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Vigne : les professionnels vont accélérer l’innovation dans les AOC

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Le congrès de la Cnaoc, le 28 avril, a mis en lumière l'intérêt des viticulteurs pour les techniques nouvelles, telle l'utilisation de drones. En réponse, la filière viticole va accélérer l'innovation dans les AOC (appellations d'origine contrôlée), en dupliquant la méthode utilisée depuis un an pour les nouveaux cépages. 

 

« L’histoire s’accélère, l’évolution des attentes sociétales et climatiques pousse les AOC à adopter un pas de temps plus rapide », a lancé Christian Paly, président du comité national des AOC viticoles de l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) au congrès de la Cnaoc, qui s’est tenu près de Toulon le 28 avril. En effet, a ajouté Marie Guittard, directrice générale de l’Inao, « il n’est pas question de muséifier les AOC. Il nous reste à transformer les orientations que nous appelons de nos vœux en textes règlementaires », a-t-elle précisé. Et de mentionner plusieurs techniques qui bousculent les règles en place, telles l’irrigation de la vigne en cas de stress hydrique, l’agrivoltaïsme, le désherbage électrique et le bâchage des vignes face au gel.

Plusieurs prises de parole à ce congrès ont souligné la nécessité de l’innovation dans les AOC. « Nous avons à répondre aux pressions sociétales. Si nous ne bougeons pas, demain nous serons morts », a indiqué Jérôme Bauer, président de la Cnaoc. « Les vignerons n’ont pas le droit de traiter leurs vignes avec des drones ni d’irriguer après le 15 août, c’est aberrant », a-t-il commenté. Les drones permettent en effet d’épandre de façon ciblée, donc avec moins de pesticides. Quant à l’irrigation après le 15 août, elle peut être justifiée en cas de stress hydrique sur la vigne.

Comment intégrer davantage l’innovation dans les AOC ? Par une méthode analogue à celle empruntée pour les variétés (de vignes) d’intérêt à fin d’adaptation (Vifa) dans les AOC viticoles, instituée début 2021 par l’Inao. C'est le consensus qui se dégage chez les professionnels. Les cépages Vifa sont inscrits au catalogue français des variétés, mais qui ne sont pas autorisées par telle ou telle appellation, sauf dans les limites décrites ci-dessus. Ils peuvent être expérimentés chez des « vignerons expérimentateurs » pendant dix ans, à condition qu’ils ne soient pas plus de dix par couleur de vin sur l’exploitation et qu’ils représentent au maximum 5 % de l’encépagement de l’exploitation (en termes de surface).

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Dupliquer le modèle des cépages d’expérimentation

« Les Vifa sont le bon exemple de mise en œuvre de l’accélération de l’innovation dans les AOC », a indiqué Christophe Riou, directeur général de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). Ils permettent en effet à la fois de tester des cépages non prévus par les cahiers des charges de l’AOC tout en respectant le profil aromatique des vins de cette dernière, à titre expérimental. Avec le changement climatique, il peut en effet être intéressant de tester des cépages ibériques, comme le fait actuellement l’AOC « Bordeaux – Bordeaux supérieur ». Ou de tester l’incidence que pourrait avoir sur le champagne le voltis, un cépage résistant aux maladies cryptogamiques, comme le fait le vignoble champenois.

« Nous voulons dupliquer ce système des Vifa dans les AOC viticoles pour que celles-ci restent novatrices. Nous allons faire évoluer la réglementation », a déclaré Christian Paly. Quantité d’innovations sont dans les cartons de l’IFV concernant les drones de pulvérisation, les robots enjambeurs, des pratiques d’agroécologie, etc. « Mandat a été donné à la commission scientifique et technique du comité national des AOC viticoles de l’Inao de dupliquer le système des Vifa », a poursuivi Christian Paly. Le président de cette commission, nommé fin avril, est Bernard Angelras, a-t-on appris auprès de l’IFV. Vigneron dans l’AOC des Costières de Nîmes (Gard), il est aussi le président de l’IFV.

« Il ne faut rien s’interdire en matière d’expérimentation, mais cela ne signifie pas qu’on peut dire oui à tout. Ne déstabilisons pas les AOC. Expérimentons en faisant le moins de bêtises possible », a tenu à modérer Christian Paly.

« Expérimentons en faisant le moins de bêtises possible »