables qu’en 2007 ?
En matière de prix en 2008, EDA table sur une situation un peu moins agitée qu’en 2007. La montée en flèche des prix en 2007 a été causée, selon elle, par l’épuisement rapide et inattendu des stocks et le léger déséquilibre entre l’offre et la demande. Les prix plus élevés qui en ont résulté ont alors fait fléchir la demande, à la fois sur le marché interne de l’UE et au niveau international. Avec une légère augmentation de la production en 2008 et une amélioration, certes plus modeste, de la demande, les marchés devraient plutôt se stabiliser et les prix connaître une moindre volatilité. EDA s’attend aussi à ce que les prix sur le marché mondial se maintiennent à un niveau significativement supérieur à la moyenne pluriannuelle, même s’ils décrochent du pic qu’ils ont atteint pendant l’été 2007.