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Syndicalisme Xavier Beulin, 11e président de la FNSEA

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Le président de la filière oléoprotéagineuse a été élu président de la FNSEA le 15 décembre en succédant à Jean-Michel Lemétayer. Xavier Beulin, par 36 voix contre 31 et une abstention, a été élu devant Dominique Barrau. Celui-ci reste secrétaire général de la FNSEA, au moins jusqu’au prochain congrès de St-Malo tandis que Christiane Lambert accède au poste de première vice-présidente de la FNSEA, élue avec 50 voix sur 68. Le nouveau président entend surtout travailler sur l’organisation des filières pour permettre aux agriculteurs de capter une part croissante de la valeur ajoutée dégagée en aval.

Son obsession : « Capter la valeur ajoutée réalisée en aval et la ramener aux producteurs ». Xavier Beulin, le nouveau président de la FNSEA, ne manquera sans doute pas une occasion de marteler l’idée dans les mois à venir. Elu le 16 décembre 11e président de la FNSEA, le successeur de Jean-Michel Lemétayer entend marquer le syndicat par un projet d’économiste, peut-être moins original par sa nature même que par l’expérience et la volonté d’aboutir de son auteur. C’est bien pour cela qu’il compte garder la présidence de Sofiprotéol, le fonds financier des oléoprotéagineux. La raison : « C’est un outil industriel et financier qui est un moyen d’intervention important pour investir dans l’aval de l’agriculture ». Evoquant la culture du syndicat majoritaire, il estime « qu’on a sans doute besoin de se former davantage à la culture économique ». Une culture qui doit donner lieu à un dialogue autant qu’à des rapports de force : « Je veux engager le dialogue avec notre aval, les transformateurs et la grande distribution », explique Xavier Beulin qui va même jusqu’à évoquer un « pacte de confiance au sein de nos filières ».

Solutions au sein des filières
Sa conviction est en effet que bon nombre de problèmes peuvent être résolus au sein des filières elles-mêmes, sans toujours faire appel à l’Etat, mais sans pour autant exclure ce recours. Les difficultés actuelles des éleveurs de porcs ou de viande bovine l’imposent, même si, sur le moyen terme, il s’agit aussi de mieux organiser les filières. « On a des sujets qui relèvent des pouvoirs publics, on en a qui relèvent de nos propres filières », constate-t-il.
Concernant la concurrence mondiale, l’Etat a aussi un rôle à jouer, notamment dans notre compétition avec les pays européens et les distorsions de concurrence sur le plan social, fiscal, énergétique et environnemental. D’ailleurs, « il ne faut pas avoir peur de parler de compétition au sein même de l’Europe », insiste-t-il.

Quatre grands dossiers
Pour les mois à venir, Xavier Beulin compte traiter quatre grands dossiers en priorité : la réforme de la politique agricole commune ; les relations internationales avec les négociations à l’OMC et avec les pays d’Amérique du Sud (Mercosur) ; la mise en œuvre de la loi de modernisation agricole, avec notamment le dossier de la contractualisation ; les élections aux chambres d’agriculture pour lesquelles la FNSEA doit renouveler le « contrat de confiance » avec les agriculteurs : « J’entends qu’on s’inscrive dans un discours de réalisme, de lucidité donnant des perspectives à toutes les formes d’agriculture », explique Xavier Beulin.
Un réalisme qui l’amène à juger sévèrement les données des comptes de l’agriculture, publiées le 15 décembre, jour de son élection. « Une hausse annoncée de 66% ne doit pas nous faire oublier ce que cela cache : la volatilité des prix agricoles. » D’où la nécessité de remettre ces données dans leur contexte et dans une perspective sur plusieurs années. « Apprenant ces chiffres, les éleveurs de porcs ou les producteurs de viande bovine doivent tomber de leur chaise ! », s’exclame le nouveau président de la FNSEA.

