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Vifs échanges sur l’avenir de la production nationale

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C’est un véritable choc des idées qui s’est révélé lors de la table ronde organisée lors de l’assemblée générale du SNIV. Deux conceptions radicalement différentes du marché communautaire de la viande bovine se sont affrontées, celle, bruxelloise, prônant la réduction de la protection tarifaire et la baisse de la production, et celle, nationale, de stimulation de l’élevage bovin et de soutien aux jeunes agriculteurs pour contrer les importations massives. Pour étayer son raisonnement, Rainer Hagel, responsable des marchés de la viande à la Commission européenne, a évoqué le recul de la consommation de viandes bovines, attendu pour atteindre – 1 % d’ici 2012, contrairement au porc (+ 2,5 %) et la volaille (+ 5 %).

Restructurer tout en conservant le maillage nationale

« S’il y a diminution de production, c’est parce qu’il y a raréfaction de l’offre !», a rétorqué Jean-Claude Guesdon, prévisionniste à l’Institut de l’élevage. Rappelant la nécessité de restructurer l’industrie de la viande en Europe, réduire le cheptel comme les capacités d’abattage, et s’orienter davantage vers la transformation, le représentant de Bruxelles est resté campé sur ses positions. « Autour de la France, il y a une restructuration qui se dessine,a-t-il mis en garde. La restructuration, particulièrement en Allemagne et en Irlande, est nécessaire pour faire contrepoids aux acheteurs distributeurs.» Si Jean-Marie Aurant, directeur de la DPEI, est d’accord sur cet enjeu, il considère quant à lui qu’une restructuration n’est pas antinomique avec le maintien d’un maillage territorial, générateur d’activité locale. « Ce sont surtout l’Allemagne et l’Irlande qui vont connaître un repli, a ajouté Jean-Claude Guesdon. La France est bien placée du point de vue de la compétitivité, avec un cheptel allaitant qui s’est bien restructuré ».

Redonner confiance aux éleveurs

Représentant la voix des éleveurs, le vice-président des Jeunes agriculteurs a explicitement demandé que soit mise en place une stratégie offensive pour lutter contre la baisse des effectifs et pour relancer le cheptel français, à l’opposé de nos voisins européens. « Il ne faut pas perdre les moyens de compétitivité dont nous disposons en France », a-t-il mis en garde. « Il nous faut stimuler la production, pour suivre la demande, a surenchéri Jean-Marie Aurand. Il existe une vraie opportunité à saisir pour les éleveurs français. » Mais pour cela, la confiance doit être instaurée. « Il faut donner confiance aux agriculteurs pour qu’ils investissent,s’est exprimé Alain Loustaneau, d.g. du groupe Socopa. D’où l’importance d’assurer des débouchés durables, d’investir et d’innover !».

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Bruxelles s’oppose à toute idée de stimulation de la production

Mais pour Rainer Nagel, l’objectif de la PAC est atteint. Il s’est félicité de la baisse du cheptel et s’est fermement opposé à toute idée de stimulation de la production. « Si vous voulez stimuler la production en France je n’ai pas de problème mais vous ne devez pas oublier le cadre réglementaire et communautaire », s’est-il exclamé, provoquant de vives réactions. « Je ne peux être d’accord avec ces propos, je ne suis pas de ceux qui soutiennent l’importation pour alimenter le marché communautaire », a rétorqué Jean-Marie Aurant. Calmant les esprits, Jean-Claude Guesdon a tenu à rappeler que les importations ne représentaient encore que 10 % des approvisionnements communautaires et qu’il existait encore du potentiel de croissance.

Les importations vont augmenter de 17 % d’ici 2012

« Tout est une question de sémantique, s’est empressé d’ajouter Denis Sibille, président d’Interbev. Il faut dire que l’approvisionnement communautaire et national restera majoritaire ». Mais Rainer Hagel a tenu à avoir le dernier mot. Chiffres à l’appui, il a soutenu que les importations étaient supérieures aux exportations et allaient continuer à augmenter. De 535 000 tonnes cette année, elles devraient ainsi atteindre selon les prévisions 560 000 tonnes en 2006 et 630 000 tonnes en 2012, quand la production communautaire aura diminué dans le même temps de 4 % à 7,6 millions de tonnes. « On a dépassé les crises, les stocks d’intervention, les restitutions, on a atteint un équilibre de marché, a-t-il insisté. Je suis donc critique et prudent. Car il n’y a plus les mécanismes d’intervention qui existaient auparavant ». « Il faut se protéger et on le fera, a tonné quant à lui Denis Sibille. Il y a suffisamment de besoins dans le monde !».