Epargnées par le mouvement de baisse des prix voulu par Nicolas Sarkozy, les PME pourraient toutefois subir quelques effets collatéraux. Sur un marché dont la structure de prix évolue, tous les opérateurs sont concernés, reconnaît Yves Bayon de Noyer, vice-président de l’Ania, en charge des relations avec les PME. Alors que se prépare la réforme de la loi Galland, il souligne que le système actuel a atteint ses limites.
Agra Industrie : Quel est l’impact sur les PME de la baisse des prix voulue par Nicolas Sarkozy dans les grandes surfaces ? Dans quelle mesure sont-elles affectées par le phénomène ?
Yves Bayon de Noyer : Les petites et moyennes entreprises ne sont pas concernées par ce mouvement de baisse. Si l’accord du 17 juin apparaît flou en bien des points, ce chapitre précis ne prête pas à discussion. Pour autant, il n’est pas exclu que certaines sociétés emboîtent le pas aux grandes marques nationales, mais elles le font de leur propre chef.
A.I. : La grande distribution ne peut-elle être tentée d’obtenir de l’ensemble des marques ce que lui concèdent les plus grandes ?
Yves Bayon de Noyer : Les marques appartenant à des entreprises moyennes se retrouvent au cœur de la tourmente. On peut penser aussi, sans grand risque de se tromper, que la baisse des prix des grandes marques aura un effet collatéral sur les marques des PME. Quand un marché évolue dans sa structure de prix, tous les opérateurs en subissent les répercussions.
A.I. : Selon vous qui êtes aussi chef d’entreprise, de quelle latitude disposent les PME ? Ne risquent-elles pas de faire les frais d’une déflation des marques de distributeurs qu’elles fabriquent ?
Yves Bayon de Noyer : Il est clair désormais que nous nous orientons vers une réforme de la loi Galland, et que dans ce contexte, elles vont devoir se montrer attentives aux évolutions à venir et à leurs conséquences. Cela étant, elles peuvent agir sur leurs gammes de produits et de prix qui sont loin d’être figées. J’ajouterai que la répartition des marges entre la grande distribution et les fabricants n’est pas davantage figée. Un distributeur peut modifier le taux de marge de sa marque propre selon le poids qu’il souhaite lui donner dans le linéaire. S’il souhaite positionner sa MDD moins cher, l’écart relève de sa responsabilité.
A.I. : Apparemment, vous ne voyez pas d’un mauvais œil la réforme à venir de la loi Galland ?
Yves Bayon de Noyer : Le système actuel a atteint ses limites. S’il perdure, nous allons tous, distributeurs et fabricants, droit dans le mur. Une évolution réglementaire est donc souhaitable qui permette le rétablissement de relations plus sereines, même si la nouvelle loi n’empêchera pas les rapports de force. L’« accord Sarkozy » n’a rien d’un accord.
A.I. : Comment envisagez-vous l’évolution de la loi ? Que préconise l’Ania ?
Yves Bayon de Noyer : L’Ania a été entendue il y a peu par la Commission Canivet. A cette occasion, Jean-René Buisson a présenté un certain nombre de propositions, qui visent, in fine, au rétablissement des marges avant sur les produits, qui aujourd’hui n’en ont plus guère, et partant au retour à une concurrence et une dynamique de prix entre les grands distributeurs. Parallèlement, nous appelons de nos voeux une suppression des marges arrière non actives, qui n’engendrent aucune dynamique commerciale auprès des consommateurs.
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A.I. : Dans une première mouture de son projet de baisse des prix, Nicolas Sarkozy envisageait la suppression des accords de gamme, et lançait l’idée de linéaires réservés aux marques des PME. Que pensiez-vous de ces deux mesures ?
Yves Bayon de Noyer : L’Ania s’était prononcée en faveur de la première, mais s’était montrée plus que réservée à propos de la seconde. Au-delà de l’effet d’annonce qu’elle semblait sous-tendre, nous ne jugions pas souhaitable d’enfermer les marques des PME dans un linéaire qui ressemblerait à un « ghetto ».
A.I. : Certains spécialistes estiment que les PME vont devoir se positionner clairement, en sous-traitant de grand groupe, en fournisseur de MDD ou en acteur de micro-marché. Etes-vous d’accord avec cette analyse ?
Yves Bayon de Noyer : Il faut se méfier des positions extrêmes. Si les PME ne peuvent se permettre d’ignorer totalement les 20 à 25 % du marché agroalimentaire dévolu aux marques de distributeurs, les plus innovantes réussissent à imposer leur marque d’entreprise. Elles peuvent relever ce pari sous réserve de disposer des moyens nécessaires et des capacités commerciales.
A.I. : Il ressort des derniers bilans économiques dressés par l’Ania une relative fragilité des PME. Comment cette tendance peut-elle être inversée ? Le grand plan national pour l’agroalimentaire peut-il y contribuer ? Sur quel levier convient-il de jouer ?
Yves Bayon de Noyer : Les petites et moyennes entreprises ne parviennent effectivement plus, depuis quelques années, à améliorer leur rentabilité. Face à une distribution fortement concentrée, elles se retrouvent dans une position extrêmement difficile. Il apparaît toutefois que les plus innovantes s’en sortent le mieux car elles créent une dynamique commerciale. En France, les politiques d’encouragement à la recherche et développement sont insuffisantes. Un vaste programme de développement des industries agroalimentaires doit être mis en œuvre, qui soit soutenu par des moyens à la hauteur de ses ambitions. Le grand plan national, auquel nous collaborons activement, peut en fournir le cadre.
A.I. : A combien estimez-vous les moyens nécessaires ?
Yves Bayon de Noyer : Ces moyens devraient être augmentés significativement, mais une telle estimation de but en blanc s’avère difficile. L’aide de l’Etat aux industries agroalimentaires est dix fois inférieure à celle consentie à l’agriculture bien que la valeur ajoutée de la transformation soit nettement supérieure. J’ajouterai que l’enveloppe globale de l’aide est trop éparpillée. Il coexiste aujourd’hui en France quelque 45 centres de recherche et développement dédiés à l’agroalimentaire, qui sont parfois concurrents. Une réorganisation devrait être opérée qui permette l’émergence de pôles d’expertise et d’excellence.
A.I. : Alors qu’il est question d’assouplir la loi Aubry sur les 35 heures, des négociations se nouent d’ores et déjà dans les entreprises. Quelles sont les préconisations de l’Ania en la matière ?
Yves Bayon de Noyer : Il nous semble indispensable d’assouplir ce régime. Les entreprises françaises ne peuvent risquer de perdre des positions à l’exportation en raison de structures de coûts trop rigides. A nos yeux, une plus grande liberté doit être laissée aux entreprises et à leurs branches professionnelles, de sorte que les accords soient les plus concrets possibles et proches du terrain.