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Vin : la filière inquiète pour le segment d’entrée de gamme

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La filière viticole a exposé les raisons de son inquiétude pour le segment des vins d’entrée de gamme, lors d’une rencontre avec la presse le 27 février au Salon. En effet, d’une part la concurrence espagnole sur les vins d’entrée de gamme ne se dément pas, d’autre part l’incertitude de la politique de Donald Trump ainsi que le Brexit pèsent sur la sérénité des professionnels français quant à la stabilité du marché.

« Je ne veux pas avoir peur pour avoir peur, mais il est possible que nous ayons à subir les conséquences de décisions politiques de Donald Trump sur les vins importés par les États-Unis », a indiqué Jean-Marie Barillère, le président du Cniv, le Comité national des interprofessions viticoles. L’administration Trump laisse planer la menace d’une augmentation des droits de douane de 20 % pour le Mexique, mais la filière préfère anticiper une extension éventuelle de la politique protectionniste des États-Unis.

Protectionnisme : la filière préfère s’attendre au pire

« Les segments d’entrée de gamme et de milieu de gamme seraient les premiers touchés. C’est le premier marché à l’exportation ». Quant au Brexit, Jean-Marie Barillère préfère aussi pouvoir être prêt à affronter la pire tournure des événements : « L’UE et le Royaume-Uni doivent négocier un divorce. Or, un divorce peut mal se passer ». Le président du Cniv se souvient des représailles internationales contre les produits en provenance de France dans les années 1990 suite aux essais nucléaires français. La filière viticole s’impatiente aussi de l’avancée très lente des accords commerciaux entre l’UE et la Chine et le Japon. De tels accords se traduiraient par un abaissement des droits de douanes sur les vins français. Avantages dont bénéficient déjà les viticulteurs chiliens exportés en Chine, « avec un écart de 14 % par rapport aux vins européens ».

Renforcer la compétitivité sur les vins d’entrée de gamme

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Dans cet environnement risqué, « c’est à nous de pouvoir proposer des vins de 1,50 à 2 € le litre. Il en va de la responsabilité de notre filière », a souligné le président du Cniv. Pour percer à l’export, il faut soit être tout petit dans un créneau de haute qualité, voire de prestige comme le Romanée-Conti, soit pouvoir exporter à moins de 5 euros la bouteille, a-t-il précisé. Cette prise de conscience de la nécessité d’être présent sur ce segment a fait l’objet du plan stratégique de la filière en 2014. Mais l’enjeu devient crucial en raison d’une concurrence internationale qui chahute plus qu’il y a trois ans les marchés.

« Il faut parvenir à renforcer les éléments de compétitivité des vins français d’entrée de gamme », a déclaré pour sa part Jérôme Despey, président du conseil viticole de FranceAgriMer. La filière voit là aussi avec inquiétude depuis maintenant un an, et surtout ces dernières semaines, une exacerbation de la concurrence des vins espagnols et, parallèlement, d’une stagnation des retiraisons (enlèvement de la marchandise des chais vers le marché). « Avec la production et le négoce, nous allons nous atteler à travailler le segment d’entrée de gamme. En amont, il faudra des cépages plus productifs, faciliter l’irrigation et ouvrir la production viticole à d’autres régions ». En aval la filière espère construire un segment de vins d’entrée de gamme avec la distribution. « Nous souhaitons la création d’un groupe de travail permanent ’’vins’’ avec la FCD (Fédération du commerce et de la distribution), comme il en existe entre la FCD et d’autres filières (fruits et légumes, viandes, etc.) », a lancé Jérôme Despey.

« Les segments d’entrée de gamme et de milieu de gamme seraient les premiers touchés. C’est le premier marché à l’exportation ».