Victor Ferreira, à la tête de Max Havellaar France depuis 8 ans, reste prudent quant à la mise en place d’une commission nationale du commerce équitable. Pour lui, l’important reste avant tout de garantir au consommateur des produits labellisés selon des critères internationaux
C’est une forme de commerce qui a pour but de permettre à des producteurs du tiers-monde de vivre un peu mieux, sans être dans l’assistanat mais uniquement par une juste rémunération de leur travail, grâce à des consommateurs qui s’engagent au quotidien par leur acte d’achat.
Quel est le rôle du label Max Havelaar ?
Le label est géré par une association éponyme qui garantit au consommateur que tout produit labellisé répond aux critères du commerce équitable. Max Havelaar n’achète ni ne vend de produit mais collabore avec les entreprises que nous mettons en relation avec les producteurs. Son rôle est de contrôler l’ensemble de la chaîne : producteur, importateur, et entreprise transformatrice.
La grande distribution a-t-elle joué le jeu du commerce équitable ?
On est dans une dynamique : la grande distribution fait des efforts au fur à mesure qu’elle s’assure qu’ils sont récompensés et qu’il y a des consommateurs en face. Le pouvoir est avant tout chez les consommateurs, qui décident d’acheter et qui démontrent au distributeur qu’une réelle demande existe. Le niveau d’engagement des distributeurs se voit bien en fonction de la place et de la mise en avant – très variable en fonction des acteurs – accordée aux produits. Le distributeur a donc une forte responsabilité dans le développement du commerce équitable.
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Le développement des marques estampillées « commerce équitable » ne brouille-t-il pas le message ?
Label et marques sont à distinguer. Un label travaille avec des marques (comme Ma-longo, Ethiquable, Lobodis, Caraïbos, Solidar’monde, des marques de distributeurs…). Mais les marques de sociétés ne sont pas toutes labellisées. Or, le consommateur ne voit pas toujours la différence. La multiplication de marques brouille effectivement le message. Certains acteurs sont historiques, mais de plus en plus d’initiatives se présentent comme du commerce équitable tout en étant assez loin de la démarche.
Mettre en place une Commission nationale du commerce équitable est adéquat ?
Face à la multiplication de ces initiatives pseudo-équitables, une commission nationale permettra au consommateur d’y voir plus clair, à partir du moment où elle aura comme critère fondamental la mission de développement et l’impact sur le terrain. Mais il faut que les critères du commerce équitable définis par cette commission correspondent aux critères internationaux. Le danger est de créer un commerce équitable à deux vitesses, avec celui reconnu au plan mondial et un autre au rabais, officialisé par la France, et qui ouvrirait la porte à toutes les récupérations commerciales. La garantie pour le consommateur est avant tout que le système de référence soit international. Pour Max Havelaar, cela ne changera de toute façon pas grand-chose : il s’agit juste d’une reconnaissance officielle .