Respect de la diversité
Céréalier sur une exploitation de 450 ha, Xavier Beulin est également producteur d’oléagineux et gère aussi un atelier laitier. Elu avec une courte avance de 36 voix contre 31 à Dominique Barrau, il est conscient du respect de la diversité que cela implique. « J’ai ressenti la volonté du conseil d’administration de voir l’équipe actuelle réaffirmée », explique-t-il. Dominique Barrau restera donc à son poste tandis que Christiane Lambert deviendra première vice-présidente. Ensuite, cela dépendra des élections du futur conseil d’administration et du bureau lors du congrès de St-Malo .

Chronique d’une victoire à l’arraché
En tout cas, la situation avait été suffisamment inédite pour devoir être rappelée : deux candidats à une élection au poste de président de la FNSEA est une situation jamais vue au sein de la FNSEA. « Ce grand moment de démocratie interne », pour reprendre l’expression de Xavier Beulin, a failli ne pas avoir lieu tant les pressions pour qu’il n’y ait qu’un seul candidat ont été fortes. Et ce candidat unique, au matin du 16 décembre ne devait pas être forcément Xavier Beulin ! Au final, il a remporté à 5 voix près la présidence de la grande maison. Sa botte secrète : jouer la cohésion en assurant devant le conseil d’administration, que s’il était élu, le secrétaire général, à savoir son rival, resterait à son poste. Dominique Barrau n’a pas souhaité raviver les querelles entre céréaliers et éleveurs en envisageant de démissionner. Cela lui a peut-être coûté son élection.

Un tandem de fait
Et si Dominique Barrau, le candidat battu à la présidence de la FNSEA, le 16 décembre, avait contribué involontairement à la victoire de son rival ? Manifestement, le ticket présenté par Xavier Beulin, en cas de victoire, devant le conseil d’administration, le 16 décembre a séduit. Si Xavier Beulin était élu président de la FNSEA, Dominique Barrau, le vaincu, se maintiendrait à son poste de secrétaire général, au moins jusqu’au congrès électif de Saint-Malo.
C’est ce qu’il a expliqué lors de sa prise de parole devant les membres du conseil d’administration. La veille de l’élection, Jean Michel Lemétayer ne disait pas autre chose. En cas de victoire de Xavier Beulin, il fallait conserver la cohésion de la grande maison, et donc Dominique Barrau devait rester au poste clé de secrétaire général. Ce drôle d’attelage, fait d’un vainqueur et d’un vaincu, devra donc mener sans encombre la FNSEA au congrès électif de Saint-Malo. Et le nouveau conseil d’administration, issu des élus locaux, élira son président, et son bureau. Le nouveau président Xavier Beulin est d’ailleurs resté, le 16 décembre, très prudent sur la composition future de son bureau. Pas un mot sur le tandem président et secrétaire général d’après le congrès, donnée pourtant clé pour un syndicat. Encore une fois « la démocratie » s’appliquera, a-t-il déclaré.

Capital sympathie
Dominique Barrau n’avait pas été si prudent. Il avait annoncé la couleur : il souhaitait que Pascal Ferey devienne son secrétaire général. Convaincu de ses chances de victoire, ce 16 décembre, il n’avait peut-être pas anticipé le « capital sympathie » d’une « association » Xavier Beulin et Dominique Barrau, auprès du conseil d’administration de la FNSEA. L’alliance du « roquefort et du diester », pour reprendre la formule de Dominique Barrau, a fait mouche. Dominique Barrau n’est pas homme, par principe, à quitter le navire après un échec d’autant que son départ aurait provoqué des turbulences au sein de la FNSEA. Les membres du bureau ont fait le même choix pour permettre à la FNSEA de se préparer dans de bonnes conditions au congrès électif de mars.
Par le jeu des chaises musicales, l’élection de Xavier Beulin du 16 décembre a libéré le poste de premier vice-président. Christiane Lambert, candidate à ce poste, a été élue avec 50 voix sur un total de 68, le 16 décembre. Celle qui a fait campagne pour Xavier Beulin peut logiquement espérer être « récompensée ». La place emblématique de secrétaire général du syndicat est à prendre après le congrès. Mais rien n’est fait. Xavier Beulin a montré son habileté à concrétiser une envie de renouveau au sein des élus de la FNSEA tout en ne bousculant pas totalement une grande maison. Le vrai changement attendra quelques mois.

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