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Produits carnés Zone de turbulences pour les viandes européennes d’ici 2013

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Les changements prévus de politique agricole de 2013 devraient fortement pertuber le marché européen de la viande. « L’Union européenne ne sait pas exporter sans aides. Sans elles, elle ne pourra le faire que difficilement », prévient Yves Trégaro, responsable des études et prospectives à l’Office de l’élevage. La viande bovine pourraît être plus touchée que la viande porcine et les volailles européennes. Un seul rempart possible selon lui : les protections non tarifaires ou « le bouclier sanitaire ».

« L’Union européenne ne sait pas exporter sans aides. Sans elles, elle ne pourra le faire que difficilement », a prévenu Yves Trégaro, responsable des études et prospectives à l’Office de l’élevage, le 1er juin lors de l’assemblée générale de l’Association des fabricants de compléments pour l’alimentation animale (AFCA-CIAL). Selon lui, la fin des restitutions à l’exportation décidée à l’OMC et la baisse des protections tarifaires aux frontières vont sérieusement mettre à mal nos exportations de viande. Au niveau mondial, les exportations européennes de viandes (toutes catégories) sont déjà passées de 23 % à 15 % entre 1990 et 2005, tandis que la part mondiale du Brésil est passée de 7 % à 25 % et celle des Etats-Unis et Canada de 22 à 34 % sur la même période.

Crainte des importations du Brésil

Sur 6,707 millions de tonnes équivalent carcasse (tec), en viande bovine, échangées dans le monde en 2005, l’Union européenne n’a représenté que 4 %. Le Brésil a pesé de son côté près de 26 % des échanges, l’Australie 19 %, l’Argentine 10 % et le Canada + Etats-Unis, 13 %. D’après des prévisions de la DG Agri à Bruxelles, tenant compte des différentes réformes en cours, et présentées par Yves Trégaro le 1er juin, les exportations de viandes bovines de l’UE devraient passer de 400 000 tonnes aujourd’hui à 200 000 tonnes en 2012. Les importations devraient, elles, passer de 500 000 tonnes à 650 000 tonnes sur la même période. « Aujourd’hui, l’Union européenne exporte avec des restitutions. Quelques volumes sont encore exportés sans, mais un accroissement paraît limité en raison des prix sur le marché mondial », estime Yves Trégaro. La baisse des exportations pourrait donc amener des disponibilités sur le marché intérieur. « Mais la crainte vient surtout des importations massives du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay, qui pourraient casser le marché avec des prix très bas », note-t-il. « Déjà le marché de la viande bovine est pratiquement ouvert. Les importations (ndlr : contingentées) passent même avec des droits de douane pleins », explique-t-il.

Le porc moins touché

Sur le porc en revanche, Yves Tregaro estime que la suppression des restitutions avant 2013 ne devrait pas entraîner de problèmes majeurs pour le secteur européen. « L’Union européenne exporte peu avec les restitutions sauf sur la Russie. En revanche, elles servent aussi de régulation du marché en période de crise et, sans elles, il y a un risque réel de déstabilisation du marché communautaire», explique-t-il. Selon lui, le prix du porc brésilien (prix de départ + droits de douane + transport) est supérieur au prix moyen européen de sortie abattoir en 2005. Mais c’est la filière française qui pourrait le plus pâtir de la concurrence mondiale. « Très atomisée, à la différence des Pays-Bas, elle n’est pas préparée aux risques d’importations des pays comme le Canada, les Etats-Unis et le Brésil. Elle n’est pas suffisamment forte face aux GMS et industries de transformation », estime Yves Trégaro.

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Des difficultés pour les volailles françaises

Du côté des volailles, « les restitutions sont le seul outil de gestion du marché avicole», note Yves Trégaro. « Les exportations de poulets congelés vers le Proche et Moyen Orient, concernant essentiellement la France, sont pratiquement condamnées, mais des exportations sans restitution sont possibles au niveau européen», estime-t-il. A l’image du secteur porcin, le marché français de la volaille pourrait être plus en difficulté que celui de ces voisins européens. Selon lui, « les opérateurs français ont perdu du temps par rapport aux opérateurs néerlandais, sur les produits découpés et transformés en particulier ».

Si l’on en croît Yves Trégaro, la principale protection des productions européennes de viande pourrait finalement être le « bouclier sanitaire ». Les protections non tarifaires pourraient se voir encore renforcer et ainsi empêcher indirectement certaines importations. « Il ne devrait pas y avoir de remise en cause de l’accord sanitaire et phytosanitaire SPS», ajoute-t-il.