Alors que les eurodéputés « agricoles » du Parlement européen envisagent la création d’une commission spéciale de l’Assemblée sur la situation et les contrôles sanitaires de la viande au Brésil, après l’envoi sur place en avril d’une mission d’information, Brasília vient d’annoncer le lancement d’un programme national destiné à rétablir la réputation du secteur auprès de ses clients sur le marché international.
Le gouvernement brésilien a lancé, en collaboration avec la Confédération nationale de l’agriculture (CNA), un programme visant à garantir que le secteur, frappé en mars dernier par le scandale de la viande avariée, se conforme aux règles anti-corruption, environnementales et autres. Sur fond de négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur (1), la commission de l’agriculture du Parlement européen compte envoyer en avril au Brésil une mission d’information sur la situation et les contrôles sanitaires de la viande dans ce pays, avant la création éventuelle d’une commission spéciale – et probablement pas d’une commission d’enquête (2).
Un « certificat » pour garantir « les normes de qualité les plus élevées »
En mars, une opération de la police brésilienne, sous le nom de code « Weak Flesh » (« Chair Faible »), avait permis de déceler que certains établissements de conditionnement de la viande soudoyaient des inspecteurs pour pouvoir vendre des produits périmés et contaminés. Étaient visés de grands groupes comme BRF, premier exportateur mondial de volaille, et JBS, numéro un de la viande bovine. Un scandale qui, bien entendu, a pesé sur les exportations du pays. Celles-ci sont ensuite reparties à la hausse et devraient progresser encore en 2018 (voir encadré).
En juin, le ministère de l’agriculture a annoncé l’embauche de 1 600 inspecteurs supplémentaires, une augmentation de 50 %, pour renforcer les contrôles des établissements du secteur de la viande.
Le nouveau programme que viennent de lancer le gouvernement et la CNA prévoit l’octroi d’un certificat d’intégrité aux entreprises qui se conforment aux réglementations nationales. « Ce certificat montrera aux consommateurs nationaux et internationaux que l’entreprise produit des aliments selon les normes de qualité les plus élevées », a expliqué le vice-ministre de l’agriculture, Eumar Novacki. Une commission composée de représentants des pouvoirs publics, des entreprises et de la société civile va être créée et sera chargée d’octroyer ces certificats de conformité, après un examen des établissements concernés qui devrait durer six mois.
Après le scandale dévoilé en mars, « nous avons appris que nous devions agir de façon ferme et transparente pour réaffirmer au monde la qualité de notre inspection alimentaire », a commenté Eumar Novacki.
Discussions « très positives » avec Washington
Le Brésil a, depuis mars, récupéré la plupart de ses marchés à l’exportation pour la viande, mais les États-Unis maintiennent depuis juin un embargo sur sa viande fraîche car des abcès et des corps étrangers non identifiés auraient été décelés dans des livraisons en provenance de ce pays (3).
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Le vice-ministre brésilien de l’agriculture a dénoncé des pressions protectionnistes exercées par les producteurs de viande américains, mais assure aujourd’hui que, après des discussions « très positives » avec Washington, cette interdiction devrait être bientôt levée.
(1) Voir même numéro
(2) Voir n° 3623 du 18/12/17
(3) Voir n° 3602 du 03/07/17
(4) Voir n° 3620 du 27/11/17
Prévisions optimistes pour le bœuf en 2018
Selon l’Association brésilienne des exportateurs de viande (Abiec), le Brésil devrait vendre à l’étranger 1,68 million de tonnes de bœuf en 2018, contre 1,53 Mt en 2017, soit un revenu en progression de quelque 10 % à 6,8 milliards $, contre 6,2 Mrd $ (+ 13 %) en 2017. Ces prévisions publiées le 14 décembre prennent pour hypothèses la levée de l’embargo américain sur la viande fraîche et la certification par Pékin de près d’une douzaine d’établissements supplémentaires, ce qui pourrait permettre d’accroître de 50 % les exportations vers la Chine.
Hong Kong, la Chine et la Russie sont parmi les principaux importateurs de viande bovine brésilienne, pour un total de 703 000 t sur les onze premiers mois de l’année en cours. La Russie a toutefois décidé de suspendre à partir du 1er décembre les importations de bœuf et de porc brésiliens après la découverte dans cette viande de plusieurs substances interdites (ractopamine et autres hormones de croissance) (4).