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Congrès de la FNSEA Xavier Beulin tente de redonner une perspective au monde agricole

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Le congrès de la FNSEA à St.-Malo, du 29 au 31 mars, a donné l’occasion au nouveau président Xavier Beulin d’imprimer un nouveau style à cet événement majeur du premier syndicat agricole. Studieux, évoquant plutôt des perspectives de croissance et d’organisation que les sujets compliqués et parfois conflictuels sur le terrain, le congrès de St.-Malo restera comme une réunion intermédiaire, entre une période plus franchement revendicative et une ère où Xavier Beulin préconise la coresponsabilité, l’organisation des agriculteurs et la collaboration au sein des filières. Autant d’éléments faits pour redonner une perspective, sa perspective, aux agriculteurs qui en ont fortement besoin. Le Premier ministre François Fillon a, comme en un geste de bienvenue au nouveau président, promis un dispositif d’allègement du coût des salariés agricoles permanents, opérationnel pour 2012.

«Je veux que des décisions soient prises à l’automne pour une application début 2012. » C’est avec des termes assez nets que le Premier ministre François Fillon est venu le 31 mars au congrès de la FNSEA annoncer un mécanisme d’allègement des coûts du travail pour les salariés permanents des exploitations agricoles. Une mesure très attendue par le monde agricole, en butte à une concurrence de l’Allemagne notamment, dont les employeurs savent réduire au strict minimum les charges salariales. La veille, Bruno Le Maire avait déclaré qu’il s’agit « de faire aussi bien que l’Allemagne mais pas comme l’Allemagne », refusant de descendre « au-dessous d’un seuil qui poserait des problèmes sociaux majeurs ». Si le propos du Premier ministre était catégorique, la réalité du mécanisme est encore relativement floue. Il ne s’agit en tout cas pas de celui proposé par le Nouveau Centre dont une proposition de loi, le matin même, avait été refusée en commission à l’Assemblée nationale. Il ne s’agit pas non plus d’un mécanisme de TVA sociale à laquelle le Premier ministre s’est une nouvelle fois opposé. François Fillon attend le résultat d’une mission confiée à un parlementaire, Bernard Reynes, pour se prononcer sur le mécanisme à retenir.
Pour Xavier Beulin, cette promesse, en dépit d’arrière-pensées gouvernementales sans doute un peu électorales, sonnait comme un signe de bienvenue pour sa nouvelle présidence. Non que son programme se résume à l’obtention de telle ou telle promesse étatique, bien au contraire. Mais l’importance de la mesure a de quoi redonner aux exploitants agricoles employeurs de main-d’œuvre un peu d’optimisme sur la baisse de leurs charges.

15% des emplois en France

Redonner une perspective, telle était bien l’intention du nouveau patron de la FNSEA. S’il y a une personne qui ne doute pas de l’importance du rôle de l’agriculture dans la société à l’avenir, c’est bien Xavier Beulin. L’agriculture française une des plus sûres et des plus saines du monde, 15% des emplois en France, 9 milliards d’excédent à la balance des paiements… c’est bien sur une note d’optimisme qu’il a voulu débuter son discours, même s’il a évoqué, tout de suite après, les raisons d’être inquiet. Il y a des possibilités de croissance durable pour l’agriculture, explique longuement le rapport d’orientation de la Fédération, credo repris par Xavier Beulin devant le Premier ministre : les capacités d’innover, de créer de la valeur ajoutée, de rebondir et retrouver du revenu. Décrispant la question écologique, le président de la FNSEA s’offre le luxe de quasiment démarrer son discours par les défis climatiques et environnementaux, rappelant les missions des exploitants à la lumière de la rationalité : « Point d’idéologie dans tout cela mais une approche scientifique, rigoureuse, pragmatique, et une culture du résultat et de l’évaluation ».

Mot d’ordre

Presque autant un mot d’ordre de chef d’entreprise à ses cadres qu’un discours à des troupes syndicales : « Je n’accepte pas l’affaiblissement du potentiel productif français, martèle ce chef d’entreprise. Je n’accepte pas qu’au cours des dix dernières années nos surfaces légumières aient baissé de 15% en France quand elles ont progressé de 21% en Allemagne ».
Comment y remédier ? Le chef d’entreprise s’exprime encore : « En faisant d’abord émerger des entreprises leaders et développer un esprit de conquête. En organisant les producteurs, en négociant des contrats, maîtrisant les coûts de production, adaptant les investissements », etc.
A l’Etat, on demande l’allègement du coût du travail et un cadre propice aux regroupements et à la répercussion des prix volatiles auprès des distributeurs. « Nous ferons le reste », semble dire Xavier Beulin, qui s’engage même à faire des propositions de contrats inter-filière (alimentation animale et élevage) au gouvernement avant l’été. Moyennant quoi, le président de la FNSEA reste inflexible sur les interprofessions, dont « tous les membres doivent partager la même vision économique et le même projet collectif ». Encore un discours d’entreprise : pas question que ces institutions deviennent « une tribune syndicale sinon elles sont vouées à l’échec ». Dans ces conditions, l’Etat peut se borner à assurer la sécurité juridique de nos CVO en gagnant le débat juridique au niveau européen. Et de saluer au passage l’initiative de l’interprofession bétail et viande (Interbev) pour créer un GIE à l’exportation, modèle de travail interprofessionnel pour une stratégie de conquête des marchés.

Que l’Etat lève les obstacles

Même raisonnement pour l’assurance : que l’Etat lève certains obstacles (niveau de franchise, seuil de déclenchement de la réassurance publique, fonds de solidarité en cas de catastrophe majeure) et la profession fera son boulot qui consiste à créer des produits.
De fait, l’agriculture doit d’abord compter sur elle-même et ce n’est pas étonnant si, dans cet esprit, la question de la réforme de la Pac est assez vite évoquée par Xavier Beulin. Une Pac et un budget européen pour lesquels il « veut rester optimiste ».
Peut-être plus important encore que la Pac, Xavier Beulin évoque les résultats attendus du G20 en ce qui concerne la régulation des marchés qui doit aller de pair avec un renforcement de la capacité de stockage des céréales en France. En clair, un nouveau « plan silo » serait le bienvenu. Un exemple qui montre que la nouvelle FNSEA ne renonce pas à demander des aides à l’Etat. Mais il ne s’agit pas d’aides au revenu : il s’agit de donner un coup de main à la mise en place de structures qui permettront aux agriculteurs d’améliorer eux-mêmes la valeur ajoutée de leurs produits et donc leur revenu. La perspective proposée par Xavier Beulin aux agriculteurs est, en fait, double : « Une croissance durable » mais une croissance, de leur revenu notamment, s’appuyant sur leur dynamisme propre plus que sur des aides directes.

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