L’absence du groupe Bigard de la dernière table ronde viande bovine agace les éleveurs de la Fédération nationale bovine (FNB) qui menacent l’industriel de déréférencer ses produits en supermarchés. Le ministre de l’Agriculture recevra Jean-Paul Bigard pour lui demander de reprendre part aux discussions. La Coordination rurale dénonce la logique d’affrontement de la FNB et plaide pour un retour au dialogue.
Suite à l’absence du groupe Bigard de la dernière table ronde viande bovine au ministère de l’Agriculture le 27 octobre, le président de la Fédération nationale bovine (FNB) Jean-Pierre Fleury a annoncé que son syndicat réfléchissait au lancement prochain d’actions de déréférencement des produits Bigard des rayons des supermarchés. La FNB souhaite faire revenir Bigard autour de la table ronde, qui vise à faire évoluer le fonctionnement de la filière viande bovine. Stéphane Le Foll a indiqué le lendemain qu’il allait recevoir le patron du numéro un des viandes en France, le groupe Bigard, pour lui « rappeler que l’intérêt d’une grande entreprise comme Bigard ne peut pas se confondre avec l’intérêt de la filière ». Selon le ministre, Jean-Paul Bigard « a jusqu’ici considéré que ce n’était pas collectivement qu’il fallait négocier ». Pour la Coordination rurale, l’affrontement avec Bigard n’est pas la bonne stratégie : « Le ministre joue le rôle de chauffeur de salle, la FNB celui de la pleureuse », titrait le syndicat dans un communiqué le 28 octobre. « Ce n’est pas la bonne stratégie. Fleury a passé les trois quarts de son temps à taper sur Bigard, il faut qu’on aille vers plus de dialogue », plaide Michel Manoury, président de la section viande de la CR.
« Le médiateur porte-parole de Bigard »
La réunion au ministère a été l’occasion pour le médiateur de dresser un bilan des engagements pris le 17 juin dernier sur les prix. Selon un communiqué du ministère, le médiateur a indiqué que « des efforts de revalorisations des prix avaient été faits ». Selon la Coordination rurale, il a été observé une hausse de 8 cents/kg carcasse sur toute la période par rapport à l’année dernière. Insuffisant au vu des engagements pris durant la table ronde, estiment les éleveurs. Pour Jean-Pierre Fleury, « le médiateur est allé chercher toutes les excuses de la filière pour nous expliquer pourquoi ça n’allait pas. Il a été un remarquable porte-parole de Bigard. ». Et de conclure : « Ce que l’on sait, c’est que l’argent n’est pas dans notre poche ». La Coordination rurale n’est pas non plus satisfaite du travail du médiateur : « Cela fait cinq ans que l’on a des revenus qui se rapprochent de l’ovin. Il aurait fallu comparer nos revenus à ceux d’il y a six ans, et prendre en compte les pertes liées à la Pac ».
Stéphane Le Foll pousse à contractualiser
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Par ailleurs Stéphane Le Foll a, comme dans la filière porcine, lancé des travaux sur une contractualisation tripartite éleveur-industrie-distribution. Comme dans la filière porcine, un appel à manifestation d’intérêt va être lancé sur la contractualisation dans le secteur bovin et une caisse de sécurisation, destinée à amortir les effets de la volatilité, sera mise à disposition des opérateurs intéressés. Par ailleurs le ministre a lancé un travail spécifique sur la valorisation de l’origine France en restauration hors foyer.
Peu de contrats en viande bovine à cause du manque de structuration et de segmentation (CGAAER)
Dans un rapport paru le 28 octobre sur la contractualisation dans le secteur bovin, le CGAEER (ministère de l’Agriculture) conclut que la limitation du développement de la contractualisation, et le fait qu’elle soit peu efficace dans cette filière, est à mettre en relation avec « l’insuffisance de la structuration de la filière » mais aussi « l’insuffisance de la segmentation du marché, encore largement indifférencié ». En matière de structuration, les auteurs pointent notamment « la faiblesse de la part de marché des organisations de producteurs commerciales (OPC) » qui serait de l’ordre de 25 %, et la « surcapacité des outils d’abattage ». Le rapport plaide pour le développement de la contractualisation, comme « réel facteur de modernisation de la filière ». Il conduirait « chaque échelon à se focaliser sur sa fonction spécifique ».