Suivant et déclinant pour partie le plan d’urgence européen, le gouvernement français a présenté le 11 mai un plan d’aides de 160 millions d’euros à destination de la filière viticole, particulièrement touchée par la chute de la consommation hors domicile. Le plan est composé de deux volets, exonération de cotisations et distillation de crise. De son côté, la filière champagne a pris une première mesure de régulation, en suspendant le marché des bouteilles sur lattes.
Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume et son collègue à l’Économie Bruno Le Maire ont annoncé le 11 mai aux professionnels de la filière viticole un premier volet d’aides de 160 millions d’euros, a-t-on appris de sources professionnelles. Sur ce montant, 100 millions concernent des exonérations de charges patronales pour les entreprises vitivinicoles. Ces exonérations pourront aller jusqu’à 100 % pour les entreprises dont le chiffre d’affaires a le plus chuté. Les 60 millions restants sont prévus pour la distillation de crise. Pour compléter le financement de celle-ci, 80 millions d’euros devraient être pris sur l’enveloppe viticole annuelle allouée à la filière française. Cette somme permettrait de distiller 2 Mhl de vin, sachant que les professionnels demandaient 3 Mhl.
« C’est un premier volet, mais les ministres nous ont dit qu’il y en aura d’autres », a commenté Jean-Marie Barillère, président du Comité national des interprofessions viticoles (Cniv). Frappé par la taxe Trump et la fermeture de ses débouchés (export et restauration), le secteur souhaitait un plan de relance « d’au moins 500 millions d’euros », d’après un communiqué des organisations vitivinicoles du 5 mai. Le 11 mai, Didier Guillaume n’a pas fait d’annonce sur le fonds de compensation à la surtaxe américaine, mais il a indiqué qu’il portera une nouvelle fois le dossier au conseil des ministres le 13 mai à Bruxelles. Dont acte, sans succès à ce jour.
« Un prologue », espèrent les professionnels
Réagissant à la présentation du plan gouvernemental, les représentants de la filière viticole (producteurs de l’AGPV, interprofession et négoces de l’UMVin) demandent, dans un communiqué commun le 12 mai, que « ce prologue » soit suivi « rapidement par un plan de relance ambitieux ».
Les professionnels demandent les cinq mesures suivantes : « relance des marchés » par un « assouplissement des règles relatives aux programmes nationaux d’aide à l’investissement et à la promotion vers les pays tiers » ; « des mesures de gestion des disponibilités, notamment un volume de distillation de crise redimensionné à la hauteur des besoins (3 millions d’hectolitres/260 millions d’euros), la maîtrise de la production et l’aide au stockage privé » ; « le report des sommes non consommées au 15 octobre 2020 sur les programmes nationaux d’aides, sur les enveloppes nationales des exercices 2020-21 à 2022-23 » ; des exonérations de charges « simples et accessibles à tous en fonction des pertes » ; et « enfin, la résolution du contentieux UE-US sur l’aéronautique et, dans l’intervalle, des mesures de protection des exportateurs de vin touchés par ce conflit ».
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Le champagne suspend les bouteilles sur lattes
L’intervention publique a été suivie d’une décision interprofessionnelle en champagne. Le Comité Champagne, qui rassemble vignerons et négociants, a suspendu jusqu’au 8 juin le marché spécifique des bouteilles vieillies « sur lattes », pour « préserver la valeur » du stock, alors que l’effondrement des ventes provoqué par l’épidémie de Covid-19 a déjà fait perdre 1,7 milliard d’euros. La suspension concerne un marché annuel de 10 à 15 millions de bouteilles en cours d’élaboration et stockées horizontalement sur des lattes, pendant un à cinq ans. Elle vise à empêcher un déstockage massif de cette réserve, qui pourrait alimenter des ventes de champagne en promotion, les prix pouvant baisser jusqu’à moins de dix euros. Sur l’ensemble du marché, beaucoup plus large, quelque 100 millions de bouteilles ne se sont pas vendues depuis début 2020, soit un tiers du volume écoulé en 2019, en raison de la crise provoquée par le coronavirus. Selon Jean-Marie Barillère, co-président du Comité Champagne, le stock global de champagne est aujourd’hui estimé à 1,2 milliard de bouteilles, dont un excédent de 400 millions de bouteilles, qui pèse de plus en plus sur les trésoreries mises à mal par la crise.
Privés de « Semaine des primeurs », les grands crus se réinventent
Chaque année début avril, les grands crus bordelais font déguster à des invités du monde entier leur vin primeur, le dernier millésime qui ne sera commercialisable au grand public qu’environ deux ans plus tard. C’est la « Semaine des primeurs ». Acheteurs, négociants et journalistes se pressent de château en château, et notent les grands crus, ce qui fixera les prix. Puis des courtiers mettent en relation propriétaires et négociants, qui achètent un vin qui continuera sa maturation en fûts. Ce système multicentenaire permet à quelque 400 domaines de vendre leur vin avant même qu’il soit dans les boutiques et donc d’assurer des rentrées de trésorerie immédiates. « On ne peut pas envisager de fixation de prix tant que les vins n’auront pas été dégustés », résume Ronan Laborde, président de l’Union des grands crus classés de Bordeaux (UGCB) qui organise pour ses 134 membres les dégustations. Du coup, les grands crus ont décidé d’aller à la rencontre des acheteurs dans une douzaine de métropoles américaines, européennes et asiatiques : « Les acheteurs auront à disposition des informations écrites, orales mais aussi en vidéo de nos membres qui vont parler de ce millésime et expliquer le travail effectué sur la propriété », explique Ronan Laborde. Avant l’étranger, le millésime 2019 sera présenté « sur la place de Bordeaux » vers la mi-juin, espère-t-il.