Absence de volonté politique, technocratie envahissante, sentiment anti-européen : l’état de l’Union inquiète le président de la FNSEA. Dans ce contexte de « déconstruction européenne » alourdi par le Brexit, la Pac est de plus en plus remise en cause. Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, avertit Xavier Beulin.
« Alors que nous devrions être en capacité de témoigner de ce que l’Europe a apporté à l’agriculture française, on est en train de virer vers un autre bord, de mettre en avant tout ce qui est aujourd’hui contraignant, anti-européen. En une sorte de repli sur soi », s’inquiète Xavier Beulin dans un entretien avec Agra.
Comment en est-on arrivé là ? « À la fin des années 90, l’Europe a misé sur son élargissement plutôt que sur la consolidation de son propre espace. Ça a été pour moi le fait marquant », selon le président de la Fédération nationale française des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) qui participait les 14 et 15 octobre à un forum organisé par le think tank Farm Europe dans la région de Milan (1).
Deuxième raison : « Sans doute par excès de normes, de technocratie, par absence de politique volontariste, on est passé petit à petit d’une Pac ambitieuse à une Pac qui a perdu en perspective et s’est largement renforcée en contraintes en toute nature, le pompon étant quand même le verdissement ».
« C’est ce qui s’exprime dans les urnes »
« Aujourd’hui, le sentiment partagé est qu’on est plutôt en déconstruction de l’Europe, avec une forme de subsidiarité – c’est un vrai débat – qui comporte le risque d’une renationalisation partielle de la Pac. Et ça sera autant de distorsions entre les États membres. On commence d’ailleurs à le voir », constate Xavier Beulin. « Et puis nous n’échapperons pas, nous, dans les débats intra-agricoles, aux questionnements par rapport à l’Europe, au rôle que joue la Commission. C’est ce qui s’exprime dans les urnes depuis quatre ou cinq ans dans un pays comme la France ».
L’Europe sera le thème du rapport d’orientation triennal qui sera présenté lors du prochain congrès de la FNSEA, fin mars 2017 à Brest, trois semaines avant le premier tout de l’élection présidentielle française.
« Un argument un peu fallacieux »
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Quelles seraient les conséquences d’un délitement complet de l’Union européenne ? « D’abord les marchés, selon Xavier Beulin. Pour pas mal de producteurs français, le premier débouché reste le débouché européen, facilité par le marché unique et la monnaie unique. Par contre, il faut qu’on aille jusqu’au bout, pas forcément la fiscalité unique, un régime social unique, mais il faudra resserrer les écarts. Ça se réglera le jour où la France et l’Allemagne feront un pas l’une vers l’autre. Aujourd’hui, ça n’avance pas ».
Deuxième risque : « Est-ce qu’on imagine demain être en capacité dans une Europe en déconstruction d’aller négocier des accords internationaux ? Là, la dimension européenne est essentielle. Mais il faudrait pouvoir avoir une discussion en amont sur les points sur lesquels on ne doit pas transiger ».
« Troisième point du débat : le fait que nous soyons désormais contributeurs nets au budget européen. C’est un argument un peu fallacieux. Il faut regarder ça de manière beaucoup plus globale, consolider tout ce que permet la Pac à travers la dimension de la chaîne alimentaire, de la semence jusqu’au consommateur ». Car, pour le président de la FNSEA, « un des grands gagnants de la Pac, c’est le consommateur européen qui fait partie des consommateurs les mieux nourris, sur le plan de la diversité, de la qualité, sur le plan sanitaire ».
« On n’est pas aussi manchot que ça »
Enfin, « et on n’en parle pas assez », selon Xavier Beulin, il ne faut pas oublier « le soutien européen à la recherche et au développement ». « Même si on a nos propres freins plutôt liés à nos opinions publiques et donc à un manque de courage du politique européen, même si les procédures sont compliquées, on n’est pas aussi manchot que ça. Ça existe et ça nous fait progresser ».
Et les OGM dans ce contexte ? « Le lobby des ONG et des associations est particulièrement bien organisé. L’Europe ne peut pas être uniquement dans l’émotionnel. Ça ne marche pas ».
(1) Voir même numéro