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Yuna Chiffoleau, sociologue à l'Inrae

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Le marché des circuits courts reste « structurellement » en croissance par rapport à 2019, conclut une enquête du groupe de recherche RMT Alimentation locale menée auprès de près de 800 professionnels. La chercheuse Yuna Chiffoleau, co-auteure de l’étude, souligne cependant un sentiment de déception chez les producteurs après l’envolée de l’année 2020.

Vous avez lancé votre enquête car des producteurs et des gérants de magasins en circuit court vous alertaient sur une baisse des ventes. Est-ce le cas ?

Notre enquête a montré qu’il n’y a pas de déclin général. Chez les producteurs, plus des trois quarts des répondants ont un chiffre d’affaires supérieur ou équivalent à 2019. Moins d’un quart a un chiffre d’affaires inférieur à 2019. Il y a des déceptions. Les producteurs qui se plaignent aujourd’hui sont souvent ceux qui ont pensé que la demande très forte du premier confinement allait durer.

La demande reste structurellement en croissance par rapport à avant la crise Covid. Même si, en ce moment, des éléments de conjoncture font qu’elle se replie un peu avec la guerre en Ukraine, l’inflation et les incertitudes sur le pouvoir d’achat. Les choses ont bougé en quelques semaines.

Il faut rappeler que la demande était exceptionnellement forte, ça a été jusqu’à fois dix, pour les produits frais (fruits et légumes, viandes, fromages…) en particulier en zone périurbaines.

Quelles conséquences pourraient avoir ce contexte inflationniste sur les circuits courts ?

Les producteurs en circuits courts sont moins touchés par l’inflation des matières premières. Comme ils sont plus dans l’agroécologie, ils sont globalement moins dépendants des intrants dont le prix a beaucoup augmenté. Finalement, ils ont moins besoin de répercuter des hausses de prix.

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Ça pourrait faire revenir des clients vers les circuits courts, parce que la hausse des prix est moindre. L’étude montre que les circuits courts sont compétitifs aux yeux des vendeurs et des consommateurs.

Les habitudes des consommateurs ont-elles changé après la crise ?

Les consommateurs qui fréquentaient déjà les circuits courts avant la crise ont été confortés dans leurs pratiques et ont eu tendance à augmenter leurs dépenses dans ces circuits. La crise a fait venir de nouveaux venus avec des motivations très différentes liées aux limitations des déplacements, à la peur de manquer, au temps supplémentaire pour cuisiner…

La vie d’avant a repris et tous ne sont pas restés. Ça dépend aussi de la capacité des producteurs à les fidéliser. Ce sont des consommateurs moins habitués à des produits et des quantités irrégulières. Certains s’attendent à trouver la même chose qu’en supermarché. Ce n’est pas toujours facile à expliquer.

Des producteurs se posent-ils la question d’arrêter ?

Non, nous n’avons pas de producteurs qui pensent arrêter. Mais certains ont investi dans le numérique et d’autres ont embauché pour faire face à la demande. Leurs charges sont élevées alors que la demande est redescendue (dans leur point de vente, ndlr). Ils n’arrivent pas à compenser leurs investissements. C’est là que certains disent qu’ils vont devoir arrêter la vente sur Internet ou se séparer de leur salarié.

« Les producteurs en circuits courts sont moins touchés par l’inflation des matières premières »