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Europe/Restructuration Vion s’explique sur la débâcle, cède l’activité porcine au Royaume Uni

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Le géant européen de la viande Vion entame concrètement son désengagement du Royaume-Uni avec une cession possible de ses activités porcines au fonds Endless. Cette opération intervient sur un marché largement déficitaire en porc. Plus globalement, le retrait du marché britannique doit permette à Vion de se recentrer sur les Pays Bas et l’Allemagne, jugés plus complémentaires. Les restructurations devraient s’y poursuivre car la décennie d’acquisitions qui s’achève n’a finalement pas donné lieu à l’intégration et aux synergies nécessaires (1).

Vion aurait trouvé preneur pour son activité porcine britannique (800 M EUR de ventes estimées) avec le fonds d’investissement Endless qui soutiendrait un MBO, a révélé le Financial Times le 2 décembre. Passée complètement inaperçue en France, en tout cas au niveau syndical, l’annonce du géant coopératif néerlandais (le 19 novembre) de se désengager totalement du marché britannique (soit un retrait du chiffre d’affaires d’environ un quart, sur un total de 9,5 Mds EUR et 13 000 salariés concernés) met un terme à une décennie d’acquisitions effrénées. Nommé à la tête du groupe l’été dernier, Dirk Kloosterboer s’est expliqué le 2 décembre dans le Het Financieele Dagblad. « L’acquisition de Grampian (au Royaume-Uni, ndlr) a été le pas de trop », a-t-il ainsi déclaré. La stratégie d’acquisition pour atteindre des positions de marché fortes aux Pays-Bas, en Allemagne puis au Royaume-Uni n’a pas permis de dégager des marges suffisantes, a-t-il expliqué, mettant aussi en cause la forte poussée des prix des matières premières et la difficulté à répercuter ces hausses auprès de la distribution et des salaisonniers.

Encore des restructurations à venir ?

Vion, qui compte 38 sites au Royaume-Uni, en a aussi 12 aux Pays-Bas et 37 en Allemagne. Des fermetures et regroupements de sites semblent inévitables sur ce périmètre. Déjà cette année, 340 et 290 suppressions d’emplois ont été annoncées respectivement pour les Pays Bas et l’Allemagne. Et aucun observateur ne pense que cela en restera là. Les acquisitions ont en effet été mal intégrées et d’importantes synergies restent à trouver. Si le retrait du Royaume-Uni sonne comme un aveu d’échec, la décision a été prise de se concentrer sur l’Allemagne, qui s’est affirmé comme un acteur incontournable de la production porcine ces dernières années et du fait de sa proximité avec les Pays Bas, présente de meilleures complémentarités.
La ZLTO, coopérative majoritaire au capital de Vion, renonce à toucher ses dividendes (15 M EUR par an) « pendant quelques années » pour investir. Le groupe a par ailleurs annoncé avoir emprunté 1,1 Md EUR sur trois ans à un consortium de 11 banques. Enfin, il anticipe une perte comptable en 2012, signe sans doute que les activités non poursuivies étaient surévaluées au bilan.

La fin de la course à la taille

Peu d’informations filtrent sur la situation financière du groupe, si ce n’est que ses résultats 2011 et 2012 ont été décevants. « Les années passées, 10 % du chiffre d’affaires, réalisés avec les ingrédients et les coproduits, généraient 40 % des profits », rappelle Jan Peter van Ferneij, responsable de la veille économique internationale à l’Ifip. C’est donc l’activité ingrédients qui a permis, en partie au moins, de financer les acquisitions.
Cette course à la taille est désormais terminée. Dirk Kloosterboer a qualifié d’« inenvisageable » toute nouvelle acquisition dans le secteur de la viande, et de « priorité » la répercussion de la hausse des matières premières. Il espère solder les activités britanniques pour mi-2013. Pour rappel, le désengagement concerne d’autres activités jugées non stratégiques comme Banner Pharmacaps (capsules de gélatine molles aux Etats-Unis) qui a été cédé à Patheon Inc fin octobre et Oerlemans Food (produits surgelés à base de pommes de terre, de fruits et de légumes frais) qui est mis en vente. Vion entend désormais se concentrer sur deux marchés domestiques : les Pays Bas et l’Allemagne, dans le porc et la viande bovine, mais aussi développer mondialement l’activité ingrédients.

(1) voir agra Alimentation n°2221 du 22 novembre 2012

 

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