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FNSEA Xavier Beulin, double casquette, candidat unique, réélu président

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Devenu une figure médiatique controversée, Xavier Beulin a été réélu sans opposition à la tête de la FNSEA pour un second mandat.

LES médias généralistes le qualifient volontiers de businessman plus que de paysan. Xavier Beulin a été reconduit pour un second mandat de trois ans à la tête de la FNSEA, mercredi 9 avril, lors d'un conseil d'administration à Paris. Son image est conforme à sa parole : il veut moderniser l'agriculture, et le clame haut et fort.

Selon lui, il faut donner « les moyens de son développement » à l'agriculture, moyens qui « se nomment technologies, recherche, web 2.0, mutualisation, rationalisation, initiatives », liste-t-il dans une lettre ouverte envoyée dans la foulée de sa réélection au ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll. « L'agriculture, avec son amont et son aval, peut créer des milliers d'emplois », affirme t-il.

Entre FNSEA et Sofiprotéol

Son rapport avec l'aval, justement, fait toujours grincer quelques dents. Il est président de Sofiprotéol*, acteur financier et industriel de la filière des oléoprotéagineux et contrôlant de nombreuses entreprises agroalimentaires. « Sofiprotéol, à mes yeux, est un outil au service des agriculteurs », explique Xavier Beulin. « C'est un choix que j'assume complètement. J'ai posé la question au nouveau conseil d'administration de la FNSEA, en disant que si mes collègues considéraient qu'il y avait incompatibilité, je remettais mon mandat sans aucune difficulté. Ce n'est pas le message qu'ils m'ont envoyé. Je suis très à l'aise avec ça », développe t-il.

Un discours qui ne convainc pas Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne : « Quand il parle de compétitivité, ça veut dire abreuver l'agroalimentaire de matière première à bas coût, ce qui n'est pas compatible avec le maintien d'agriculteurs nombreux sur le territoire », lance t-il.

Si la critique n'est pas surprenante venant de ce côté-ci, les mêmes questions se posent en interne. « Il y a quand même des sujets sur lesquels ça ne colle pas : je ne comprends pas pourquoi aucun président de fédé ne lui a demandé de choisir », explique un membre du syndicalisme majoritaire au fait des débats nationaux.

Les débats contenus

Xavier Beulin a été réélu par le conseil d'administration par 56 voix sur 60. Aucun autre candidat ne s'était présenté face à lui. En 2010, la bataille avait été rude avec Dominique Barrau, éleveur, finalement devenu secrétaire général. Pour la première fois, un céréalier prenait la tête de la centrale.

Avec la réforme de la Pac et la volonté, aussi bien européenne que française, de rendre la distribution des aides « plus juste », tout était réuni pour que le syndicat risque, pour la énième fois de son histoire, d'imploser : il était hors de question pour les céréaliers de perdre une partie de leurs soutiens; les éleveurs de bovin viande se disputaient le budget des aides couplées avec les producteurs de lait ; au sein même des filières, les « gros » ne voulaient pas perdre d'aides alors que les « petits » espéraient avoir une part du gâteau.

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Pourtant, il n'en a rien été. Les assiettes n'ont pas volé dans la grande maison. « La discussion n'a pas eu lieu », s'accordent des membres de différentes sections du syndicat. « La FNSEA nous a écouté, puis s'est comporté comme l'association spécialisée des grandes cultures », regrette l'un d'eux. « Il n'y a pas de débat possible à la FNSEA », tranche un autre représentant du syndicalisme majoritaire. Xavier Beulin dit l'inverse : « On a beaucoup travaillé. En un an et demi, on a réuni à trois reprises les 300 dirigeants de fédérations départementales, régionale, et des associations spécialisées, pour avoir un débat très ouvert, très vif. Ça a permis de dégager un consensus et une position votée à la quasi unanimité par le conseil d'administration », affirme t-il.

Les dossiers avancent

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, a du mal à comprendre l'attachement de ses collègues à la FNSEA. « Quand j'explique aux voisins de la FDSEA ce qui est défendu au niveau national, ils se rendent compte que c'est pénalisant pour eux », constate-t-il sur le terrain, dans la Loire. Mais « pour eux, il y a un syndicat de gauche et un syndicat de droite, ils n'arrivent pas à dépasser ce clivage ».

Et le discours technophile de Xavier Beulin séduit dans les campagnes : « Le métier de paysan est toujours dévalorisé. Il leur vend la modernité, le rôle de nourrir la planète, ça valorise les paysans, qui deviennent des utilisateurs de technologies élaborées », analyse Laurent Pinatel.

Le personnage fascine autant qu'il agace, semble compter autant de détracteurs que de partisans. Une chose fait l'unanimité : son sérieux, sa connaissance des dossiers, son poids politique et son efficacité. « Depuis qu'il est là, les dossiers avancent plus vite », constate un arboriculteur du syndicat majoritaire, pourtant loin de la vision économique du président.

Le maintien de Stéphane Le Foll rue de Varennes paraissait être un camouflet pour Xavier Beulin, qui voulait sa tête. Mais une semaine plus tard au Sénat, les socialistes ont repris à leur compte de nombreuses demandes de la FNSEA dans la loi d'avenir agricole.

*Et actionnaire de plusieurs titres de la presse agricole, dont AgraPresse.

FNSEA : peu de changement au bureau

LE nouveau bureau a été élu avec peu de changement: Christiane Lambert reste première vice-présidente (et unique femme), Henri Brichart 2ème vice-président, et Dominique Barrau secrétaire général, Jérôme Despey et Daniel Prieur secrétaires généraux adjoints, et Philippe Pinta trésorier. Etienne Gangneron, Joël Limouzin, Luc Smessaert et Robert Verger sont vice-présidents. Patrick Bénézit, Henri Bies Péré, Thierry Coué, Arnold Puech-D'Alissac et Eric Thirouin deviennent membres du bureau.